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avril/juin 2001   

 

UNE GATSASTROPHE POUR LES DROITS DE L'HOMME
"Le GATS pourrait simplement être la dernière frontière pour la globalisation : la fin ultime du concept même des services publics à but non lucratif"
  Maude Barlow, Conseil des Canadiens dans le numéro de février 2001 de The Ecologist.

Vous avez dit le GATS ?
En fait c'est l'Accord Général sur le Commerce en matière de Services. C'est un traité très peu connu mais extrêmement important qui se négocie secrètement par les gouvernements du monde entier. C'est l'un des plus de vingt accords commerciaux administrés et appliqués par l'OMC. Le GATS va ouvrir les services publics mondiaux aux compagnies privées. Des services comme l'éducation, les soins de santé, l'eau, l'énergie, les services sociaux, les services postaux l'édition, la radio la télé, les archives, la protection environnementale et les transports publics vont être livrés à la main mise des multinationales. Si les choses évoluent conformément aux prévisions, le GATS couvrira tous les services exceptés ceux qui sont fournis «dans l'exercice de l'autorité gouvernementale» ce qui est très vague si bien que dans le cas où le gouvernement s'implique dans un service particulier ou dans un secteur des services comme les soins de santé par exemple, la conformité est requise s'il se trouve qu'il y a concurrence entre le fournisseur du service public et les compagnies du secteur privé. Dans beaucoup de pays les services sont accomplis par une combinaison de fournisseurs publics et privés. De ce fait le Gats risque d'avoir une application plutôt large.

Les obligations du GATS
Le GATS impose beaucoup de choses qui doivent être assez familières à ceux qui ont battu campagne contre d'autres traités commerciaux et/ou d'investissements. Les membres sont obligés d'ouvrir leurs portes aux services fournisseurs de services étrangers dans le cadre du traitement de « la nation la plus favorisée ». Les pays sont tenus de se plier aux engagements de « l'accès au marché » relatif au degré d'accès qu'ils permettront aux services et aux fournisseurs de services étrangers. En dernier lieu ils sont tenus d'accepter les conditions du « traitement national » qui les oblige à appliquer le même traitement ou un meilleur traitement aux services et aux fournisseurs de services étrangers tout comme les nationaux.

Les membres de l'OMC peuvent lister des limitations au degré d'accès au marché ou au traitement national qu'ils appliqueront. Mais une fois que cela aura été fait ils ne pourront plus appliquer de futures limitations plus contraignantes que ce qu'ils auront déjà spécifié. En outre, le GATS exige que les Etats libéralisent progressivement leurs engagements dans les cycles de négociations ultérieurs laissant ainsi la porte ouverte à d'autres réductions dans les restrictions qu'ils pourraient imposer aux services et aux fournisseurs de services étrangers. Finalement il sera même difficile aux Etats de fournir des services sur une base non lucrative.

Le GATS repartit le commerce en matière des services en quatre catégories :

  • La fourniture des services inter-nations : i.e. la fourniture d'électricité par une compagnie Mexicaine aux villes voisines en Californie ;
  • Les services de consommation inter-nations : i.e. le tourisme ou les services financiers utilisés par un citoyen argentin aux Etats-Unis ;
  • L'établissement d'une «présence commerciale » dans un autre pays, i.e. Shell investit dans un projet de raffinerie de pétrole au Nigeria en créant Shell Nigeria comme une filiale séparée sous la législation nigériane et
  • L'échange de personnel, i.e. un cabinet d'avocats US ou européen envoie un avocat au Singapour pour donner un conseil juridique sur des négociations pour la signature d'un contrat au nom de leur client singapourien.


Des exceptions en matière de droits de l'homme ?
Le GATS ne comporte aucune mesure réglementaire claire qui pourrait permettre aux Etats de violer ses obligations afin de promouvoir les droits de l'Homme. Ainsi il y est dit que les membres peuvent passer outre leurs engagements et prendre certaines mesures si celles-ci sont «nécessaires pour protéger la morale publique ou maintenir l'ordre public » ; «nécessaires pour protéger la vie ou la santé de l'homme, l'animal ou de la plante » ; ou nécessaire en termes de propriété privée.

Cependant ces exceptions peuvent se révéler trop complexes et inefficaces quant aux droits de l'homme pour ce qui concerne les communautés locales affectées par des investisseurs étrangers. Par exemple, l'exception de l'ordre public dont il est question peut être invoquée seulement si une menace véritable et grave est posée contre l'un des intérêts fondamentaux de la société. Il se peut que la protection des droits humains à la lumière de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et de la législation internationale se trouve au milieu des intérêts fondamentaux que toute société ou Etat donné puisse brandir. Toujours est-il que la présente définition pourrait être défiée par d'autres membres de l'OMC devant le panel en charge des litiges.

