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avril/juin 2001   

 

PILE NOUS GAGNONS, FACE VOUS PERDEZ
Le Peuple Embera Trahi dans la Construction du Barrage d'Urra
"Le développement [du barrage] a signifié pour nous le piétinement de nos droits, la mort des poissons, la division des communautés, la mort de Lucindo Domico et des autres…. "
Kimi Pernia Domico, leader du peuple indigène Embera Katio

Les propos de Kimi reflètent la tragédie du peuple Embera dont le territoire a été menacé durant ces quatre dernières années par la construction du barrage hydroélectrique présenté sous des dehors de développement pour le peuple. Le drame des Embera est similaire à celui de tous les peuples du monde qui ont eu à faire face à des barrages hydroélectriques. Des barrages qui se sont révélés être complètement incompatibles avec le développement durable.

Divers intérêts cherchent à tirer profit du barrage colombien d'Urra : les compagnies multinationales qui pillent les ressources naturelles, des ingénieurs soucieux de garder leur job ;des politiciens recherchant plus de voix et des techniciens qui veulent résoudre leurs complexes vis-à-vis du monde naturel. Le consortium du barrage comprend des suédois, des russes, des multinationales colombiennes, l'Agence Canadienne pour le Développement International ainsi que des banques hollandaises et canadiennes. Tous ces appétits ont été satisfaits par la corruption chronique qui mine la société colombienne.

Le cas du barrage d'Urra a un ingrédient spécifique qui le rend plus tragique que tous les autres projets de grand barrage : la violence. Des indigènes des prêtres et des opposants environnementalistes au projet ont disparu et ont été tués ces dernières années. Malgré ces violations des droits de l'homme, les multinationales impliquées clament qu'elles promeuvent le développement durable et défendent les droits de l'homme.

Le début du commencement…
Même si les études pour les barrages d'Urra remontent à 1951, le permis environnemental pour démarrer la construction n'a été accordé qu'en 1993. La première fois qu'on devait entendre parler du cas du peuple Embera Katio c'était en 1994. "Les ingénieurs étaient venus vers nous dans nos huttes, mais… juste pour prendre des photos touristiques "affirme Kimi Pernia. "Il n'a pas été fait mention de nous Embera dans les études de 1951 ni même dans celles qui auront suivi. En 1977, la zone a été déclarée d'utilité publique sans que nous ayions été avisés… c'est à travers notre déclaration de 1994 que notre pays devait apprendre nos problèmes".

En outre, malgré que le gouvernement colombien ait ratifié une loi statuant que  «les peuples concernés ont le droit de décider leurs propres priorités dans le processus de développement si ce dernier affecte leur vie, leurs croyances et institutions et les terres qu'ils utilisent ou occupent », rien de cela n'a été reconnu dans le cas des Embera.

En 1994 les représentants du peuple Embera de Katio ont descendu le fleuve Sinu en canot pour dénoncer publiquement les violations de leurs droits environnemental et culturel et pour plaider pour leur droit à survivre. Un mois plus tard ils devaient être reçus en audience au ministère de l'environnement pour se voir notifier par le ministre d'alors que «la construction d'Urra continuera, car ce barrage offre plus d'opportunités de développement que d'opportunités écologiques. Nous en assumons publiquement la responsabilité. "Vous êtes dans un ministère qui œuvre pour le développement durable et non pour la conservation des ressources ".

A partir de ce moment-là les choses ont empiré : le gouvernement colombien et la compagnie qui construit l'Urra se sont ligués contre les indigènes et les pêcheurs qui exploitent le fleuve. Le gouvernement et le consortium ont usé de diverses stratégies comme les retards intentionnels, la corruption et la provocation de problèmes internes pour diviser les Embera Katio.

Kimi Pernia a résumé les actions malhonnêtes du gouvernement à l'encontre de son peuple : "Le ministre de l'environnement a agit contre nous comme il l'a fait contre nos frères U'wa… il a signé un document acceptant la désignation d'un territoire spécial pour les Embera comme si c'était une ferme. Il nous a divisés. Il a fait fi des propositions des Embera pour ce qui concerne le permis. Il n'a manifesté aucun respect ni cherché à comprendre nos propositions… Son cœur est avec les banques et les multinationales."

