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premier trimestre 2002   

 

gestion durable des forêts humides et des régions boisées.

la palme revient aux communautés


hildebrando vélez galeano, foe colombie
Chaque fois que nous parlons de la gestion communautaire durable des régions boisées et des forêts humides (officiellement dénommée SCMWR), nous invoquons le nom d'un grand homme à qui nous devons tellement : Chico Méndez, inciseur de caoutchouc amazonien et leader de groupe de base assassiné en 1988 par les ranchers. Son nom est toujours associé au combat pour la préservation de l'harmonie entre les forêts humides et les peuples forestiers.

la durabilité vraie
Nous voulons nous démarquer quelque peu du message officiel sur la durabilité qui remodèle simplement l'exploitation de la nature et de l'humanité dans une moule éco-capitaliste. La durabilité vraie c'est la réalisation de l'harmonie entre diverses cultures et divers écosystèmes.
Nous disons bien « gestion communautaire » pour insister sur le fait que nous entendons plus qu'une technologie appropriée. Nous parlons de nouvelles relations sociales basées sur une justice environnementale et sociale .

la souveraineté érodée
Malgré les pourparlers fréquents sur « la crise environnementale » et les « mesures nécessaires pour éviter la catastrophe », il faut remarquer que de nouveaux cadres de travail réglementaires travaillent essentiellement à simplifier la vie aux compagnies forestières et aux compagnies d'exploitation de bois.
Pendant ce temps dans chaque nation du monde l'Etat réduit ses fonctions sociales avec l'érosion de son droit de contrôle. Dans ce vide de pouvoir étatique, le caractère approprié des projets forestiers et la compensation pour les risques associés ainsi que les dommages reçoivent de moins en moins de considération. Comme les citoyens et les Etats perdent leur contrôle sur le cycle des produits forestiers, nous perdons nous aussi la souveraineté sur nos territoires, notre héritage génétique ainsi que diverses cultures et connaissances traditionnelles.
Ce qui est plus grave c'est que cette incertitude générale se trouve empirée par des décisions de la Banque Mondiale, de l'OMC, du Conseil de l'ONU sur le Développement Durable et les traités sur le changement climatique, la désertification et la biodiversité. Il est évident que les priorités économiques qui dominent totalement le politique et le social ne sont pas étrangères à cette situation.

une question de vie et non de profits
La SCMWR est un projet qui vise à construire de nouvelle relations économiques intégrant nature et efforts humains. Ce challenge est né de la reconnaissance du fait que l'économie mondiale a perdu sa fondation éthique. Elle est dominée par une vision scientifique réductionniste et guidée par les multinationales, le secteur financier, une élite riche avec les agences multilatérales qui la servent. La cupidité gouverne l'économie. Ce qui aurait du être son objectif principal – le bien-être de la société et la préservation environnementale – a été troqué contre l'accumulation privée de la richesse.
Malgré tout ce qu'on en dit, en termes de science, notre économie globale est pauvre dans ses calculs économétriques. Elle n'intègre pas les coûts de la croissance des forêts et leur restauration, ni les rémunérations pour les cultures traditionnelles en vertu des siècles d'intendance forestière à leur actif. Elle ne considère pas non plus le quotient bonheur des enfants quand ils grimpent aux arbres et se balancent sur les lianes. Cette économie-là ne fait ses calculs qu'en espèces sonnantes et trébuchantes : c'est une science métallique, froide et rigide.

les créditeurs et débiteurs à l'envers
Les énormes investissements faits par les compagnies forestières sont censés générer des emplois alors qu'en réalité c'est elles qui ont besoin de main-d'œuvre pour accroître leurs profits. Ces compagnies détruisent les formes de moyens de subsistance basés sur la forêt. L'économie globale nous invite à exploiter les zones de mangroves, où les communautés locales ont fait un bon usage des marées de l'océan pendant des siècles. Ce système réduit les relations entre les régions boisées et des forêts humides à celles du marché et de l'argent, nous invitant au passage à croire aux éviers à carbone et aux autres fantaisies du marché. Dans cette économie, ceux qui fournissent la biomasse, les forêts humides et le matériel géologique sont ceux-là qu'on considère comme n'ayant rien ou comme étant des débiteurs. Les créditeurs sont les banques qui se sont graduellement tout approprié. C'est outrageant !
Cette économie mondiale confond les besoins réels des sociétés avec le désir d'accumuler des richesses et assume les modes de vie ostentatoires des sociétés du nord. Ce n'est pas un simple problème de production mais un problème d'appétit pour les excès pendant que les besoins élémentaires de la majorité demeurent non satisfaits. Certains pensent qu'on pourrait résoudre ce problème en consommant des produits « certifiés ». Nous, nous restons persuadés que consommer moins est ce qui compte afin que ceux qui n'ont pas les moyens de consommer puissent eux aussi avoir une chance d'acquérir l'essentiel.

