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  issue 99 link
december 2001   

 

l'industrie met resolument le cap sur le sommet de la terre (wssd)

Le dernier numéro du LINK a décrit comment ces neuf dernières années après le Sommet de la Terre de Rio, les multinationales et leurs groupes de pression ont perfectionné leurs techniques de globalisation verte en troupe l'œil afin de convaincre les gouvernements et les organismes internationaux de leur permettre d'opérer de façon de plus en plus déréglementée sur le marché global. Dans la perspective du Sommet Mondial sur le Développement Durable (WSSD) qui se tiendra en septembre prochain à Johannesburg, une grande campagne des milieux d'affaire est en train de consolider rapidement ces acquis et s'essaie à enlever l'anathème qui frappe le modèle de globalisation économique néolibérale .

Les grands de l'industrie mondiale se sont retrouvés à Paris début Octobre dernier pour leur première grande réunion de stratégie en vue du WSSD. L'Action du Business pour le Développement Durable (BASD), qui accueillait la réunion est une création conjointe du Conseil Mondial des Affaires pour le Développement Durable (WBCSD) et de la Chambre du Commerce International. La BASD entend « rallier les forces collectives des milieux d'affaire mondiaux dans la marche vers le prochain sommet de la Terre » 

L'ambiance de la rencontre a montré que le business est plus que préoccupé par les groupes battant compagne quant à des réglementations internationales en matière d'activités des multinationales. Afin de défendre « l'Action volontaire »   et « l'Auto-réglementation » la BASD projette une amélioration des outils de Relations Publiques douteux élaborés par les groupes de pression des multinationales ces dernières années. Des exemples d'initiatives en matières environnementale et sociale isolée, triées sur le volet conduites par des compagnies membres de la BASD, vont ainsi être brandis comme des " preuves" de l'engagement des multinationales en faveur du développement durable : cette approche parcellaire sera couplée à une stratégie du diviser- pour- régner : le ton adopté va être nouveau et conciliant. Il sera combiné avec un dialogue et un "partenariat" avec des ONG "responsables" sans oublier une diabolisation des critiques d'une globalisation conduite par les multinationales.

A une réunion de stratégie de la toute nouvelle BASD, on aurait pu espérer une certaine autocritique de la part des multinationales. Quelque chose dans le genre d'un débat ouvert portant sur la responsabilité des compagnies multinationales dans les crises environnementale et sociale globales. Des membres de la BASD comme TotalFinaElf, Rio Tinto, Procter and Gamble, Aventis, Fiat, BP et Shell continuent d'être impliquées dans des opérations ayant des impacts en matière environnementale, sociale et de droits de l'homme qui sont en porte-à-faux avec leur rhétorique de "développement durable".

Vous avez dit héritage de la durabilité ?
Le désir d'éviter les critiques des ONG a été un thème récurrent dans tous les débats qui ont eu lieu à Paris. Une illustration a été la décision de ne pas financer (directement) le Sommet de la Terre malgré les requêtes formulées par le gouvernement sud africain. La BASD cherche à éviter "de se compromettre en donnant l'impression d'utiliser des contributions financières pour influencer une rencontre majeure initiée par l'ONU, particulièrement quand l'attention se focalise sur les soit-disant "pouvoir" et "influence" des compagnies multinationales et leur impact sur la globalisation". La BASD a aussi décidé de ne pas monter une exposition commerciale sur les " bonnes pratiques", ce qui était un à-côté plus que fréquent lors des sommets onusiens.

La BASD a plutôt jugé plus sûr le financement des "projets héritages" à Johannesburg et en d'autres endroits d'Afrique. Ces " projets héritages" sont définis comme "des projets de développement durable à la base dans les communautés les plus nécessiteuses d'Afrique". Cependant un rapide coup d'œil sur la liste des projets potentiels présentés lors de la rencontre de Paris laisse plutôt sceptique. La liste comporte non seulement plusieurs projets d'énergie nucléaire mais aussi le Gazoduc Ouest Africain un méga projet très controversé qui vise à transporter les réserves de gaz nigérian de Chevron vers les pays voisins (voir LINK 96). De nombreuses communautés et groupes de base de la région et du monde s'opposent activement à ce projet qui aurait des conséquences désastreuses. C'est ainsi le cas de plus de 50.000 familles qui vont devoir être déplacées en guise « d'héritage ».

