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avril/juin 2000   

 

LA BIOTECH DANS LA TOURMENTE

La situation de l’industrie biotechnologique agricole, est critique. On peut avancer avec certitude que les aliments génétiquement modifiés, continuent d’être écoulés aux Etats Unis tout simplement parce que les produits GM ne sont pas étiquetés. Les consommateurs n’ont donc aucune idée de ce qu’ils achètent.

Etiqueter ou ne pas étiqueter ?
Présentement, on estime que deux tiers de tous les produits en vente dans les épiceries aux USA, sont génétiquement modifiés, mais qu’aucune n’est étiqueté comme tel. Cependant, les sondages montrent que les consommateurs US, désirent ardemment voir les aliments GM étiquetés. Un sondage du TIMES Magazine en Janvier 1999, donne 81 pour cent en faveur de l’étiquetage. Un mois auparavant, un sondage des consommateurs suisse, donne 90 pourcent des réponses dans ce même sens.

Pendant cinq ans, l’industrie OGM, a clamé que les produits de la biotech ne pouvait être étiquetés, puisqu’il aurait fallu procéder à une ségrégation des plantations OGM et non OGM. Un procédure peu pratique selon eux. Toutefois en décembre 1999, Monsanto a annoncé qu’elle venait d’élaborer une nouvelle variété de graine de colza , susceptible d’élever la proportion de vitamine A chez l’homme. Comment alors le consommateur pourrait-il identifier (et payer au prix fort), un tel produit, s’il n’a pas été étiqueté ? Il est clair que l’étiquetage ne deviendrait possible (si ce n’est essentiel), que lorsqu’il servirait les intérêts des compagnies biotech.

Plusieurs dealers en agroalimentaires, semblent en tout cas avoir trouvé le moyen à leur niveau, pour trier les aliments OGM et non OGM . Selon le New York Times, Kellog’s, Kraft Foods, Mac Donald’s Nestle USA et Quaker Oats, vendent des OGM aux USA mais pas à l’étranger. Quant à Gerber HJ Heinz, ils ont annoncé il y a quelque temps avoir enlevé les OGM de leurs aliments pour bébés.

Pour leur part, les autorités US ont fermement maintenu, que l’étiquetage des OGM n’était pas une nécessité (et pourrait même induire en erreur) les cultures traditionnelles et celle des OGM étant ‘’dans l’ensemble équivalentes’’. Par exemple, le gouvernement a maintenu que la patate New Leaf de Monsanto, (qui a été génétiquement modifié pour incorporer un pesticide dans chacune de ces cellules afin de détruire les coléoptères de la patate), est dans l’ensemble équivalente au patates normales, même si la patate New Leaf a été retenue pour être enregistrée comme pesticide, par l’Agence US pour la Protection Environnementale.

Aujourd’hui, la position du gouvernement est plus qu’intenable. Au mois de février de cette 2000, les autorités US, avaient signé le Protocole International sur la Biosécurité, un traité qui regroupe 130 pays et dans lequel, les signataires reconnaissent que les Organismes génétiquement modifiés sont très différents des traditionnels. En d’autres termes, les officiels américains ont dès lors reconnu formellement que les OGM ne sont pas ‘’dans l’ensemble équivalents’’ aux variétés traditionnelles.

Effervescence
Entre-temps, un grand mouvement de protestation des consommateurs, a pris une courbe ascendante en Angleterre et dans le reste de l’Europe. Cette lame de fond a ensuite atteint le Japon et les Etats-Unis où elle a sérieusement effrité la confiance des investisseurs dans l’industrie. Les grandes firmes US qui ont lourdement investi dans la technologie, ont été forcé de faire marche arrière. Dans la foulée Monsanto, Navartis et AstraZeneca, ont toutes annoncé début Janvier, qu’elles se détournaient ( on plutôt abandonnaient totalement), le concept des ‘’Sciences de la vie’’, une combinaison de produits pharmaceutiques et agricoles façon business. Le New York Times a même rapporté en janvier, que Monsanto mettra au bout du compte, un terme à toute son opération agricole. Vers fin février, DuPont annonçait son retour à ses activités industrielles chimiques traditionnelles, pour pouvoir générer des profits.

Les investisseurs, ne sont pas les seuls à tourner le dos aux OGM. The Wall Street Journal, annonçait fin Avril que des chaînes de fast-food comme Mc Donald’s Corp., demandent en douce à leurs fournisseurs français, d’arrêter d’utiliser, la patate pesticide New Leaf de Monsanto. ‘’Pratiquement, toutes les chaînes (de fast-food) nous ont confié qu’elles préféraient prendre des patates non OGM’’ déclare un porte-parole de J.M Simplot Company de Boise, dans l’Idaho, un géant de la patate. Vers le début de cette année, Frito Lay a aussi demandé à ses fermiers spécialisés dans le maïs, d’abandonner les variétés GM, en usage dans les différents snack de la compagnie.

