PILE NOUS GAGNONS,
FACE VOUS PERDEZ
Le Peuple Embera Trahi dans la
Construction du Barrage d'Urra
"Le développement [du barrage] a
signifié pour nous le piétinement de nos
droits, la mort des poissons, la division
des communautés, la mort de Lucindo Domico
et des autres…. "
Kimi Pernia Domico, leader du peuple
indigène Embera Katio
Les propos de Kimi reflètent la tragédie
du peuple Embera dont le territoire a été
menacé durant ces quatre dernières années
par la construction du barrage
hydroélectrique présenté sous des dehors de
développement pour le peuple. Le drame des
Embera est similaire à celui de tous les
peuples du monde qui ont eu à faire face à
des barrages hydroélectriques. Des barrages
qui se sont révélés être complètement
incompatibles avec le développement
durable.
Divers intérêts cherchent à tirer profit
du barrage colombien d'Urra : les
compagnies multinationales qui pillent les
ressources naturelles, des ingénieurs
soucieux de garder leur job ;des
politiciens recherchant plus de voix et des
techniciens qui veulent résoudre leurs
complexes vis-à-vis du monde naturel. Le
consortium du barrage comprend des suédois,
des russes, des multinationales
colombiennes, l'Agence Canadienne pour le
Développement International ainsi que des
banques hollandaises et canadiennes. Tous
ces appétits ont été satisfaits par la
corruption chronique qui mine la société
colombienne.
Le cas du barrage d'Urra a un ingrédient
spécifique qui le rend plus tragique que
tous les autres projets de grand
barrage : la violence. Des indigènes
des prêtres et des opposants
environnementalistes au projet ont disparu
et ont été tués ces dernières années.
Malgré ces violations des droits de
l'homme, les multinationales impliquées
clament qu'elles promeuvent le
développement durable et défendent les
droits de l'homme.
Le début du commencement…
Même si les études pour les barrages
d'Urra remontent à 1951, le permis
environnemental pour démarrer la
construction n'a été accordé qu'en 1993. La
première fois qu'on devait entendre parler
du cas du peuple Embera Katio c'était en
1994. "Les ingénieurs étaient venus vers
nous dans nos huttes, mais… juste pour
prendre des photos
touristiques "affirme Kimi
Pernia. "Il n'a pas été fait mention
de nous Embera dans les études de 1951 ni
même dans celles qui auront suivi. En 1977,
la zone a été déclarée d'utilité publique
sans que nous ayions été avisés… c'est à
travers notre déclaration de 1994 que notre
pays devait apprendre nos problèmes".
En outre, malgré que le gouvernement
colombien ait ratifié une loi statuant
que «les peuples concernés ont le
droit de décider leurs propres priorités
dans le processus de développement si ce
dernier affecte leur vie, leurs croyances
et institutions et les terres qu'ils
utilisent ou occupent », rien de cela
n'a été reconnu dans le cas des Embera.
En 1994 les représentants du peuple
Embera de Katio ont descendu le fleuve Sinu
en canot pour dénoncer publiquement les
violations de leurs droits environnemental
et culturel et pour plaider pour leur droit
à survivre. Un mois plus tard ils devaient
être reçus en audience au ministère de
l'environnement pour se voir notifier par
le ministre d'alors que «la construction
d'Urra continuera, car ce barrage offre
plus d'opportunités de développement que
d'opportunités écologiques. Nous en
assumons publiquement la responsabilité.
"Vous êtes dans un ministère qui œuvre pour
le développement durable et non pour la
conservation des ressources ".
A partir de ce moment-là les choses ont
empiré : le gouvernement colombien et
la compagnie qui construit l'Urra se sont
ligués contre les indigènes et les pêcheurs
qui exploitent le fleuve. Le gouvernement
et le consortium ont usé de diverses
stratégies comme les retards intentionnels,
la corruption et la provocation de
problèmes internes pour diviser les Embera
Katio.
Kimi Pernia a résumé les actions
malhonnêtes du gouvernement à l'encontre de
son peuple : "Le ministre de
l'environnement a agit contre nous comme il
l'a fait contre nos frères U'wa… il a signé
un document acceptant la désignation d'un
territoire spécial pour les Embera comme si
c'était une ferme. Il nous a divisés. Il a
fait fi des propositions des Embera pour ce
qui concerne le permis. Il n'a manifesté
aucun respect ni cherché à comprendre nos
propositions… Son cœur est avec les banques
et les multinationales."
