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Novembre

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30/11/2010

Dans le cocon de Cancun

by PhilLee — last modified 30/11/2010 12:02

Nnimmo Bassey, le président des Amis de la Terre International, suit les négociations sur le climat des Nations Unies à Cancun. Il entreprend ici un état des lieux en exposant brièvement ce que nous pouvons en attendre. Le pronostic n’est pas engageant, mais il y aura suffisamment de mobilisations et de surveillance de la part des sociétés civiles pour rappeler aux délégués que seul un accord équitable fera l’affaire.

un climate talks cancun entrance

Il aura fallu deux heures au pas sur une autoroute encombrée de voitures, de bus et de camions en route pour le Cancunmesse, un centre où les délégués sont contrôlés, avant un trajet en bac d’une vingtaine de minutes supplémentaires jusqu’au Moon Palace, le lieu des négociations. 

Pour ceux qui ont visité  la ville, ce lieu est plutôt isolé du centre, ce qui pourrait bien être la raison même de son choix. Le trajet est bordé de policiers armés, dont certains sur des véhicules surmontés de mitraillettes. On en retient une image de matraquage sécuritaire.  


En accueillant les délégués  à la Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), le président mexicain Felipe de Jesus Calderon Hinojosa a déclaré que le monde doit se lancer dans la poursuite du « développement vert » et d’une « économie verte » sur la voie du développement durable. 


Le président a également déclaré que certaines des étapes à suivre pour atteindre cet idéal incluent le progrès des négociations sur la Réduction des émissions dues au déboisement dans les pays en développement (REDD) ainsi que le développement des technologies visant à réduire les émissions de CO2. Autre point clé abordé : le financement du développement durable doit commencer par le soutien des pays les plus pauvres et les plus fragiles. 

 

De belles paroles, en somme. Mais également des idées très controversées. Des groupes autochtones, des peuples dépendant des forêts ainsi que des mouvements sociaux de masse à travers le monde tirent la sonnette d’alarme sur le cas de REDD. L’idée de quadriller le développement de l’aide financière pour les pays les plus pauvres et les plus fragiles est également perçue par ses détracteurs comme le moyen de diviser ces mêmes nations et de les rendre manœuvrables aux suggestions et décisions qui peuvent s’avérer contraires à leurs intérêts. 

Un autre Copenhague ?

Avant même l’ouverture de la conférence de Cancun sévissait l’inquiétude que des initiatives soient déjà en cours pour truquer le résultat, comme ce fut le cas à Copenhague en 2009. Une interrogation touche un texte en négociation qui émane de la présidence d’un des groupes de travail par le biais d’un processus non transparent. Une autre inquiétude concerne la décision du président mexicain de sélectionner les chefs d’Etat invités à la conférence. La liste n’est pas disponible mais il est d’ores et déjà évident que certains des présidents n’y figurant pas ont l’intention de participer à la conférence de Cancun. 

 

La conférence de Copenhague a baigné dans un brouillard de doutes et d’actions perçues comme non démocratiques. Lors de cette réunion, de nombreuses délégations de pays en développement et de nations fragiles ont cru que des ébauches du document final circulaient au sein de cercles privilégiés à l’écart des méthodes courantes de négociations en salle de conférence. 

De nombreux délégués  à Cancun espèrent que la conférence choisira le chemin de la transparence. Copenhague a assisté à un flot constant de fuites de documents soi-disant préparés par le président de la COP. A Cancun, on s’inquiète déjà d’un projet de texte préparé par la présidente du groupe de travail ad hoc sur l’action de coopération sur le long terme (LCA) sans mandat en bonne et due forme du groupe de travail. L’autre groupe de travail majeur à la COP planche sur le protocole de Kyoto et un autre texte est attendu de la part du président de ce groupe, avec la possibilité que ce dernier ne dispose pas non plus de mandat. 

 

 

asad rehman cancunL’accord de Copenhague et celui des peuples

L’année qui s’écoule entre les conférences est passée en négociations et préparations techniques pendant lesquelles les délégations examinent les textes préparés par les présidents des groupes de travail sur la base des soumissions faites par les délégations ou les membres. 

