Privatisation de l'eau à Manille
(Philippines) :
Suez bat en retraite mais l'Etat paie les
frais
Paris, 22 mars 2004. A l’occasion de la
Journée Mondiale de l’Eau, les Amis de la
Terre dénoncent la privatisation
catastrophique de la gestion de l’eau à
Manille, capitale des Philippines. Ils
s’étonnent de l’opiniâtreté du gouvernement
philippin à renflouer un consortium privé
(comprenant Suez) au bord de la faillite, et
demandent une gestion participative de l’eau
associant les populations locales.
En 1997, la Banque mondiale et le Fonds
Monétaire International ont exigé la
privatisation de l’eau à Manille, capitale
des Philippines, du fait de la difficulté de
la régie publique à desservir les 10 millions
d’habitants. Le consortium Maynilad, composé
de Suez-Ondéo (40 %) et de l’entreprise
locale Benpres (60%), l’a emporté. Mais les
résultats du consortium sont pires : le prix
de l’eau a flambé de 500% en cinq ans et
représente aujourd’hui 10% du revenu des
ménages ; la population raccordée au réseau
n’a pas augmenté comme prévu, les
investissements ont été gelés. Plus grave
encore, une épidémie de gastro-entérite et de
choléra s’est déclarée en novembre 2003 dans
le quartier de Tondo, géré par le consortium.
Elle a fait 7 morts et 700 blessés.
En décembre 2002, le consortium a indiqué
sa volonté de terminer le contrat de
concession. Il doit à l’Etat 120 millions de
dollars de frais de concession, dont il a
suspendu unilatéralement le paiement depuis
avril 2001. Cette somme s’ajoute à la dette
que le consortium doit assumer dans la
concession, mais qu’il est aujourd’hui dans
l’incapacité de rembourser.
Au lieu d’accepter avec soulagement la fin
de la concession, l’Etat philippin cherche
aujourd’hui à donner au consortium un second
souffle en payant le prix fort. Le 18 mars,
il a accepté de rentrer dans le capital de
l’entreprise à hauteur de 40% alors que Suez
réduisait sa participation de 40 à 19%.
Sébastien Godinot des Amis de la Terre
estime : « Devant l’échec de la
privatisation, Suez a cherché à abandonner le
contrat. Mais au lieu d’exiger le paiement
des arriérés de concession dus, le
gouvernement vole au secours de la
multinationale ! Sans réforme de fond et sans
participation des citoyens, cette stratégie
ne permettra pas d’améliorer concrètement la
situation. Et elle aggrave l’endettement des
Philippines, déjà préoccupant.
Il ajoute : « Les populations locales,
malgré leur demande, n’ont pas été associées
aux modes de gestion de l’eau. La solution
toute faite de la concession de service
public à une multinationale, solution
préconisée à Manille par la Banque mondiale,
est un échec. Le gouvernement doit instaurer
des processus participatifs de gestion de
l’eau comme cela fonctionne à Dacca
(Bengladesh), Port au Prince (Haïti) ou
encore Porto Alegre (Brésil). Ces
alternatives sont les plus démocratiques, les
plus efficaces et les moins coûteuses
Contacts:
Sébastien Godinot, Les Amis de la Terre,
01.48.51.18.92 / 06.68.98.83.41
|