Les Etats peuvent aussi se servir des exceptions de la protection de la vie ou de la santé humaine sur la base que le droit à la vie est l'un des droits fondamentaux de l'homme. Ils peuvent aussi choisir d'imposer des mesures réglementaires dans le but de protéger le droit de l'ensemble de leurs habitants à l'intimité individuelle. Mais toutes ces exceptions doivent avoir été jugées «nécessaires » et passé à travers l'organe d'appel de l'OMC qui les aura interprétées comme étant des mesures qui fassent obstruction le moins possible au commerce.

Les investissements étrangers dans le cadre du GATS
Les problèmes de droits de l'homme sont plus susceptibles de surgir pour ce qui est de la catégorie de la «présence commerciale» en matière de services et qui est essentiellement reliée aux investissements étrangers. Dès qu'un membre prend des engagements quant à l'accès au marché et au traitement national en tenant compte de la présence commerciale, les transferts de capitaux relatifs sur son territoire sont aussi requis.

Même si beaucoup de pays en voie de développement n'ont pas les ressources humaines financières, techniques et logistiques pour un contrôle et une réglementation adéquate des activités des grosses compagnies multinationales investissant dans différents projets sur leur territoire, un certain droit de regard demeure crucial. Dans plusieurs cas documentés les investissements des multinationales dans l'extraction des ressources naturelles et dans les projets de développement ont conduit à des abus massifs des droits de l'homme commis par leurs filiales et leurs alliés politiques et « sécuritaires » locaux à l'encontre des communautés locales hôtes.

A titre d'exemple, FoE Nigeria bat campagne contre la présence continuelle de Shell et des autres compagnies pétrolières du nord dans leur pays. Les opérations de ces compagnies au Nigeria ont occasionné des morts des blessés, une fragmentation culturelle ainsi que des déplacements économiques, physiques et sociales parmi des communautés locales. Les groupes Les Amis de la Terre se battent avec leurs communautés partenaires contre l'intrusion des compagnies minières sur les terres ancestrales et les territoires des communautés indigènes. Les exploitations minières commerciales à grande échelle conduites par des multinationales que ce soit dans des pays en voie de développement ou des pays développés ont souvent amené des déplacements communautaires et une marginalisation économique accrue.

Les menaces des compagnies sur les services publics vont aussi s'intensifier sous le GATS en consolidant les tendances anti-droits de l'homme déjà en place du fait des programmes d'ajustement structurels imposés par le FMI. Les citoyens de plusieurs pays latino-américains sont sous la menace de l'entrée des compagnies privées de soins de santé américaine et les pays en voie de développement sont la cible des compagnies des eaux avides de privatiser ce qui a toujours été un bien public (cf. article dans ce numéro).
Plus de 40 pays ont déjà donné leur accord pour ouvrir leur secteur de l'éducation dans le cadre du GATS. La conséquence va être le remplacement des systèmes universels de l'éducation publique par des écoles que seuls ceux qui peuvent payer fréquenteront.

Dans le cadre du GATS, des exemples de ce genre vont se multiplier et les ressources des Etats membres pour ce qui est des abus en matière de droits de l'homme et de l'environnement vont être limitées. L'un des moyens les plus importants pour un pays pour maintenir une flexibilité réglementaire maximale quand il s'agit des investissements étrangers est d'indiquer qu'il ne prend aucun engagement quant aux services et aux secteurs des services qu'il juge vitaux pour ses intérêts nationaux et pour la protection des droits humains de son peuple.

Les Droits de l'homme avant les investissements étrangers.
Les dispositions du GATS peuvent être utilisées par des Etats pour justifier des mesures qui mettent la priorité sur les investissements étrangers au détriment des droits de l'homme. Beaucoup de gouvernements particulièrement des pays en voie de développement voient les investissements étrangers spécialement ceux des multinationales comme étant bons. Tout comme pour toutes les activités économiques humaines cependant ces types d'investissements doivent être réglementés et canalisés pour s'assurer que seuls ceux qui avantageront les peuples et les communautés locales – en termes d'équité économique, de renforcement économique, de durabilité environnementale et de reconnaissance des droits des ressources – soient autorisés. Le GATS menace de limiter cette capacité gouvernementale à réglementer les investissements. De cette façon il enlève de façon indirecte la capacité des communautés locales à déterminer leur propre destinée ainsi que la direction et l'allure de leur développement. Les ONG doivent continuer leur campagne pour un moratoire sur les négociations du GATS et appeler à la place pour des accords internationaux qui renforceront les dispositions en matière de service public à travers une législation internationale. Par-dessus tout, nous devons appeler pour une reconnaissance multilatérale de la primauté des préoccupations en matière de droits de l'homme sur les droits des investissements étrangers.

Vice Yu, Fédération Internationale des Amis de la Terre.

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