Selon le New York Times, les fermiers américains ont subi de graves pertes financières, parce qu’ils ont adopté les OGM si rapidement. En 1996, les états Unis, ont vendu trois milliards de maïs et de graines de Soja en Europe. L’année dernière, les exportations ont enregistré une chute vertigineuse pour se retrouver à 1 milliard. Une perte de deux milliards de dollars. Les vendeurs de semences comme Monsanto et DuPont tirent leurs revenus des fermiers, qui se trouvent finalement être les dindons de la farce. The Wall Street Journal, a rapporté le 28 Avril que ‘’ les fermiers américains, inquiets de la controverse, se détournent des semences génétiquement modifiées, sur les quelles pourtant, ils s’étaient rués dans les années 90…. Les études menées par le gouvernement l’industries, montrent que les fermiers US, projettent de diminuer de façon substantielle, les surfaces qu’ils ont allouées au cultures d’OGM (coton et soja), par rapport à l’année dernière’’.

Les firmes biotech, challengent cette évaluation et pensent qu’au contraire les demandes pour les semences OGM, ne se sont jamais portés aussi mieux. Il y a moins d’un an, Robert Shapiro, le Directeur Exécutif de Monsanto, claironnait fièrement ‘’Ceci constitue la seule et brillante introduction de la technologie, dans l’histoire de l’agriculture, en plus de l’avènement de la de la charrue’’. Cette année un porte-parole de la même compagnie déclare : ‘’le marché est très stable, il n’y a pas de recul majeur. La question maintenant est de savoir la croissance que nous allons enregistrer’’ Mais Gary Goldberg Président de l’Association Américaine des planteurs de maïs, a confié récemment au New York Times, qu’il croit que les plantations de maïs GM connaîtront une baisse d’à peu près 16 % cette année par rapport à l’année écoulée. Il a indiqué que les firmes biotech, ont eu recours à la supercherie pour pouvoir maintenir les ventes : ‘’Les compagnies (biotech agricoles), trompent les fermiers en leur faisant croire que leurs voisins cultivent des OGM, ‘’ a-t-il confié au New York Times.

Nouveaux développements
Dans les jours à venir, les OGM feront l’objet de plus d’attention de la part du public. Le mois dernier, l’Académie Nationale des Sciences a publié un rapport qui confirme ce que la critique avait toujours dit à propos des OGM : ils peuvent produire des allergies indésirables et des toxines dans la nourriture. En outre, ils peuvent créer des effets de grande portée sur l’environnement (voir article dans ce numéro).

L’Académie a dit qu’il n’y a aucune évidence ferme que les OGM actuellement sur le marché, n’aient des effets néfastes sur l’homme ou sur l’environnement.

Elle a en outre indiqué que les procédures de test en date, se sont avérés terriblement déficientes. Il est vrai que le système de contrôle actuellement en cours est plutôt volontaire et non obligatoire. Le gouvernement dans ce cas, peut ne même pas connaître tous les OGM actuellement en vente sur le sol américain. L’académie a remarqué, qu’en gros 40 OGM, ont été approuvés pour être, commercialisés aux USA, mais que des autorisation supplémentaires ont été accordées pour 6700 plantations expérimentales de plantes GM. L’édition du 3 Mai du New York Times rapporte quant à elle des histoires sur des saumons génétiquement modifiés à croissance hyper rapide. On peut lire dans ce numéro qu’une ménagerie d’autres animaux génétiquement modifié, sont en cours d’élaboration Avec le jeu des emprunts de gênes de diverses créatures et leur implantation dans d’autres, les scientifiques sont en train de créer des truites et des poissons-chats à croissance rapide des huîtres résistantes aux virus, ainsi qu’un ‘’enviroporc’’ dont les déjections sont moins nuisibles à l’environnement puisqu’elles contiennent moins de phosphore’’.

L’administration Clinton / Gore, a récemment annoncé son intention de ‘’renforcer’’ le système de contrôle en matière d’OGM, Toutefois, les nouvelles réglementations, n’exigeront pas l’étiquetage des produits génétiquement modifiés. Il est donc clair que l’administration US et les compagnies biotech, sont effrayées à l’idée de voir le public bien informé sur le sujet. Il faudra des années pour pouvoir bien apprécier ces nouvelles réglementations et se prononcer sur leur efficacité. Mais à ce moment-là des centaines de plantes GM et d’animaux GM, auront déjà été introduits dans l’environnement avec peu ou pas du tout de contrôle. Le public a vraiment des raisons de s’inquiéter. face à cette situation, les compagnies biotech, n’ont rien trouvé d’autres que de dilapider des dizaines des millions de dollars en campagnes des relations publiques, car selon elles ‘’le public a le droit d’en savoir plus sur les avantages de la biotechnologie’’.

Extrait de Rachel’s Environment and Health Weekly N° 695 , 4 Mai 2000.

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