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- Info
f1415
f1415
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issue
100
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premier trimestre
2002
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gestion durable des
forêts humides et des régions boisées.
la palme revient aux communautés
hildebrando vélez galeano, foe
colombie
Chaque fois que nous parlons de la
gestion communautaire durable des régions
boisées et des forêts humides
(officiellement dénommée SCMWR), nous
invoquons le nom d'un grand homme à qui
nous devons tellement : Chico Méndez,
inciseur de caoutchouc amazonien et leader
de groupe de base assassiné en 1988 par les
ranchers. Son nom est toujours associé au
combat pour la préservation de l'harmonie
entre les forêts humides et les peuples
forestiers.
la durabilité vraie
Nous voulons nous démarquer quelque
peu du message officiel sur la durabilité
qui remodèle simplement l'exploitation de
la nature et de l'humanité dans une moule
éco-capitaliste. La durabilité vraie c'est
la réalisation de l'harmonie entre diverses
cultures et divers écosystèmes.
Nous disons bien « gestion
communautaire » pour insister sur le
fait que nous entendons plus qu'une
technologie appropriée. Nous parlons de
nouvelles relations sociales basées sur une
justice environnementale et sociale .
la souveraineté érodée
Malgré les pourparlers fréquents sur
« la crise environnementale » et
les « mesures nécessaires pour éviter
la catastrophe », il faut remarquer
que de nouveaux cadres de travail
réglementaires travaillent essentiellement
à simplifier la vie aux compagnies
forestières et aux compagnies
d'exploitation de bois.
Pendant ce temps dans chaque nation du
monde l'Etat réduit ses fonctions sociales
avec l'érosion de son droit de contrôle.
Dans ce vide de pouvoir étatique, le
caractère approprié des projets forestiers
et la compensation pour les risques
associés ainsi que les dommages reçoivent
de moins en moins de considération. Comme
les citoyens et les Etats perdent leur
contrôle sur le cycle des produits
forestiers, nous perdons nous aussi la
souveraineté sur nos territoires, notre
héritage génétique ainsi que diverses
cultures et connaissances
traditionnelles.
Ce qui est plus grave c'est que cette
incertitude générale se trouve empirée par
des décisions de la Banque Mondiale, de
l'OMC, du Conseil de l'ONU sur le
Développement Durable et les traités sur le
changement climatique, la désertification
et la biodiversité. Il est évident que les
priorités économiques qui dominent
totalement le politique et le social ne
sont pas étrangères à cette situation.
une question de vie et non de
profits
La SCMWR est un projet qui vise à
construire de nouvelle relations
économiques intégrant nature et efforts
humains. Ce challenge est né de la
reconnaissance du fait que l'économie
mondiale a perdu sa fondation éthique. Elle
est dominée par une vision scientifique
réductionniste et guidée par les
multinationales, le secteur financier, une
élite riche avec les agences multilatérales
qui la servent. La cupidité gouverne
l'économie. Ce qui aurait du être son
objectif principal – le bien-être de la
société et la préservation environnementale
– a été troqué contre l'accumulation privée
de la richesse.
Malgré tout ce qu'on en dit, en termes de
science, notre économie globale est pauvre
dans ses calculs économétriques. Elle
n'intègre pas les coûts de la croissance
des forêts et leur restauration, ni les
rémunérations pour les cultures
traditionnelles en vertu des siècles
d'intendance forestière à leur actif. Elle
ne considère pas non plus le quotient
bonheur des enfants quand ils grimpent aux
arbres et se balancent sur les lianes.
Cette économie-là ne fait ses calculs qu'en
espèces sonnantes et trébuchantes :
c'est une science métallique, froide et
rigide.
les créditeurs et débiteurs à
l'envers
Les énormes investissements faits par
les compagnies forestières sont censés
générer des emplois alors qu'en réalité
c'est elles qui ont besoin de main-d'œuvre
pour accroître leurs profits. Ces
compagnies détruisent les formes de moyens
de subsistance basés sur la forêt.
L'économie globale nous invite à exploiter
les zones de mangroves, où les communautés
locales ont fait un bon usage des marées de
l'océan pendant des siècles. Ce système
réduit les relations entre les régions
boisées et des forêts humides à celles du
marché et de l'argent, nous invitant au
passage à croire aux éviers à carbone et
aux autres fantaisies du marché. Dans cette
économie, ceux qui fournissent la biomasse,
les forêts humides et le matériel
géologique sont ceux-là qu'on considère
comme n'ayant rien ou comme étant des
débiteurs. Les créditeurs sont les banques
qui se sont graduellement tout approprié.
C'est outrageant !
