LE COMBAT DES
PEHUENCHE POUR LEUR TERRE
La construction du Barrage de Ralco
continue.
En Mars dernier, un groupe de peuples
indigènes Pehuenche de la haute Biobio au
sud du Chili ont fait le siège de la
Commission Nationale de l'Environnement
(CONAMA). Ils ont exigé un arrêt total de
la construction d'un méga-barrage sur le
Biobio par Endesa. Pour eux, cette
compagnie espagnole « n'a pas reçu
l'autorisation de chacune des familles
affectées » comme l'a demandé la
commission environnementale en 1997. Ils
entendaient aussi protester contre le fait
que leurs démarches auprès de la Cour
d'Appels pour une révision des permis
officiels délivrés à Endesa aient été
reportées de nouveau.
La construction du barrage de Ralco est
présentement à une étape investis et Endesa
espère mettre Ralco en fonction vers le
milieu de l'année 2003. Endesa-Chili,
filiale d'Endesa-Espagne monopolise 60 pour
cent de la fourniture énergétique du pays
et 75 pour cent de ses droits sur
l'eau.
La profanation des Morts…
Les manifestations péhuenche ont aussi
demandé à la CONAMA de suspendre les
travaux d'Endesa jusqu'à ce que la
profanation des cimetières sacrés sur les
berges du fleuve soit résolue. Quatre-ving
onze familles pehuenche – un total de 700
personnes vivent sur une superficie de 600
kilomètres carrés qui seront inondés par le
barrage. Douze cimetières de la haute
Biobio seront inondés par Ralco et les
pehuenche utilisent la profanation de leurs
sites sacrés comme argument central contre
les travaux. « Endesa retourne la
terre, éparpille les squelettes profanent
ainsi les tombes de nos grands parents et
de nos parents » déclare Nicolasa
Quintreman.
Ensemble avec sa sœur, Quintreman a créé
une organisation de femmes dénommée
« Mapu Domuche Nehuen » (les
Femmes avec la Force de la Terre) pour
défendre les droits à la terre et les
droits culturels des Pehuenche. En 1992,
avec l'appui de l'ONG Chilienne Groupe
d'Action pour le Biobio (GABB) et du chef
de leur communauté, ils ont élaboré une
stratégie pour protéger les terres qui
seront inondées et détruites par le barrage
de Ralco. Ils ont fait pression sur le
gouvernement et le parlement. Ces quatre
dernières années ils ont assisté à l'AGA
d'Endesa dans le but de convaincre les
actionnaires à annuler le projet. Cette
année les sœurs Quintreman ont lancé une
action légale de concert avec des avocats
espagnols et des ONG contre les
administrateurs d'Endesa – Espagne, sur la
base stricte des lois espagnoles qui
condamnent des actes génocidaires.
La bataille continue
Le mega-barrage sur le deuxième plus grand
barrage du Chili long de 380 kilomètres est
un désastre à plusieurs niveaux non
seulement la zone qui sera détruite fait
partie d'un écosystème unique qui abrite
des espèces endémiques avec les plus forts
taux de biodiversité du pays, mais aussi le
barrage va sérieusement changer
l'hydrologie et les sédiments du fleuve
avec la création d'un lac de 35 kilomètres
carrés. Les raisons économiques et les
perspectives de développement avancées pour
ce barrage ne tiennent pas : le pays a
déjà des sources d'énergie alternatives
comme le gaz naturel et les centrales
thermiques qui sont plus bon marché et
moins domageables écologiquement que le
Ralco.
Si les Pehuenche détiennent des droits
indiscutables sur leurs terres, il est
évident que l'ex-président Eduardo Frei a
manipulé les accords dans le but de
favoriser Endesa vis-à-vis des peuples
indigènes affectés. La série de permis
nécessaires ont été donc manipulés. Les
sœurs Quintreman se préparent à interpeller
le gouvernement pour la violation de la loi
Chilienne pour les Indigènes de 1993
destinée à protéger les terres de ces
derniers sur toute l'étendue du territoire.
Si ces lois avaient été respectées le
projet n'aurait pu évoluer qu'avec le
soutien plein de la communauté et les
terres de réimplantation seraient de valeur
égale ou supérieure à celles qu'elle
occupait selon la loi, le refus ne
serait-ce que d'une famille pourrait
arrêter l'évolution de projet.
Même si les travaux continuent, les
Pehuenche ont reçu un accord signé après
leur occupation de la CONAMA en Mars. La
Commission Nationale leur a promis en effet
des informations sur les inspections faites
plus tôt sur leurs terres. Elle leur a
aussi donné l'assurance de la constitution
d'une commission composée des membres des
communautés affectées et de divers
départements étatiques afin d'étudier le
déménagement des cimetières indigènes. Cela
sera-t-il suffisant quant à la compensation
de leur chagrin ?
Inge Lamberz,
FoE
Chili