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december 2001   

 

doha comme si vous y etiez

rapport sur la cession de l'omc au katar

Jeudi 8 Novembre 2001
Le centre d'accréditation de la presse et des ONG est mon premier arrêt au Katar. Je suis frappée par le fait que les qatari continuent de porter des habits traditionnels alors que leur environnement est marqué par les chaînes de fast-food US et d'autres symboles de la globalisation économique. Au centre de presse la nouvelle est qu'un qatari a commencé à tirer sur la base militaire aérienne US ayant pris pour cible la délégation américaine comprenant le Représentant du Commerce Robert Zoellick arrivé hier. Les médias ont été informés que l'homme a des problèmes mentaux et a été immédiatement abattu par les autorités qataris.

Dans la soirée, je facilite la première réunion de la coalition des ONG intitulée « Notre monde n'est pas à vendre ». Nous échangeons des informations sur ce qui est arrivé, sur les procédures politiques officielles pour la session ministérielle et aux problèmes auxquels nous avons à faire face en tant qu'ONG à Doha. La décisions des gouvernements de tenir la réunion au Katar (où seulement moins de 100 représentants ONG ont été autorisés à entrer dans le pays sous des mesures de sécurité strictes) est scandaleuse et inacceptable. En outre, les quelques ONG représentées à Doha n'ont pas été informées sur le programme de la session ni sur les rencontres de la presse dans le centre de conférence. De la même façon les médias n'ont pas été informés sur nos réunions du centre des ONG. Dans ce contexte Focus on the Global South, Greenpeace, FoEI et d'autres ont élaboré une petite action devant se tenir avant l'ouverture de la session le lendemain matin. Cette action mettra l'accent sur le fait que les ONG n'ont aucune voix à l'OMC. Vice de FoE Philippines le chargé de notre programme OMC et Bertram de FoE Pays-Bas arrivent tard dans la soirée pour se joindre à notre équipe.

Vendredi 9 Novembre 2001
Les transports sont un cauchemar à Doha. Des bus te prenne de ton hôtel à un point de rassemblement et de là vous êtes convoyés au centre de conférence. Cela prend au moins une heure. L'équipe de FoEI est éparpillée dans la ville et il n'est pas surprenant que ni les média ni les ONG aient pu s'apprêter pour la conférence de presse prévue à 8 heures avec José Bové le paysan français. Plus tard Oxfam traitera du problème de l'accès aux médicaments. Les média prennent souvent un thème à leur avantage au détriment des autres thèmes. Ainsi Doha est marqué par l'intérêt suscité » par l'accès aux médicaments et la marginalisation des ONG à cette réunion alors que les autres points de campagnes se battent pour leur reconnaissance.
Vice, Bertram et moi avons eu une première session tôt ce matin pour coordonner nos activités : aujourd'hui, nous allons publier un communiqué de presse sur le projet de déclaration ministérielle, donner une conférence de presse participer aux préparatifs de l'action prévue pour l'ouverture de la session ministérielle. Nous allons suivre aussi la rencontre organisée par la coordination des ONG européennes. Une réunion est prévue avec la délégation des Pays Bas, sans oublier le briefing de presse de l'UE et une rencontre de l'OMC sur le développement durable. Nous allons contribuer à l'organisation de la réunion de coordination des ONG dans la soirée.

Je tombe presque malade à midi en entendant l'UE faire des gorges chaudes sur son rôle éclatant au sein de l'OMC. J'ai rapidement couru pour distribuer à nouveau la déclaration de presse conjointe FoE Europe, Confédération Paysanne Européenne, Oxfam Solidarity intitulée : «  La position de l'UE à Doha menace le Développement, la Sécurité Alimentaire, la Durabilité Environnementale et la Démocratie ». Cela n'a pas du tout réjoui l'UE, les négociateurs se sont sentis sous quelque pression. Plus tard, Vice a discuté du problème du développement durable et de l'environnement avec le Président du Comité de l'OMC sur le Commerce et l'Environnement, un Commissaire européen, un officiel indien et le WWF. Le débat a été axé sur la pertinence ou non du fait que l'environnement fasse partie du programme de travail de l'OMC.