Cette économie mondiale confond les
besoins réels des sociétés avec le désir
d'accumuler des richesses et assume les
modes de vie ostentatoires des sociétés du
nord. Ce n'est pas un simple problème de
production mais un problème d'appétit pour
les excès pendant que les besoins
élémentaires de la majorité demeurent non
satisfaits. Certains pensent qu'on pourrait
résoudre ce problème en consommant des
produits « certifiés ». Nous,
nous restons persuadés que consommer moins
est ce qui compte afin que ceux qui n'ont
pas les moyens de consommer puissent eux
aussi avoir une chance d'acquérir
l'essentiel.
de l'urgence des transformations
adéquates
Des hommes d'affaires déguisés en
écologistes veulent transformer les liens
séculaires et productifs entre les
populations et les communautés en des
ventures à fort relent de capital. La
sagesse traditionnelle, la pêche, le
ramassage des fruits, l'agriculture et
l'artisanat ont été déviés de leurs
contextes culturels locaux et introduits
sur les marchés mondiaux. Un chose est
d'aller au marché du village où tout le
monde vend dans des termes égaux, une autre
est d'aller dans le marché capitaliste où
on ne peut que se faire manger.
L'économie globale parle de politiques de
développement alors que les gens veulent
vraiment discuter de stratégies pour les
sociétés durables et les communautés.
L'économie globale crée des mécanismes pour
accumuler le capital et pour concentrer la
propriété, pendant que les gens veulent
réellement un accès égal aux écosystèmes et
une redistribution juste et équitable des
surplus économiques.
éviter les pièges
Je pense aussi - et on peut le prendre
pour une hérésie - que toute cette histoire
de biodiversité commence à sentir plus
l'économique que le biologique. Comme la
science commence à pénétrer la structure du
gène, les forêts humides équatoriales
viennent d'entrer dans le processus de
valeur estimée. La science sert l'économie
et toutes les deux servent le capital.
Aujourd'hui les communautés des forêts
humides sont expulsées de leurs territoires
qu'on s'approprie ensemble avec leur
connaissance traditionnelle à laquelle on
donne une valeur marchande. Nous sommes au
cœur des nouveaux conflits
environnementaux ; c'est aussi la
motivation de l a guerre que les USA et
leurs alliés mènent dans les Andes.
La gestion communautaire des forêts
humides ne peut être considérée comme une
alternative réelle si elle n'arrive pas à
s'interroger sur les fondations du modèle
économique prédominant. Comme dans ce vieux
proverbe qui dit « changer tout sans
rien changer », certaines personnes
changent le discours officiel mais visent
toujours le profit. Il ne faut pas que cela
prenne le pas sur les nouvelles
initiatives.
Les relations économiques durables si
fortement plaidées par les institutions
multilatérales ne sont pas suffisantes pour
créer des sociétés durables. Nous avons
besoin d'une économie qui assure le
bien-être total de la société, qui garantit
non seulement des revenus monétaires, mais
aussi la souveraineté alimentaire et
l'égalité, la conservation écologique et la
souveraineté culturelle. Il faut que les
sociétés reprennent le contrôle des
structures politiques et sociales afin
d'assurer la conduite des profondes
transformations requises.
besoin d'éthique et non d'encore plus
de lois
Cela s'applique aussi en matière de
gestion communautaire des forêts humides.
Construire des sociétés durables n'est pas
juste une question de technologies propres,
d'utilisation de produits non bois d'œuvre
forestiers ou de moyens de transports
efficients en matière énergétique. Ce qui
est important c'est une transformation
simultanée de toutes les différentes
sphères au sein desquelles l'humanité
opère. Il y a un lien direct entre la
durabilité des forêts humides et la
construction des valeurs morales et
éthiques. Dans nos pays nous avons plein de
lois, ce qui manque c'est les valeurs
éthiques
Attention, la participation communautaire
dans la gestion forestière, ne conjugue pas
le verbe « participer » de la
façon habituelle : on a plutôt cette
formulation bâtarde de ce type :
« je participe, tu participes, nous
participons et
ils
décident ».
Malheureusement la participation est
habituellement limitée à l'étage local du
cycle économique où la production d'une
communauté à la plus faible valeur et où
les gens si cela est nécessaire sont
licenciés selon l'humeur des
multinationales. C'est un trait typique du
cycle productif en matière de foresterie ou
d'agroforesterie. On peut faire croire aux
communautés qu'elles participent mais les
profits sont engloutis dans les mêmes vieux
coffres.
La transformation des sphères économiques,
sociales, politiques et culturelles peut
comprendre de nouvelles technologies
productives et administratives. On peut y
trouver un nouveau code de conduite et une
responsabilité sociale pour les compagnies
mais cela peut aller aussi au delà.
wef : le carnaval de l'espoir
Un propriétaire de ranch a dit un jour
à Chico Méndez. « Toi contre nous,
c'est comme un moustique contre un
éléphant. » Le rancher qui a tenu ces
propos lui on l'a oublié depuis longtemps,
mais au Forum Social Mondial en marchant
dans les rues de Porto Alegre, nous
scandions le nom de Chico comme une
banderole coloriée d'espoir. Les
communautés forestières et nous autres
populations réduites à la pauvreté devons
prendre notre avenir en main. Nous devons
le faire non pas pour nous assurer une
place au marché global mais pour construire
des alternatives avec lesquelles nous
devons confronter la crise de la
civilisation occidentale.
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