LES DROITS DE
L'HOMME ET DE L'ENVIRONNEMENT SACRIFIES SUR
L'AUTEL DU COMMERCE
Lancement de la Zone de Libre Echange
des Amériques
En Avril, 34 Chefs d'Etat et Ministres
de Commerce venus de chaque nation de
l'hémisphère occidentale exceptée Cuba ont
discuté d'une proposition sur laquelle
travaille les Etats–Unis depuis 1994. Le
projet de Zone de Libre Echange des
Amériques (FTAA) qui sera ouverte pour les
signatures à partir de 2005 et qui combine
des éléments du NAFTA (L'Accord du Libre
Echange de l'Amérique du Nord), de l'OMC et
des parties de l'Accord Multilatéral Sur
Les Investissements (AMI) mort-né. La FTAA
liera les mains des gouvernements quant à
leur capacité de mener des politiques
favorisant les intérêts publics et
renforcera le pouvoir des multinationales
au détriment des droits des citoyens dans
toutes les Amériques et les caraïbes.
La plupart des personnes vivant dans les
régions affectées n'ont jamais entendu
parlé de la FTAA même si cet accord risque
d'influencer nos vies. Les négociations ont
été conduites dans une stricte discrétion
avec les industriels jouant le rôle de
conseillers pour les négociateurs. Beaucoup
de parlementaires nationaux n'ont pas non
plus été tenus au courant de la tenue de
ces négociations ou se sont vus refuser un
accès aux informations. Tandis que les
syndicats et les ONG de différents pays ont
essayé de faire entendre leurs opinions aux
négociateurs. Toutefois il n'y a pas encore
de précédent où leurs points de vue aient
été pris en compte.
Manifester pour ses droits
Plusieurs personnes venues des quatre
coins du monde se sont frayées un chemin
vers le Québec au Canada en Avril pour
participer aux manifestations appelant les
Etats «d'arrêter de sacrifier les
droits de nos peuples et de l'environnement
sur l'autel du commerce ».Craignant
une répétition des protestations de
l'ampleur de Seattle, le gouvernement
canadien a dépensé quelques 30 millions de
dollars US pour ériger une barrière de
sécurité et tenir les manifestants très
loin des lieux où s'est tenue la réunion de
deux jours. En guise de comparaison quand
l'Amérique centrale avait été violemment
frappée par l'hurricane Mitch le Canada
avait offert un misérable 4,5 millions de
dollars US au Nicaragua avec la condition
que 1,4 millions serviraient au payement de
la dette du pays.
Pour les gouvernements la réunion a été
un succès. Quand la déclaration officielle
a été signée, des gaz lacrymogènes ont été
utilisés pour faire taire les milliers de
manifestants au dehors. Avec les violations
des droits de l'homme survenues déjà dès la
signature du document, que se passerait-ils
alors quand l'accord prendrait effet en
2005 ?
La FTAA renforcera certainement les
impactes négatifs des politiques que la
Banque Mondiale et le FMI imposent à nos
pays –des politiques qui ont déjà conduit à
un manque d'accès grave aux soins de santé,
aux écoles et au travail pour tous dans la
région. Les portes vont être plus grandes
ouvertes aux multinationales et la
privatisation de l'eau sera parmi les pires
conséquences puisque c'est la ressource que
les pauvres continuent d'obtenir
gratuitement dans plusieurs pays.
Le commerce par-dessus tout
En fait cette FTAA contredit plusieurs
autres accords internationaux ratifiés par
nos pays. Des droits sociaux élémentaires
comme la nourriture, l'eau, la santé et la
sécurité sociale vont subir les contraintes
des réglementations commerciales. Il ne
sera plus facile aux Etats d'assurer la
nourriture comme droit élémentaire de
l'homme en établissant ou en maintenant des
politiques qui protègent les paysans, les
petits fermiers, les économies rurales la
souveraineté alimentaire, s'il s'avérait
que les politiques en question constituent
des «barrières » au commerce. Les
compagnies multinationales auront la
latitude d'intenter des actions judiciaires
contre tout gouvernement national qui
essaierait d'empêcher l'importation des
semences génétiquement modifiées ou
l'exploitation de vieilles forêts ou encore
la publicité agressive du tabac pour
protéger ses citoyens et l'environnement.
La promotion de ce soi-disant
«développement »sous le contrôle des
multinationales entravera l'émergence
d'instruments politiques en faveur d'un
développement équitable et durable comme la
restriction des capitaux étrangers dans
certains secteurs, le réinvestissement des
profits ou les limitations sur les achats
des terres agricoles. Beaucoup plus de gens
se trouveront exclus du processus de
développement. C'est le cas des femmes, des
handicapés, des peuples indigènes et des
autres minorités.
Les ressortissants de toutes les
Amériques qui suivent ces négociations
doivent continuer de résister à la mise en
œuvre de la FTAA. Le concept des droits de
l'Homme a été défini pour permettre un
accroissement du bien –être économique et
social et non pour une expansion du libre
échange qui détruit la vie des gens et
l'environnement
Magda Lanuza,
Foe
Nicaragua