Le document produit par la présidente de la LCA semble s’éloigner très sensiblement de ce que les délégués anticipaient à l’issue des négociations et du travail fourni depuis Copenhague. Le document débattu par les délégués est soi-disant basé sur « l’accord de Copenhague », lequel ne constituait pas un accord à la fin de la COP15 aux yeux de certains délégués, mais simplement une note prise par cette conférence. La question est de savoir pourquoi un tel document est maintenant légitimé et devient la base de négociations sérieuses devant donner lieu à un accord ambitieux et juste à l’issue de la conférence de Cancun. 


Après que la conférence de Copenhague s’est terminée sans un accord, le gouvernement de la Bolivie a accueilli la toute première Conférence mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre Mère à Cochabamba en avril 2010. Le résultat de cette conférence a été l’Accord des Peuples que le gouvernement de la Bolivie structura ensuite en une soumission officielle à la CCNUCC ainsi qu’au secrétaire général des Nations Unies. 

 

La ligne de faille essentielle entre ceux qui suivent le chemin fabriqué par l’accord de Copenhague et ceux qui ne l’acceptent pas comme la voie vers un accord équitable qui reconnaît le principe de responsabilités communes mais différentiées est de taille, et la résolution a des conséquences graves pour l’avenir de notre planète et les espèces qui l’habitent, y compris l’être humain. 

 

Faibles cibles et petite monnaie

L’ébauche de texte mise en circulation par la présidente de la LCA met en avant l’ambition d’atteindre une augmentation totale de la température mondiale de 2°C par opposition aux propositions faites par un grand nombre de délégations pour une cible entre 1° et 1,5°C d’augmentation de température au-delà des niveaux préindustriels. Une augmentation de 2°C  se traduirait par une modification catastrophique de certaines parties du globe, l’Afrique étant particulièrement vulnérable en la matière. 


Le texte en question ignorait également la demande formulée par des nations fragiles ; pour assurer un transfert urgent et solide des technologies dans une optique d’atténuation et d’adaptation, de tels transferts ne doivent pas être régis par des régimes subsistants de droits de propriété intellectuelle. 


Autre point noir du texte : l’engagement financier proposé n’est pas à la hauteur des ambitions nécessaires pour combattre la crise climatique et s’avère encore moins sérieux que ce qui fut suggéré par le soi-disant accord de Copenhague. 

 

Une coalition de groupes de sociétés civiles s’est plaint du texte de la présidente de la LCA et a exprimé ses inquiétudes sur « les négociations du protocole de Kyoto, dont le président souhaite proposer son propre texte qui repoussera l’adoption des cibles contraignantes de réduction d’émissions par les pays développés à Cancun, court le risque d’élargir les niches comptables et remplace un système contraignant par une approche volontaire basée sur une promesse reflétée par l’accord de Copenhague. » 

 

meena raman cancun

Gardons espoir

La dernière présidente de la COP a précisé dans sa déclaration finale que la conférence doit avancer de manière à prouver que Cancun peut obtenir de bons résultats pour combattre le changement climatique. 


La Papouasie-Nouvelle-Guinée a suggéré lors d’une première déclaration à la conférence qu’en l’absence de consensus, les décisions doivent être prises par un vote. Le pays a pris comme exemple le rejet de l’accord de Copenhague lors de la COP15 et la signature ultérieure de 140 pays. L’opinion des délégués est qu’une petite minorité d’Etats a pris les autres en otage. La Papouasie-Nouvelle-Guinée a promis la coopération et la raison au sein de la COP. La proposition de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a aussitôt été refusée par la Bolivie, l’Inde et l’Arabie saoudite, pour ne citer qu’eux.

Ces pays ont insisté sur le fait que le maintien du consensus permettait de prendre des décisions. 


Outre l’interminable route pour se rendre à la COP et le fait que les lieux des événements annexes ainsi que les espaces de mobilisation et des sociétés civiles pouvaient impliquer une journée entière de déplacement, d’aucuns espèrent que les débats seront solides. C’est l’une des trois raisons qui rendront le cocon de Cancun supportable. La deuxième est la formidable camaraderie transmise par la troupe des Amis de la Terre. La troisième étant que le premier jour d’une conférence qui en compte quinze n’est pas le bon jour pour perdre tout espoir.