Rendre la
globalisation durable ?
Rio+10 : Un challenge tout
proche. Johannesburg en mal de
thèmes
La première réunion préparatoire tenue à
New York du 30 Avril au 2 Mai en vue du
sommet Rio+10 qui se déroulera à
Johannesburg en Septembre 2002 n'a pu
dégager de thèmes majeurs. Les pays du G-77
et la Chine ont estimé que les thèmes
devraient être décidés suivant un processus
allant «du bas vers le haut » à
travers des discussions nationales et
régionales qui seront organisées dans les
six mois à venir. Compte tenu du désordre
et du manque d'ouverture qui caractérisent
la plupart de ces processus régionaux (y
compris au niveau européen) cela n'augure
pas de bonnes choses quant au sommet
lui-même.
Les préoccupations du G-77 pour des
initiatives allant «du bas vers le
haut » ont été caricaturées par les
tentatives de certains de ces membres qui
ont voulu empêcher la participation de
certaines ONG au sommet. L'Egypte et la
Chine pour ne pas les nommer ont essayé
d'obtenir un veto quant à l'accréditation
ou non des ONG. Cela s'est soldé par un
échec même si les décisions adoptées
(disponibles sur www.un.org/rio+10)
laissent entrevoir qu'il n'y aurait pas
suffisamment de temps durant le sommet et
que les contributions venant de la société
civile ne prendraient pas beaucoup de
place.
La géographie des sites du sommet a
aussi soulevé quelques préoccupations.
Après une grandiose cérémonie d'ouverture
dans un grand stade, le sommet se tiendra
dans trois centres de conférence distants
d'au moins 25 kilomètres les uns des
autres. Les plus importantes parties
prenantes y compris le milieu des affaires
qui craignait de faire les frais d'une
telle disposition ont avancé que des thèmes
devraient être attribués aux trois
immeubles plutôt que de les répartir entre
les gouvernements, les affaires et les ONG.
Les officiels sud Africains ont pris note
de ces remarques et ont promis de réfléchir
sur la manière d'éviter la ghettoïsation
des grands groupes.
Même si des thèmes majeurs n'ont pas été
formellement adoptés, tous les
gouvernements présents ont évoqué des
problèmes similaires. «Rendre la
globalisation durable » a été la
phrase qui revenait souvent, mais quant à
la façon de traduire cela dans les faits,
les contributions ont été souvent vagues.
En ce qui concerne la communauté des ONG,
le papier de FoEI intitulé ''Vers des
Economies Durables'' a suscité beaucoup
d'intérêt. Il est apparu clairement aussi
qu'aucun autre réseau d'ONG ne se fixera
pour objectif de couvrir l'agenda en
matière de commerce de la manière dont FoEI
le fait et entend le faire dans la marche
vers Rio+10.
La responsabilité des multinationales
constituera un autre grand thème surtout
que la première réunion préparatoire a
confirmé les craintes que le milieu des
affaires utilisera le sommet pour se
présenter comme la (seule) solution aux
problèmes globaux. L'industrie allemande
réputée pour avoir appuyé l'Apartheid et
pour sa responsabilité dans les taux élevés
de cancer dans les voisinages des centrales
de voitures de Port Elisabeth par exemple a
eu l'audace de mettre l'accent sur ses
«relations historiques durables avec
l'Afrique du Sud. ». Les expositions
de bonnes pratiques constitueront l'une des
attractions du sommet même si dans certains
cas, on risque de nous servir des
définitions plutôt vagues ou douteuses du
qualificatif «bonne ».
L'Afrique du Sud a aussi annoncé qu'elle
a l'intention d'utiliser les éléments d'une
exposition mal foutue que le Canada a
essayé d'initier à l'occasion de la tenue
de la Neuvième Session de la Commission sur
le Développement Durable (CSD-9). L'énergie
nucléaire y a été décrite comme étant
«durable ».
Des Institutions Environnementales
Globales.
Un troisième grand thème a été l'avenir de
l'architecture institutionnelle en matière
de durabilité. Certaines délégations plus
particulièrement celle des USA, se sont
demandées si la CSD avait encore quelque
rôle à jouer dans l'avenir. La raison a été
la désillusion survenue après la CSD-9, ce
qui a jeté un doute sur le multilatéralisme
vert. Cependant les discussions se sont
centrées sur le rôle futur du Programme des
Nations Unies pour l'Environnement (PNUE).
Ce débat a semblé contribué plus ou moins à
marginaliser toute discussion relative à
une Organisation Mondiale de
l'Environnement (cf. Link 96 P.22). C'était
surprenant de constater l'unanimité quant
au besoin d'un renforcement du PNUE avec un
appui franc pour s'assurer que
l'organisation pourrait bénéficier de plus
de moyens financiers.
Les ONG ont aussi eu beaucoup
d'opportunité d'échanges à New York. La
contribution unique de FoEI quant aux
alternatives à la globalisation
néolibérale, à l'équité globale et à la
responsabilité des multinationales a été
reconnue par plusieurs représentants d'ONG
sœurs. Toutefois ce sera très difficile
pour nous en tant que réseau de faire en
sorte que ces problèmes puissent figurer
dans ce qui n'est même pas encore un débat
international inspiré sur l'avenir de la
durabilité.
Daniel MITTLER,
coordinateur
de FoEI pour Rio+10. FoE Allemagne.