LA BIOTECH DANS LA
TOURMENTE
La situation de l’industrie
biotechnologique agricole, est critique. On
peut avancer avec certitude que les
aliments génétiquement modifiés, continuent
d’être écoulés aux Etats Unis tout
simplement parce que les produits GM ne
sont pas étiquetés. Les consommateurs n’ont
donc aucune idée de ce qu’ils achètent.
Etiqueter ou ne pas
étiqueter ?
Présentement, on estime que deux tiers de
tous les produits en vente dans les
épiceries aux USA, sont génétiquement
modifiés, mais qu’aucune n’est étiqueté
comme tel. Cependant, les sondages montrent
que les consommateurs US, désirent
ardemment voir les aliments GM étiquetés.
Un sondage du TIMES Magazine en Janvier
1999, donne 81 pour cent en faveur de
l’étiquetage. Un mois auparavant, un
sondage des consommateurs suisse, donne 90
pourcent des réponses dans ce même
sens.
Pendant cinq ans, l’industrie OGM, a
clamé que les produits de la biotech ne
pouvait être étiquetés, puisqu’il aurait
fallu procéder à une ségrégation des
plantations OGM et non OGM. Un procédure
peu pratique selon eux. Toutefois en
décembre 1999, Monsanto a annoncé qu’elle
venait d’élaborer une nouvelle variété de
graine de colza , susceptible d’élever la
proportion de vitamine A chez l’homme.
Comment alors le consommateur pourrait-il
identifier (et payer au prix fort), un tel
produit, s’il n’a pas été étiqueté ?
Il est clair que l’étiquetage ne
deviendrait possible (si ce n’est
essentiel), que lorsqu’il servirait les
intérêts des compagnies biotech.
Plusieurs dealers en agroalimentaires,
semblent en tout cas avoir trouvé le moyen
à leur niveau, pour trier les aliments OGM
et non OGM . Selon le New York Times,
Kellog’s, Kraft Foods, Mac Donald’s Nestle
USA et Quaker Oats, vendent des OGM aux USA
mais pas à l’étranger. Quant à Gerber HJ
Heinz, ils ont annoncé il y a quelque temps
avoir enlevé les OGM de leurs aliments pour
bébés.
Pour leur part, les autorités US ont
fermement maintenu, que l’étiquetage des
OGM n’était pas une nécessité (et pourrait
même induire en erreur) les cultures
traditionnelles et celle des OGM étant
‘’dans l’ensemble équivalentes’’. Par
exemple, le gouvernement a maintenu que la
patate New Leaf de Monsanto, (qui a été
génétiquement modifié pour incorporer un
pesticide dans chacune de ces cellules afin
de détruire les coléoptères de la patate),
est dans l’ensemble équivalente au patates
normales, même si la patate New Leaf a été
retenue pour être enregistrée comme
pesticide, par l’Agence US pour la
Protection Environnementale.
Aujourd’hui, la position du gouvernement
est plus qu’intenable. Au mois de février
de cette 2000, les autorités US, avaient
signé le Protocole International sur la
Biosécurité, un traité qui regroupe 130
pays et dans lequel, les signataires
reconnaissent que les Organismes
génétiquement modifiés sont très différents
des traditionnels. En d’autres termes, les
officiels américains ont dès lors reconnu
formellement que les OGM ne sont pas ‘’dans
l’ensemble équivalents’’ aux variétés
traditionnelles.
Effervescence
Entre-temps, un grand mouvement de
protestation des consommateurs, a pris une
courbe ascendante en Angleterre et dans le
reste de l’Europe. Cette lame de fond a
ensuite atteint le Japon et les Etats-Unis
où elle a sérieusement effrité la confiance
des investisseurs dans l’industrie. Les
grandes firmes US qui ont lourdement
investi dans la technologie, ont été forcé
de faire marche arrière. Dans la foulée
Monsanto, Navartis et AstraZeneca, ont
toutes annoncé début Janvier, qu’elles se
détournaient ( on plutôt abandonnaient
totalement), le concept des ‘’Sciences de
la vie’’, une combinaison de produits
pharmaceutiques et agricoles façon
business. Le New York Times a même rapporté
en janvier, que Monsanto mettra au bout du
compte, un terme à toute son opération
agricole. Vers fin février, DuPont
annonçait son retour à ses activités
industrielles chimiques traditionnelles,
pour pouvoir générer des profits.
Les investisseurs, ne sont pas les seuls
à tourner le dos aux OGM. The Wall Street
Journal, annonçait fin Avril que des
chaînes de fast-food comme Mc Donald’s
Corp., demandent en douce à leurs
fournisseurs français, d’arrêter
d’utiliser, la patate pesticide New Leaf de
Monsanto. ‘’Pratiquement, toutes les
chaînes (de fast-food) nous ont confié
qu’elles préféraient prendre des patates
non OGM’’ déclare un porte-parole de J.M
Simplot Company de Boise, dans l’Idaho, un
géant de la patate. Vers le début de cette
année, Frito Lay a aussi demandé à ses
fermiers spécialisés dans le maïs,
d’abandonner les variétés GM, en usage dans
les différents snack de la compagnie.