de l'urgence des transformations adéquates
Des hommes d'affaires déguisés en écologistes veulent transformer les liens séculaires et productifs entre les populations et les communautés en des ventures à fort relent de capital. La sagesse traditionnelle, la pêche, le ramassage des fruits, l'agriculture et l'artisanat ont été déviés de leurs contextes culturels locaux et introduits sur les marchés mondiaux. Un chose est d'aller au marché du village où tout le monde vend dans des termes égaux, une autre est d'aller dans le marché capitaliste où on ne peut que se faire manger.
L'économie globale parle de politiques de développement alors que les gens veulent vraiment discuter de stratégies pour les sociétés durables et les communautés. L'économie globale crée des mécanismes pour accumuler le capital et pour concentrer la propriété, pendant que les gens veulent réellement un accès égal aux écosystèmes et une redistribution juste et équitable des surplus économiques.

éviter les pièges
Je pense aussi - et on peut le prendre pour une hérésie - que toute cette histoire de biodiversité commence à sentir plus l'économique que le biologique. Comme la science commence à pénétrer la structure du gène, les forêts humides équatoriales viennent d'entrer dans le processus de valeur estimée. La science sert l'économie et toutes les deux servent le capital. Aujourd'hui les communautés des forêts humides sont expulsées de leurs territoires qu'on s'approprie ensemble avec leur connaissance traditionnelle à laquelle on donne une valeur marchande. Nous sommes au cœur des nouveaux conflits environnementaux ; c'est aussi la motivation de l a guerre que les USA et leurs alliés mènent dans les Andes.
La gestion communautaire des forêts humides ne peut être considérée comme une alternative réelle si elle n'arrive pas à s'interroger sur les fondations du modèle économique prédominant. Comme dans ce vieux proverbe qui dit « changer tout sans rien changer », certaines personnes changent le discours officiel mais visent toujours le profit. Il ne faut pas que cela prenne le pas sur les nouvelles initiatives.
Les relations économiques durables si fortement plaidées par les institutions multilatérales ne sont pas suffisantes pour créer des sociétés durables. Nous avons besoin d'une économie qui assure le bien-être total de la société, qui garantit non seulement des revenus monétaires, mais aussi la souveraineté alimentaire et l'égalité, la conservation écologique et la souveraineté culturelle. Il faut que les sociétés reprennent le contrôle des structures politiques et sociales afin d'assurer la conduite des profondes transformations requises.

besoin d'éthique et non d'encore plus de lois
Cela s'applique aussi en matière de gestion communautaire des forêts humides. Construire des sociétés durables n'est pas juste une question de technologies propres, d'utilisation de produits non bois d'œuvre forestiers ou de moyens de transports efficients en matière énergétique. Ce qui est important c'est une transformation simultanée de toutes les différentes sphères au sein desquelles l'humanité opère. Il y a un lien direct entre la durabilité des forêts humides et la construction des valeurs morales et éthiques. Dans nos pays nous avons plein de lois, ce qui manque c'est les valeurs éthiques
Attention, la participation communautaire dans la gestion forestière, ne conjugue pas le verbe « participer » de la façon habituelle : on a plutôt cette formulation bâtarde de ce type : « je participe, tu participes, nous participons et ils décident ». Malheureusement la participation est habituellement limitée à l'étage local du cycle économique où la production d'une communauté à la plus faible valeur et où les gens si cela est nécessaire sont licenciés selon l'humeur des multinationales. C'est un trait typique du cycle productif en matière de foresterie ou d'agroforesterie. On peut faire croire aux communautés qu'elles participent mais les profits sont engloutis dans les mêmes vieux coffres.
La transformation des sphères économiques, sociales, politiques et culturelles peut comprendre de nouvelles technologies productives et administratives. On peut y trouver un nouveau code de conduite et une responsabilité sociale pour les compagnies mais cela peut aller aussi au delà.

wef : le carnaval de l'espoir
Un propriétaire de ranch a dit un jour à Chico Méndez. « Toi contre nous, c'est comme un moustique contre un éléphant. » Le rancher qui a tenu ces propos lui on l'a oublié depuis longtemps, mais au Forum Social Mondial en marchant dans les rues de Porto Alegre, nous scandions le nom de Chico comme une banderole coloriée d'espoir. Les communautés forestières et nous autres populations réduites à la pauvreté devons prendre notre avenir en main. Nous devons le faire non pas pour nous assurer une place au marché global mais pour construire des alternatives avec lesquelles nous devons confronter la crise de la civilisation occidentale.

 

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