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20/04/2010

Ouverture du Sommet des Peuples du Monde sur le Changement Climatique à Cochabamba

by PhilLee — last modified 20/04/2010 10:47

Une équipe de militants de la campagne Justice Climatique des Amis de la Terre se trouve à Cochabamba, en Bolivie, pour le sommet historique des peuples sur le changement climatique. Nnimmo Bassey, Président des Amis de la Terre International est aussi là-bas et a consigné ce qui suit sur son blog.

Après le résultat catastrophique des négociations des Nations Unies sur le climat à Copenhague en déccembre 2009, une bouffée d'air frais nous arrive avec le rassemblement de personnes issues de tous les coins du monde, pour le premier sommet mondial sur le changement climatique jamais initié par un gouvernement, en collaboration avec des mouvements sociaux, des populations indigènes et d'autres acteurs de la société civile.

Une assemblée de gouvernements et de peuples

Quand le président bolivien, Evo Morales, a annoncé un rassemblement mondial en Bolivie en vue d'une discussion approfondie et exhaustive sur cette question vitale de notre époque, nombreux sont sans doute ceux qui se sont dit que cette idée n'était rien d'autre qu'un château en Espagne. A la grande joie de beaucoup, et à la consternaton de certains, le sommet a bien lieu comme prévu.

Le sommet a attiré pas moins de 17.000 participants et les acticités ont commencé aujourd'hui avec la mise en place de groupes de travail et une assemblée des peuples animée par La Via Campesina, le plus important des mouvements d'agriculture paysanne, et les Amis de la Terre International.

Ce sommet contraste fortement avec celui de Copenhague, et ce de plusieurs manières. Premièrement, c'est une assemblée réunissant les gouvernements et les populations. A Copenhague, on n'a pas ménagé les efforts pour maintenir la société civile à l'écart de la conférence. La conférence de Copenhague a été marquée par l'exclusion de la société civile, des arrestations d'activistes concernés par le climat et des actes de brutalité dirigés contre des manifestants non-violents dans les rues.

A Cochabamba les agents de police sont là pour aider et portent même des badges indiquant qu'ils sont aussi des participants. Là où Copenhague faisait montre de mépris pour les voix des populations, à Cochabamba elles sont l'essence même de la rencontre. Cela dit, nous devons admettre qu'il y a des similitudes entre ces deux villes: leur nom commence par la lettre "c" et comporte dix lettres.

Les participants partagent généralement l'opinion selon laquelle ce sommet est une bonne occasion de faire toute la lumière tant sur les fausses solutions que sur les véritables réponses au changement climatique, ainsi que de poser clairement la revendication de justice climatique. C'est un pas vers la construction d'un mouvement mondial pour une justice écologique, qui ne s'arrêtera plus.

 

Déclaration des droits de notre mère la Terre

Le sommet s'organise autour de dix-sept groupes de travail et a pour objectif d'étudier les causes structurelles du changement climatique, ainsi que de discuter et parvenir à un accord sur la nécessité d'une Déclaration Universelle des Droits de notre mère la Terre.

Parmi les différents groupes de travail autour desquels s'organise le sommet, certains travaillent sur un tribunal de justice climatique, sur les dangers du marché du carbone, les migrants climatiques et les transferts de technologies, entre autres. Le sommet travaille aussi sur l'organisation d'un Référendum Mondial des Populations sur le Changement Climatique.

Ce sommet ne sera pas exempt de controverses. Par exemple, un groupe d'Européens grincheux sont présents à Cochabamba pour vendre les concepts de la géo-ingénierie comme solution au changement climatique. Beaucoup de groupes sont déjà en train de batailler contre l'idée d'utiliser les techniques proposéees par les géo-ingénieurs. Parmi eux, certains disent que manipuler la nature peut avoir des conséquences imprévues, en plus de laisser des intérêts privés non régulés s'approprier des espaces communs, d'accentuer le pillage et l'accès injuste aux ressources et de faire courir des risques aux gens.

Certaines solutions proposées par la géo-ingénierie consistent à créer des nuages artificiels pour bloquer le rayonnement solaire et par là refroidir le climat, ou à ensemencer les océans avec des “polluants” pour augmenter leur capacité de capter et stocker le carbone.

Un autre point chaud concerne REDD (la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts). Alors que certains groupes pensent que REDD peut être bénéfique pour les communautés, Le Réseau Ecologique Indigène (Indigenous Environmental Network), Oilwatch, The Corner House, le Transnational Institute et d'autres ONG sont convaincues que la véritable traduction de REDD n'est autre que "engranger du profit par l'éviction (des communautés), l'appropriation des terres, la déforestation et la destuction de la biodiversité". Ils pensent aussi que REDD offre aux entreprises qui polluent une possibilité de continuer à polluer.

En préalable au sommet de Cochabamba, une Foire Internationale de l'Eau (préparant la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de notre mère la Terre) s'est tenue du 14 au 18 avril 2010.

Cette conférence a déclaré que le changement climatique est "le résultat d'un mode de production prédateur, destructeur et polluant, dont l'exploitation minière, pétrolière, gazière et du charbon à grande échelle, et les barrages qui visent à satisfaire des besoins de consommation d'énergie gaspilleurs, sont des exemples."

La conférence est allée plus loin en proposant entre autres une transition d'un modèle basé sur la prédation vers un modèle basé sur les principes de solidarité, justice, dignité et respect de la vie, réciprocité et équité.

Elle en a galement appelé à la révocation des "licences octroyées aux compagnies transnationales et tout particulièrement à l'arrêt des explotation minières, pétrolières et gazières et des plantations d'arbres en monoculture, et des entreprises agro-industrielles pratiquant l'agriculture et l'élevage intensifs. Toutes ces activities sont voraces en termes de consomation d'eau et aboutissent à la production de marchandises destinées à satisfaire un consumérisme croissant."
Renforcer le mouvement pour une justice écologique

Certains se demandent à quoi pourra aboutir le sommet des peuples, étant donné l'échec de la conférence sur le climat des Nations Unies à Copenhague. La plupart des participants ici voient en Cochabamba une occasion de renforcer un mouvement pour la justice écologique dont la naissance a été annoncée à voix haute en marge des lieux de réunions officiels à Copenhague.

Ce sommet illustre également le fait que les gouvernements devraient travailler avec les populations car, après tout, leur légitimité ne peut découler que du soutien de la population. Le Président Evo Morales de Bolivie démontre très clairement que gouverner, c'est s'engager avec des personnes réelles pour résoudre des problèmes réels, et que les gouvernements et leurs organes ne devraient pas avoir peur d'écouter ce que disent les gens.

Le campus universitaire de UNIVALLE sur lequel a lieu le sommet est couvert d'une mer de participants aux vêtements colorés, issus de toutes les parties du monde. Les costumes cravates des hommes d'affaire sont l'exception ici. Les gens se déplacent avec assurance, en toute dignité. Les rires résonnent sous les arbres et les montagnes de Tiquipaya constituent un excellent décor.

Les cendres volcaniques soufflées sur l'Europe ont peut-être empêché certains participants de se rendre à Cochabamba, mais ce seul fait démontre la puissance de la nature et le fait que, malgré le développement des connaissances, un tas de choses restent encore sous le contrôle de la nature. La sagesse veut que l'humanité respecte les droits de notre mère la Terre et vive avec elle dans des relations de coopération plutôt que de manipulation.

Le sommet s'ouvre demain.

Pour plus d' information

Pour lire notre communiqué de presse à propos du sommet
Pour consulter le site web officiel du sommet
Pour en savoir plus sur notre travail en matière de justice climatique