Des points très intéressants de discussion ont été introduits par l'Inde et ils sont totalement opposés à l'inclusion de l'environnement dans les négociations. Il nous faut ces genre de discussions dans notre réseau international. La Commission Européenne organisera des briefings quotidiens pour les ONG sur divers problèmes comme l'environnement, le développement et la santé. Le premier se tient aujourd'hui sur les problèmes de développement. News de FoE Bangladesh et moi avons demandé aux officiels de savoir comment ils peuvent parler de développement sans mentionner les aspects durabilité.

A 17 heures, les ONG se regroupent silencieusement tenant des feuilles A4 sur lesquelles on peut lire « AUCUNE VOIX A L'OMC », juste avant que ne démarre la plénière officielle. Quand les média nous ont demandé ce que nous voulons, nous avons crié « DEMOCRATIE ». Cela a plu aux média nous valant une certaine couverture.

A 19 heures, quelques 70 représentants ONG se retrouvent pour évaluer l'état des choses. Lori Wallach de Public Citizen rapporte que les USA vont négocier les mains vides. L'Administration Bush n'a pas reçu le feu vert du Congrès afin d'avoir les mains libres, elle ne peut donc pas prendre d'engagements à Doha. Quant à l'UE, elle fait preuve d'on ne peu plus de duplicité ! Selon certains délégués africains présents à une réunion informelle privée hier, l'UE a offert 50 millions d'euros sous forme d'aide en échange de l'accord de ceux qui étaient présents pour le lancement d'un nouveau cycle commercial. A la question de savoir si c'était une tentative de corruption des pays africains, Pascal Lamy le Commissaire Européen au commerce a simplement souri.

Samedi 10 Novembre 2001
Aujourd'hui, Tony le Vice président de FoEI viendra rejoindre notre équipe. Nous avons rédigé et publié deux communiqués de presse : le premier est relatif à notre critique de la session ministérielle de l'OMC, le second fustige les vaines promesses. Nous avons aussi informé les média sur les centaines d'évènements décentralisés qui se passent un peu partout autour du monde et qui ont pour cible l'OMC. Au total aujourd'hui il y a plus de manifestants dans les rues qu'à Seattle ! Le message est que les gouvernements peuvent toujours se dérober mais qu'ils ne peuvent pas se cacher.

Au deuxième jour des négociations nous mettons l'accent sur le fait que le développement durable est marginalisé dans les négociations et les débats publics. Nous publions un communiqué de presse conjoint avec le WWF et Greenpeace. Dans la soirée nous menons une deuxième action spontanée. Juste avant que le Représentant US du Commerce Robert Zoellick ne commence son briefing de presse, quelques 40 activistes brandissent des pamphlets disant « Pas de brusquerie ». Malgré le chahut que nous faisons, on nous laisse continuer.

Dimanche 11 Novembre 2001
A midi nous faisons une action sous la tente de la presse pour montrer notre opposition à l'agenda du commissaire européen au commerce Pascal Lamy et à celui du Représentant du Commerce US Robert Zoellick trop dicté par les multinationales.
Tony joue le rôle d'un DG, José Bové est Pascal Lamy et Bertram est Zoellick. L'idée est de montrer comment le gros business tire les ficelles de Lamy et de Zoellick et comment les pays en voie de développement (joué par Walden Bello de Focus on The Global South) sont menacés et se voient offrir des pots de vins pour donner leur accord aux investissements et ne pas s'opposer aux agréments commerciaux relatifs aux services et à la propriété intellectuelle (TRIPS). Les membres de la société civile joués par Lori Wallach, Vandana Shiva, Maude Barlaw et moi-même portent des pancartes et scandent ces slogans : « Notre monde n'est pas à vendre, non à un nouveau cycle, ne bradez pas nos services publics, arrêtez le GATS, nous voulons un commerce plus vert » et ainsi de suite.

