Des voix venues du front du changement climatique
Avant les négociations de l’ONU sur le climat qui auront lieu à Bali du 3 au 14 décembre, les Amis de la Terre International publient aujourd’hui un nouveau rapport : « Les voix des populations affectées par le changement climatique ». Ce rapport comprend neuf articles venus de neuf pays du monde. Ils racontent les effets des changements climatiques sur chacun d’eux et s’accompagnent de témoignages de membres de la population qui ont eu l’expérience directe de phénomènes climatiques dévastateurs.
La directrice de CENSAT Agua Viva / Les Amis de la Terre Colombie,
Tatiana Roa Avendaño, a dit :
« Nous sommes au bord d’une catastrophe climatique mondiale et les
populations pauvres et vulnérables – qui sont les moins responsables du
dérèglement du climat – en subissent déjà les effets : déplacement,
maladies, destruction des moyens de subsistance et des écosystèmes.
Bien qu’elles doivent faire face à des catastrophes environnementales
comme la montée du niveau de la mer dans le Pacifique, la fonte des
glaciers dans les Andes et la sécheresse en Afrique, ces populations
font preuve d’une résilience remarquable.
Or, rien de suffisant n’est fait nulle part pour combattre les causes
profondes du changement climatique. La surconsommation – dans les pays
industrialisés surtout – continue au même rythme et les industries
automobile, minière et pétrolière, auxquelles s’ajoute maintenant celle
des biocarburants, ne cessent d’encaisser des profits.
Le besoin d’un mouvement mondial et diverse qui lutte contre le
changement climatique et qui exige la justice climatique n’en devient
que plus évident. Ces deux objectifs ne seront atteints qu’en arrêtant
la consommation et la production inviables tout en encourageant
l’adoption de solutions authentiques, telles que les énergies propres et
renouvelables, l’efficacité énergétique, le financement de l’adaptation
au changement et de l’atténuation de ses effets, et une conservation des
forêts qui respecte les droits territoriaux. »
Des autochtones, des femmes, des autorités locales, des agriculteurs,
des petits commerçants et des pêcheurs artisanaux du Honduras, du Pérou,
du Brésil, du Mali, du Swaziland, du Royaume-Uni, de l’Australie, de la
Malaisie et de Tuvalu disent ici ce qu’ils pensent. Leurs voix racontent
les stratégies qu’ils ont développées pour essayer de s’adapter aux
transformations radicales que le changement climatique a imposées à
leurs territoires, leurs écosystèmes et leurs modes de vie.
Stephanie Long, membre de la Campagne Climat des Amis de la Terre
International, a dit :
« L’adaptation doit être centrée sur les pauvres et protéger les
écosystèmes, la subsistance et la sécurité humaine. L’adaptation de base
communautaire est celle qui offre le plus d’opportunités d’assurer que
les projets d’adaptation sont appropriés des points de vue culturel,
technique et social, et qu’ils augmentent la capacité de résister aux
effets nuisibles du changement climatique. »
Voilà ce que les Amis de la Terre International demanderont lorsqu’ils
feront pression pour que les négociations de l’ONU sur le climat qui
auront lieu à Bali en décembre aboutissent à un accord pour l’après-2012
du Protocole de Kyoto. Les pays industrialisés doivent accepter de
réduire radicalement leurs émissions de gaz à effet de serre au cours
des quinze prochaines années. La communauté internationale doit
reconnaître le sort qui attend ces membres courageux de différentes
populations.
Dans les pays en développement, l’adaptation au changement climatique va
coûter beaucoup de milliards de dollars par an.[1] Les pays
industrialisés devraient évaluer ces coûts et analyser dans le détail la
manière de formuler de nouveaux plans de financement pour réunir
l’argent nécessaire, au moyen d’impôts et de fonds publics. Aux termes
de la CCNUCC, les pays riches ont l’obligation de financer l’adaptation
dans les pays en développement.[2]
Notes
[1] D’après Kermal Dervis, directeur du PNUD, les pays donateurs devront augmenter de 50% – 100% le montant de leur aide actuelle – qui est de 50 –100 milliards USD par an – pour couvrir les frais des effets du changement climatique. Voir http://www.ft.com/cms/s/43af1a4a-c817-11db-b0dc-000b5df10621.html.
[2] L’article 4.3 de la CNUCC engage les pays figurant à l’annexe II à
fournir « des ressources financières nouvelles et additionnelles » pour
couvrir « la totalité des coûts supplémentaires convenus entraînés par
l’application des mesures... », y compris les « mesures visant à
faciliter l’adaptation aux changements climatiques », et l’article 4.4
ajoute que les pays de l’annexe II devront aider également « les pays en
développement particulièrement vulnérables aux effets néfastes des
changements climatiques à faire face au coût de leur adaptation auxdits
effets ».