Selon le New York Times, les fermiers
américains ont subi de graves pertes
financières, parce qu’ils ont adopté les
OGM si rapidement. En 1996, les états Unis,
ont vendu trois milliards de maïs et de
graines de Soja en Europe. L’année
dernière, les exportations ont enregistré
une chute vertigineuse pour se retrouver à
1 milliard. Une perte de deux milliards de
dollars. Les vendeurs de semences comme
Monsanto et DuPont tirent leurs revenus des
fermiers, qui se trouvent finalement être
les dindons de la farce. The Wall Street
Journal, a rapporté le 28 Avril que ‘’ les
fermiers américains, inquiets de la
controverse, se détournent des semences
génétiquement modifiées, sur les quelles
pourtant, ils s’étaient rués dans les
années 90…. Les études menées par le
gouvernement l’industries, montrent que les
fermiers US, projettent de diminuer de
façon substantielle, les surfaces qu’ils
ont allouées au cultures d’OGM (coton et
soja), par rapport à l’année
dernière’’.
Les firmes biotech, challengent cette
évaluation et pensent qu’au contraire les
demandes pour les semences OGM, ne se sont
jamais portés aussi mieux. Il y a moins
d’un an, Robert Shapiro, le Directeur
Exécutif de Monsanto, claironnait fièrement
‘’Ceci constitue la seule et brillante
introduction de la technologie, dans
l’histoire de l’agriculture, en plus de
l’avènement de la de la charrue’’. Cette
année un porte-parole de la même compagnie
déclare : ‘’le marché est très stable,
il n’y a pas de recul majeur. La question
maintenant est de savoir la croissance que
nous allons enregistrer’’ Mais Gary
Goldberg Président de l’Association
Américaine des planteurs de maïs, a confié
récemment au New York Times, qu’il croit
que les plantations de maïs GM connaîtront
une baisse d’à peu près 16 % cette année
par rapport à l’année écoulée. Il a indiqué
que les firmes biotech, ont eu recours à la
supercherie pour pouvoir maintenir les
ventes : ‘’Les compagnies (biotech
agricoles), trompent les fermiers en leur
faisant croire que leurs voisins cultivent
des OGM, ‘’ a-t-il confié au New York
Times.
Nouveaux développements
Dans les jours à venir, les OGM feront
l’objet de plus d’attention de la part du
public. Le mois dernier, l’Académie
Nationale des Sciences a publié un rapport
qui confirme ce que la critique avait
toujours dit à propos des OGM : ils
peuvent produire des allergies indésirables
et des toxines dans la nourriture. En
outre, ils peuvent créer des effets de
grande portée sur l’environnement (voir
article dans ce numéro).
L’Académie a dit qu’il n’y a aucune
évidence ferme que les OGM actuellement sur
le marché, n’aient des effets néfastes sur
l’homme ou sur l’environnement.
Elle a en outre indiqué que les
procédures de test en date, se sont avérés
terriblement déficientes. Il est vrai que
le système de contrôle actuellement en
cours est plutôt volontaire et non
obligatoire. Le gouvernement dans ce cas,
peut ne même pas connaître tous les OGM
actuellement en vente sur le sol américain.
L’académie a remarqué, qu’en gros 40 OGM,
ont été approuvés pour être, commercialisés
aux USA, mais que des autorisation
supplémentaires ont été accordées pour 6700
plantations expérimentales de plantes GM.
L’édition du 3 Mai du New York Times
rapporte quant à elle des histoires sur des
saumons génétiquement modifiés à croissance
hyper rapide. On peut lire dans ce numéro
qu’une ménagerie d’autres animaux
génétiquement modifié, sont en cours
d’élaboration Avec le jeu des emprunts de
gênes de diverses créatures et leur
implantation dans d’autres, les
scientifiques sont en train de créer des
truites et des poissons-chats à croissance
rapide des huîtres résistantes aux virus,
ainsi qu’un ‘’enviroporc’’ dont les
déjections sont moins nuisibles à
l’environnement puisqu’elles contiennent
moins de phosphore’’.
L’administration Clinton / Gore, a
récemment annoncé son intention de
‘’renforcer’’ le système de contrôle en
matière d’OGM, Toutefois, les nouvelles
réglementations, n’exigeront pas
l’étiquetage des produits génétiquement
modifiés. Il est donc clair que
l’administration US et les compagnies
biotech, sont effrayées à l’idée de voir le
public bien informé sur le sujet. Il faudra
des années pour pouvoir bien apprécier ces
nouvelles réglementations et se prononcer
sur leur efficacité. Mais à ce moment-là
des centaines de plantes GM et d’animaux
GM, auront déjà été introduits dans
l’environnement avec peu ou pas du tout de
contrôle. Le public a vraiment des raisons
de s’inquiéter. face à cette situation, les
compagnies biotech, n’ont rien trouvé
d’autres que de dilapider des dizaines des
millions de dollars en campagnes des
relations publiques, car selon elles ‘’le
public a le droit d’en savoir plus sur les
avantages de la biotechnologie’’.
Extrait de Rachel’s Environment and
Health Weekly N° 695 , 4 Mai 2000.
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