A Johannesburg les DG regroupés sous la bannière de la BASD s'activent pour créer l'événement avec une spéciale "journée des affaires" à l'occasion de l'arrivée des chefs d'Etat au sommet. Le patron de la BASD Sir Mark Moody-Stuart (président fraichement retraité de la Shell) a déclaré qu'il était " raisonnablement confiant que pendant la deuxième semaine du sommet, les leaders du monde des affaires présents auront l'opportunité d'interagir de façon constructive avec les chefs de gouvernements"

Conditionner l'opinion
La conférence de Paris a cristallisé la focalisation de la campagne des milieux d'affaire vers le Sommet de la Terre sur les études de cas quant à la façon dont "le business contribue au développement durable". La BASD va essentiellement lancer une campagne de relation publique pour booster l'image des multinationales. L'accent sera mis sur des exemples isolés d'initiatives en matières sociale, environnementale, et de droits de l'homme qui vont être exhibées comme des "preuves » palpables de l'engagement des multinationales en faveur du développement durables. La Chambre du Commerce International (CCI) et le WBCSD ont fait beaucoup de bruit autour de "l'action volontaire", de la philanthropie des multinationales et du partenariat avec "les parties prenantes » au cours de ces dernières années. Que les l'histoire qu'elles aient rapporté à ces sujets soient vraies ou fausses n'est pas la question puisqu'elles ne prouvent rien au regard de l'ensemble des activités des multinationales. L'attraction exercée par cette procédure d'approche parcellaire est, on ne peut plus évidente avec des publireportages dans les plus grands journaux internationaux, des annonces dans les magazines féminins de luxe et dans les pages web des multinationales. Les études de cas servis au lecteur créent un sentiment positif chez ce dernier mais lui laissent très peu de possibilité de vérification ou encore pour obtenir une vue globale quant à l'impact de la multinationale sur les peuples et sur l'environnement.

La BASD semble ne pas vouloir faire grand chose pour rectifier les mauvaises pratiques de l'industrie en matière de relations publiques et pourtant le WBCSD et la CCI qui l'ont mise sur pied ont aussi leurs propres initiatives pour Johannesburg. La CCI renforce ainsi sa coopération avec le PNUE et présentera à l'occasion du forum "les Prix des Milieux d'Affaire pour les Partenariats en Matière de Développement Durable". Le WBCSD quant à lui a publié depuis le début de cette année une masse importante d'histoires sur les "bonnes pratiques" à travers sa série de publireportarges dans l'International Herald Tribune intitulée "Business and the Rio Décade".

En octobre par exemple, TEPCO a été applaudie pour ses investissements dans l'énergie nucléaire, alors que le géant de l'eau, la Suez Lyonnaise des Eaux a été  louée pour sa participation dans un projet visant la fourniture d'eau à des banlieues pauvres de Buenos Aires. L'article a soigneusement passé sous silence la manière dont cette multinationale française pousse agressivement à la privatisation des services de fourniture d'eau à travers le monde, privant au passage plusieurs personnes à bas revenus à l'accès à cette denrée de base.

Des mots doux ou le diviser- pour- régner ?
Le concept « dialogue » et « partenariats » avec les « parties prenantes » de la société civile est devenu un outil standard utilisé par les milieux d'affaires pour gérer les critiques et donner ainsi une certaine légitimité à leur influence politique. La BASD a appliqué cette approche subtile et diplomatique quand les participants à leur conférence de Paris ont été accueillis par une délégation de quelques 50 protestataires venus de différents pays européens. Accompagnés par un groupe de samba, les activistes ont fixé des banderoles sur la façade extérieure du siège de la CCI. On pouvait y lire des slogans du genre « l'Industrie est partie Intégrante du problème, pas la solution » Pendant que deux activistes se sont menottés à l'intérieur de l'immeuble d'autres maculaient avec une peinture verte les logos des multinationales afin de leur donner une « coloration verte ». Ils les mettront ensuite sur du fil à sécher. Avant l'arrivée des participants à la conférence par la porte de derrière, Mark Moody stuart le président de la BASD invita les activistes à se joindre à la rencontre afin d'exprimer leurs critiques. Les protestataires ont toutefois refusé l'invitation. Dans une déclaration publique, ils devaient reconnaître la stratégie du « dialogue » utilisée par la BASD à laquelle ils ont refusé de conférer une légitimité. La déclaration disait en substance que malgré l'overdose de la rhétorique environnementale des multinationales, les compagnies membres de la BASD continuent de violer les droits environnementaux et sociaux autour du monde. Les manifestants ont aussi souligné le fait que ces mêmes compagnies par l'entremise de forum comme le Dialogue Transatlantique des Affaires (TABD, cf. LINK 91) poussent pour des politiques incompatibles avec ce qu'elles clament faire en matière de développement durable.