La Résistance et la lutte continuent
Le prix payé pour la résistance au barrage d'Urra a été très élevé durant ces dernières années. Dix-huit Embera ont été tués sans compter un professeur de l'université de Cordoba et deux environnementalistes. On note aussi la disparition de dix indigènes. En 1998, Alonso Dominco Cabera, le leader spirituel Embera, a été tué dans sa maison par des paramilitaires employés par le consortium. Un autre leader et porte-parole Lucindo Domico Cabera devait être tué peu de temps après. A une autre occasion, des paramilitaires ont détenu une dizaine d'Embera les ont menacés et brûlé leur canoë avant de tuer Alejandro Domico et la liste continue…

Les pêcheurs et les indigènes ont organisé diverses marches sur de longues distances dont une au Q.G du consortium d'Urra pour protester contre la disparition du bocachico (un poisson du fleuve) et une autre au ministère de l'environnement pour demander l'arrêt du projet. Ils ont aussi occupé l'ambassade de la Suède un pays dans lequel certaines des compagnies du consortium sont basées.

En 1996, les Embera Katio ont occupé l'ambassade d'Espagne pour demander l'asile politique à cause de l'extermination de leur communauté et leur déplacement de la zone. Selon Kimi Pernia, dans une lettre des paramilitaires aux promoteurs du barrage, les Embera ont été qualifiés de «guérilleros » à cause de leur opposition au barrage. Le consortium a demandé la permission de remplir le réservoir immédiatement et cinq jours plus tard ils avaient le permis. La fin de 1998 devait voir la justice colombienne donner finalement raison aux Embera Katio. Il a été demandé au consortium d'honorer les promesses faites lors des consultations avant l'octroi du permis de remplissage du réservoir et le début des opérations de barrage. Cependant il n'a pas été surprenant de constater que les consultations ont été un simulacre et qu'aucune des propositions indigènes n'a été prise en considération. Vers la fin 1999 le remplissage du barrage d'Urra devait commencer.

Le 12 décembre 1999, 160 indigènes Embera arrivèrent à Bogota après 700 kilomètres de marche. Ils s'installèrent dans les jardins du ministère de l'environnement et demandèrent un autre dialogue avant que l'inondation ne soit enclenchée. Quatre mois plus tard et toujours dans le jardin, un accord fut trouvé entre le consortium du barrage, les ministères de l'environnement, des mines et des affaires intérieures et les leader Embera.

Les Embera sont retournés sur leurs terres ancestrales le 26 Avril 2000 avec l'espoir de constater les résultats de l'accord dans les semaines suivantes. Un an plus tard rien ne s'est produit, le meurtre des leaders Embera continue et plus de 250 familles ont été déplacées de leurs terres vers les cités voisines.

Faible puissance
Tout cet ethnocide et ce massacre environnemental ont juste servi à obtenir deux pour cent(340 MW) de l'électricité totale produite en Colombie ! On pense tout de suite à d'autres exercices futiles dans le même genre : le barrage de Balbina au Brésil qui a coûté un milliard de dollars et a converti 250 000 hectares de jungle tropicale en un lac sans vie, rempli de végétation en putréfaction sans compter les millions d'animaux sauvages tués, les différentes tribus déplacés et les maladies apportées dans le secteur. Tout ceci pour générer juste 80MWd'énergie !

Inventaire des droits de l'homme
Le processus du barrage d'Urra a été caractérisé par des violations éhontées des droits de l'homme malgré les prétentions des autorités colombiennes quant à des législations nationales avancées en matière de droits de l'homme et de droit environnemental avec la ratification de diverses conventions internationales de droits de l'homme. Malgré toutes ces professions, les Embera n'ont pu avoir aucun droit auprès des tribunaux du pays et des lois ont été créées pour garantir une douce continuation du projet de barrage. Les gouvernements européens doivent être aussi blâmés pour financer des méga projets dans le genre du barrage d'Urra qui violent tous les droits fondamentaux à la vie, à la culture à l'environnement et à l'autodétermination.

Javier Marin , FoE Colombie .

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