La Résistance et la lutte
continuent
Le prix payé pour la résistance au barrage
d'Urra a été très élevé durant ces
dernières années. Dix-huit Embera ont été
tués sans compter un professeur de
l'université de Cordoba et deux
environnementalistes. On note aussi la
disparition de dix indigènes. En 1998,
Alonso Dominco Cabera, le leader spirituel
Embera, a été tué dans sa maison par des
paramilitaires employés par le consortium.
Un autre leader et porte-parole Lucindo
Domico Cabera devait être tué peu de temps
après. A une autre occasion, des
paramilitaires ont détenu une dizaine
d'Embera les ont menacés et brûlé leur
canoë avant de tuer Alejandro Domico et la
liste continue…
Les pêcheurs et les indigènes ont
organisé diverses marches sur de longues
distances dont une au Q.G du consortium
d'Urra pour protester contre la disparition
du bocachico (un poisson du fleuve) et une
autre au ministère de l'environnement pour
demander l'arrêt du projet. Ils ont aussi
occupé l'ambassade de la Suède un pays dans
lequel certaines des compagnies du
consortium sont basées.
En 1996, les Embera Katio ont occupé
l'ambassade d'Espagne pour demander l'asile
politique à cause de l'extermination de
leur communauté et leur déplacement de la
zone. Selon Kimi Pernia, dans une lettre
des paramilitaires aux promoteurs du
barrage, les Embera ont été qualifiés de
«guérilleros » à cause de leur
opposition au barrage. Le consortium a
demandé la permission de remplir le
réservoir immédiatement et cinq jours plus
tard ils avaient le permis. La fin de 1998
devait voir la justice colombienne donner
finalement raison aux Embera Katio. Il a
été demandé au consortium d'honorer les
promesses faites lors des consultations
avant l'octroi du permis de remplissage du
réservoir et le début des opérations de
barrage. Cependant il n'a pas été
surprenant de constater que les
consultations ont été un simulacre et
qu'aucune des propositions indigènes n'a
été prise en considération. Vers la fin
1999 le remplissage du barrage d'Urra
devait commencer.
Le 12 décembre 1999, 160 indigènes
Embera arrivèrent à Bogota après 700
kilomètres de marche. Ils s'installèrent
dans les jardins du ministère de
l'environnement et demandèrent un autre
dialogue avant que l'inondation ne soit
enclenchée. Quatre mois plus tard et
toujours dans le jardin, un accord fut
trouvé entre le consortium du barrage, les
ministères de l'environnement, des mines et
des affaires intérieures et les leader
Embera.
Les Embera sont retournés sur leurs
terres ancestrales le 26 Avril 2000 avec
l'espoir de constater les résultats de
l'accord dans les semaines suivantes. Un an
plus tard rien ne s'est produit, le meurtre
des leaders Embera continue et plus de 250
familles ont été déplacées de leurs terres
vers les cités voisines.
Faible puissance
Tout cet ethnocide et ce massacre
environnemental ont juste servi à obtenir
deux pour cent(340 MW) de l'électricité
totale produite en Colombie ! On pense
tout de suite à d'autres exercices futiles
dans le même genre : le barrage de
Balbina au Brésil qui a coûté un milliard
de dollars et a converti 250 000 hectares
de jungle tropicale en un lac sans vie,
rempli de végétation en putréfaction sans
compter les millions d'animaux sauvages
tués, les différentes tribus déplacés et
les maladies apportées dans le secteur.
Tout ceci pour générer juste
80MWd'énergie !
Inventaire des droits de l'homme
Le processus du barrage d'Urra a été
caractérisé par des violations éhontées des
droits de l'homme malgré les prétentions
des autorités colombiennes quant à des
législations nationales avancées en matière
de droits de l'homme et de droit
environnemental avec la ratification de
diverses conventions internationales de
droits de l'homme. Malgré toutes ces
professions, les Embera n'ont pu avoir
aucun droit auprès des tribunaux du pays et
des lois ont été créées pour garantir une
douce continuation du projet de barrage.
Les gouvernements européens doivent être
aussi blâmés pour financer des méga projets
dans le genre du barrage d'Urra qui violent
tous les droits fondamentaux à la vie, à la
culture à l'environnement et à
l'autodétermination.
Javier Marin
,
FoE
Colombie
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