Moody-stuart a le sentiment que Johannesbourg serait un succès s'ils arrivent à démontrer que « les milieux d'affaire font le maximum pour la réalisation du développement durable en partenariat avec d'autres parties prenantes ». Dans un article récent publié dans le Financial Times, il a mis l'accent sur son désir d'échanger des vues avec la critique. Il a dit en substance « quand des gens s'estiment exclus ils deviennent frustrés ce qui est extrêmement dangereux ». Le ton hautain qu'il adopte met à nue la stratégie inquiétante du « diviser-pour- régner » pour appréhender la critique. La BASD a élaboré un standard de petites phrases pour ce qui concerne les groupes de la société civile. On peut citer en l'occurrence l'assertion de Moody-Stuart lui-même qui dit que « la grande majorité (des ONG) sont fondamentalement constructives et veulent contribuer ». Les groupes engagés dans le partenariat ou le dialogue avec l'industrie sont ainsi présentés comme responsables et ceux qui sont susceptibles de formuler des critiques plus fondamentales et qui sont moins enclins à se compromettre avec leurs demandes sont marginalisés.

La CCI a particulièrement une histoire assez trouble dans ces relations avec les critiques de l'agenda des multinationales. Ainsi doute-t-elle par réflexe de la légitimité des groupes de la société civile qui appellent à des changements fondamentaux dans le système économique global. Les porte-parole de la CCI ont récemment passé à la vitesse supérieure dans une tentative outrageante et opportuniste de manipulation de l'opinion en faisant un lien entre le mouvement anti-globalisation et les attaques du 11 septembre sur le World Trade Center et le Pentagone. La Secrétaire Général de la CCI Maria Livanos Cattani a ainsi déclaré que si un nouveau cycle n'arrivait pas à être lancé au sommet de l'OMC au Katar se serait « un recul applaudi par tous les ennemis des investissements et d'un commerce mondial plus libre, y compris ceux qui sont derrière les attaques du World Trade Center et du Pentagone ». Utilisant de façon cynique la même opportunité de relation publique, Dean R O'Hare de la branche affiliée US de la CCI a lancé un appel pour un nouveau de round de l'OMC dans le but de « surmonter les forces de la terreur et de l'anti-globalisation pour assurer l'expansion du commerce et des investissements ».

Des règles contraignantes ou de l'autorégulation ?
Il est clair que le désir de s'opposer à des réglementations internationales liant les multinationales est la vraie motivation qui anime les campagnes de l'industrie visant le Sommet de la Terre. Dans son allocution d'ouverture à la conférence de Paris Moody-Stuart déclarait que la promotion d'une image positive des multinationales relevait de l'urgence « puisque d'autres pensent que le besoin d'une législation et des codes contraignants pourront seuls assurer que les milieux d'affaire qu'ils perçoivent comme n'étant intéressés que par les profits à court-terme puissent adopter certaines normes et procédures ».

Même si le patron de la BASD ne rejette pas ouvertement la régulation, il affirme généralement qu'elle n'est pas nécessaire. Il prévient : « ce qui ne va pas avec les régulations c'est que au lieu de spécifier le résultat souhaité, elle vous imposent ce que vous devez faire. Ce n'est pas bon pour la créativité ». A la place de la régulation Moody-Stuart plaide pour le soit-disant modèle des parties prenantes dans lequel un problème identifié par la société est géré par la consultation dans le cadre d'un débat regroupant toutes les parties prenantes. Finalement, ainsi va la théorie les plus grandes compagnies feront les pas nécessaires dans le « cadre de travail du libre marché » et la concurrence contribuera à délivrer les meilleures solutions.

Le patron de la BASD ignore que ce model d'autorégulation, malgré sa popularité auprès des gouvernements au cours de la dernière décennie s'est révélée incapable à solutionner les crises environnementale et sociale globales. Il est si évident que des initiatives comme le code de conduite volontaire, l'autorégulation et les pseudo-solutions basées sur le marché sont au mieux inadéquates et ne peuvent certainement pas se substituer à des réglementations obligatoires et applicables. Un nombre de plus en plus grand de groupes dans le Nord et dans le sud comme les Amis de la Terre Internationale demandent présentement que le Sommet de la Terre discute d'un mécanisme onusien ayant des pouvoirs légaux et qui puisse obliger les multinationales à respecter les droits de l'homme, les droits environnementaux et les droits sociaux partout où elles opèrent.

