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avril/juin 2001   

 

DROITS COLLECTIFS & CONFLITS ENVIRONNEMENTAUX
Je veux que ma grand-mère vive.
Ni le gouvernement ni Occidental n'auront sa peau.
Elle vivra et elle sait comment s'y prendre.
Chanson de Matilde Payaguaje, indigène Secoya, Equateur .

Le concept des «droits collectifs» émerge des limites des droits de l'homme individuels quant à protéger de façon adéquate les peuples indigènes et les autres minorités traditionnelles ayant une ca ractéristique collective unique. Les droits indigènes sont coutumiers et les droits collectifs émergent comme une réponse à la violation de ces droits coutumiers.

Un certain nombre d'instruments légaux reconnaissant ces droits existent déjà. C'est le cas de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail, de même que les constitutions politiques d'un certain nombre de nations particulièrement en Amérique Latine.

La Participation
L'un des plus importants droits collectifs c'est le droit de participation à certaines activités ou décisions comme celles qui contribuent à affaiblir d'autres droits collectifs reconnus. Cependant, cette participation peut se faire à un certain nombre de niveaux dont le plus élevé est le consentement librement exprimé en toute lumière. Il y a aussi le droit de rejeter ou de poser son veto contre des actions que le peuple n'approuve pas. Par exemple certains reconnaissent le droit de refuser des activités ou des décisions sur des bases culturelles.

Le niveau suivant est celui du consentement où on peut noter la possibilité d'un certain nombre de manipulations. Le consentement est parfois donné sans que toutes les informations requises soient disponibles ou sous le coup de la pression.

Moins souhaitable que celui-ci est le cas d'un accord où il n'y a aucune possibilité de veto. Même si un accord n'est pas trouvé l'état peut «essayer de trouver un accord» et continue ses actions en l'absence même d'un consensus.

La différence entre la participation et la consultation est assez grande. La participation signifie que les populations indigènes concernées peuvent prendre part au processus de prise de décision et que leurs points de vue seront pris en compte. La participation peut permettre aux populations indigènes concernées de jouer un rôle significatif dans l'élaboration et l'administration des mesures proposées. En matière de consultation ni un accord ni une prise en compte des points de vue contraires n'est requis. Que la population accepte ou n'accepte pas le projet ne change rien dès qu'une consultation symbolique a été conduite. C'est la méthode que les Etats utilisent souvent.

Le cas des Secoya
Un exemple de consultation inadéquate est celui du code de conduite signé entre le peuple équatorien Secoya et Occidental Petroleum. Les Secoya sont des indigènes équatoriens qui ont été grandement affectés par l'ère des exploitations de caoutchouc. Ils sont au nombre de 350 et vivent en trois petites communautés. Ils se sont opposés traditionnellement aux impacts des compagnies pétrolières opérant sur leur territoire situé dans sa grande partie sur une concession pour l'exploration sous le contrôle de la compagnie Occidental. Cette dernière a signé un certain nombre d'accords avec leur organisation dont la plupart sous la pression et avec des informations insuffisantes. Le code de conduite est l'un de ces accords. Il s'applique seulement pour le dialogue entre les deux parties. Même si le droit de participation, d'information, de consultation et d'autodétermination du peuple Secoya a été reconnu, le code mentionne aussi le respect réciproque des droits. Cela implique que les ressources du sous-sol sont la propriété de l'état équatorien. Toute possibilité de veto du peuple indigène sur les activités pétrolières a été ainsi éliminée. Le code est simplement un accord règlement le processus de consultation : ni l'agenda de travail de la compagnie ni ses plans d'opération à l'intérieur du territoire indigène ne peuvent être modifiés dans le cadre du dialogue. Cet accord constitue aussi un consentement implicite pour que la compagnie démarre ces opérations.

Il est vrai que le peuple Secoya a signé ce code de conduite à travers une organisation indigène et cela peut être perçu comme une forme de participation de leur part et une reconnaissance générale des droits de participation et de consultation. Cependant la présence de la compagnie pétrolière constitue en fait une violation des droits collectifs des Secoya puisque plusieurs aspects de leur vie en tant que peuple ont été violés sur les plans culturels, social et environnemental.

Un peuple indigène occupe un territoire qui est sien de façon collective et est de ce fait imprescriptible, inaliénable indivisible selon la constitution équatorienne. Cette constitution reconnaît aussi le droit à la participation à la jouissance, à l'administration et à la conservation des ressources naturelles renouvelables, mais dans la plupart des pays du monde les ressources du sous-sol sont la propriété de l'Etat. il y a contradiction du moment où on ne peut pas accéder au sous-sol sans affecter la terre ou la façon de vivre du peuple qui vit dessus.

Les caractéristiques des Droits Collectifs.
Les droits collectifs sont intergénérationnels. Il faut comprendre le droit au territoire sous cet angle, les générations présentes héritent du territoire des générations passées et sont elles aussi tenues de le céder aux futures générations. Ainsi les territoires indigènes ne tombent pas sous la rubrique de la propriété. C'est plutôt un héritage.

Même si chaque peuple indigène a sa propre forme de représentation, les compagnies multinationales opèrent sous un système basé sur la démocratie occidentale. Dans ce système c'est généralement les jeunes qui prennent le devant étant donné qu'ils sont plus aptes à communiquer avec le monde extérieur puisqu'ils parlent, lisent et écrivent la langue officielle du pays. Les autorités traditionnelles sont ainsi souvent laissées en dehors du processus de prise de décision.

Les peuples indigènes sont composés d'un certain nombre de communautés habitant un territoire. Ce sont les droits collectifs qui reflètent cet état de choses. Les décisions des communautés peuvent affecter le territoire d'autres communautés appartenant au même peuple. Donc si une communauté signe un accord avec une compagnie pétrolière lui donnant l'autorisation d'entrer dans son secteur, elle pourrait en fait violer les droits d'autres communautés qui veulent maintenir l'intégrité de tout leur territoire.

Dans la perspective de la cosmovision de plusieurs peuples indigènes, le territoire n'est pas seulement un espace physique mais aussi la place où leurs systèmes de production(pêche, chasse, agriculture, activités extractives, etc.…) prennent forme.

La connaissance, les innovations et les pratiques qui ont permis à ces communautés de survivre comme peuple et qui les ont assistées dans le maintien de la biodiversité et des ressources naturelles, font aussi partie de ce même territoire comme défini dans les droits collectifs.

Pour les peuples indigènes donc faire des accords avec des compagnies pétrolières contribue à briser aussi la perception cyclique du passé et du présent qui constitue une partie de leur cosmovision.

Elisabeth Bravo, FoE Equateur

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