Corporate Europe Observation
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Adaptation d'un article paru dans le numéro 10 de Décembre 2001 du Corporate Europe Observer (disponible sur le site http://www.corporateeurope.org )

LES PRATIQUES NON DURABLES DES COMPAGNIES MEMBRES DE LA BASD



Rio Tinto
Cette compagnie australo-britannique a été la cible de longues campagnes organisées par des coalitions de peuples indigènes, de communautés locales, d'activistes des droits de l'homme et des groupes environnementalistes du fait de ses abus des droits de l'homme et de l'environnement. Un exemple patent est l'appui financier et en personnel de la compagnie au gouvernement indonésien dans le but de supprimer toute opposition à leurs mines d'or et de cuivre à Grasberg, en Papouasie Occidentale. Ces mines ont causé des dommages irréversibles à l'environnement et de graves agitations sociales dont des expulsions, des tortures et des tueries.
Source : Fédération Internationale des syndicats des travailleurs des industries chimiques, de l'Energie et des Mines (ICEM) site web www.icem.org

TotalFinaElf
Ce géant du pétrole se trouve présentement devant les tribunaux français pour sa responsabilité dans la marée noire provoquée par l'Erika en 1999. Ce pétrolier à coulé libérant près de 20.000 tonnes de fuel lourd au large des côtes françaises qui ont été polluées sur plus de 250 miles. Plus de 60.000 oiseaux marins ont ainsi péri. TotalFinaElf dénie la responsabilité financière. La cour a blâmé la compagnie pour le transport de combustible lourd dans des tankers de plus de 15 ans d'âge (l'Erika en avait 25), mais la compagnie française a juré de combattre cette décision qu'elle a jugé discriminatoire. TotalfinaElf a été aussi impliquée dans des scandales de corruption en France et en Allemagne. Elle maintient des liens avec de nombreux régimes oppressifs.

BP
Tout comme Shell, BP est un acteur clé dans le processus tendant une coloration verte du lobby climatique. Malgré la promotion sophistiquée qu'elle fait d'elle-même comme étant une conversion en la responsabilité environnementale d'une multinationale et la très grande publicité qu'elle fait de ses investissements dans les énergies renouvelables, avec cette autoproclamation d'être la compagnie qui va « au delà du pétrole », elle continue d'accroître sa production pétrolière. Avec la coacquisition récente de PetroChina, BP (ensemble avec TotalFinaElf) a été parmi les multinationales basées en Europe et qui soient impliquées dans l'exploitation pétrolière au Soudan appuyant ainsi la campagne de déplacement menée par le gouvernement et la guerre civile.

Shell
Malgré son discours vert, les activités d'exploration et de production pétrolières de Shell continuent de s'étendre rapidement exacerbant les problèmes de changement climatique. La compagnie s'est impliquée dans les crimes contre le peuple Ogoni du Nigéria à travers son financement du précédent régime militaire aux fins de supprimer les protestations contre les impacts dévastateurs de ses opérations dans ces milieux. Quand le ras-le-bol international a culminé à l'époque de l'exécution de Ken Saro Wiwa en 1995, Shell s'est retiré de la région et a lancé la campagne de RP la plus sophistiquée qu'elle ait jamais menée. Ce modèle de gestion de crise pour sauver l'image de la compagnie a toutefois souffert d'un couac majeur avec les récentes informations faisant état d'un procès que la compagnie intente contre deux villages du delta du Niger pour des dommages présumés. La compagnie exige de grosses compensations de la part de populations expropriées et qui ont vu leurs moyens de subsistance et leur environnement ruinés par ses opérations. Il devient de plus en plus difficile dans ces conditions d'avaler le discours mielleux des RP de Shell.

Procter and Gamble
Cette compagnie a été mis à nue pour la commercialisation illégale en Inde des ingrédients génétiquement modifiés de ses fameux Pringle Chips. En outre, Procter and Gamble est l'une des quelques compagnies qui continuent de faire des affaires en Birmanie malgré les campagnes internationales tendant à boycotter ce pays du fait des violations des droits de l'homme qui y ont cours. En mai 2001, la compagnie annonçait la suppression de 9.600 emplois en plus des 15.000 de 1999 alors que dans la même période le salaire de son DG a fait un bond de 46,4 % passant de 799.100 $ US à 1,17 millions.
Source : site web Corp Watch (www.corpwatch.org)

Fiat
Plus connue pour ses voitures (même si elle a des intérêts dans l'édition, la robotique et l'industrie nucléaire entre autres choses), Fiat a été entretenue par plusieurs gouvernements italiens pendant des années. En 1984 sept officiels de la compagnie ont été arrêtés pour vente illégale d'armes à l'Iraq d'un montant de 180 millions de $ US. Il y avait dans le lot des mines anti-personnelles et antichars. C'est la plus grosse vente jamais rapportée. La compagnie opère aussi avec divers régimes dictatoriaux.

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