Au briefing officiel de ce matin, j'ai entendu dire qu'il se pourrait qu'il y ait un petit espoir pour que l'UE s'accroche ferme à l'environnement abandonnant ce qu'on a appelé les points de Singapour (investissement, concurrence, achats des gouvernements et facilitation du commerce).Un certain nombre de pays en voie de développement s'opposent toujours farouchement à ces points. Notre stratégie est donc de pousser pour l'environnement et de se braquer contre les nouveaux points.

A notre réunion de stratégie de ce soir nous décidons une action sur le lendemain portant sur les aspects biopiraterie de l'accord TRIPS. Vice Bertram et moi procédons à une revue de notre stratégie de presse : jusqu'à présent nous avons eu des interviews avec plus de 30 sources médiatiques différentes. Tard dans la soirée Vice et moi commençons à travailler sur des termes concrets à soumettre aux négociateurs.

Lundi 12 Novembre 2001
Aujourd'hui nous avons une dernière chance pour faire des contributions concrètes à la déclaration avant qu'un nouveau draft ne soit publié demain matin. Nous avons déjà entendu dire que les USA s'opposent farouchement à toute mention du principe de précaution et à l'éco-labelling et que plusieurs pays en voie de développement souhaiteraient la suppression de tout terme se référant à la protection environnementale et que l'UE faisait marche arrière quant à l'environnement. De sources internes à l'UE, nous avons appris l'élaboration de diverses alternatives dans ce sens. Il est donc plus que temps pour que FoE Europe publie un communiqué de presse pointu titré « l'UE se prépare à lâcher l'Environnement ». Notre communiqué de presse provoque un remue -ménage parmi les négociateurs.

A 14 heures, Pascal Lamy le responsable des négociations commerciales de l'UE soutient toujours lors du briefing ONG que son bloc maintient le cap, quant à de nouvelles négociations. Cette attitude fait planer une menace d'échec aux pourparlers : les pays en voie de développement ont déjà prévenu à plusieurs reprises qu'ils ne sont pas disposés à accepter tant et tant de nouveaux points.

Mardi 13 Novembre 2001
Aujourd'hui, juste deux heures de temps avant la fin supposée du sommet un nouveau projet de déclaration est publié. Le texte environnemental a été étendu mais il est majoritairement mis entre parenthèses. Nous publions donc un communiqué de presse : " Le Projet de Déclaration sacrifie l'Environnement en faveur du Commerce". Nous précisions nos propos en disant que si elle est adoptée en l'état la présente déclaration poserait de plus grandes menaces à l'efficacité des accords multilatéraux en matière environnementale avec la continuation des pratiques de subvention à l'agriculture industrielle, l'aggravation de la déforestation, la promotion de la biopiraterie, etc.

Pour ce qui concerne les services, les américains ont réussi à faire passer l'idée d'un lancement de négociations avec ce qu'ils ont appelé " produit environnementaux et services". Cela va ouvrir la voie au transfert de technologies de pointe et à une plus grande libéralisation dans la collecte et distribution des services des eaux. FoE US a lancé un appel à travers un communiqué de presse demandant aux américains de retirer cette proposition. Il devient évident que les discussions vont se prolonger dans la nuit. Même si le président a annoncé que les négociations doivent se clôturer le plus tôt possible, les pays membres ont poursuivi de façon égoïste leurs propres agendas en matière de libre commerce. Chacun a commencé à faire ses propres analyses quant au résultat final. A deux heures du matin, nous apprenons qu'un nouveau draft sera publié à 6h 30. Certains d'entre nous vont se coucher avant le redémarrage des pourparlers.

Mercredi 14 novembre 2001
Beaucoup de gens sont restés éveillés toute la nuit pour suivre les derniers développements. A 8 heures du matin, l'OMC donne un briefing de presse pour les journalistes qui sont fatigués et surpris de ne pas avoir beaucoup d'informations sur ce qui se passe. Nous apprenons qu'un nouveau draft a été préparé et se trouve au niveau de la traduction. Une heure plus tard des sources internes nous aident à avoir le texte. Comme les différentes partenaires commerciaux s'accrochent à leurs positions, nous évaluons qu'un nouvel échec des pourparlers commerciaux était inévitable.

Mais les négociations ont continué et de mauvaises nouvelles nous parviennent. Les pays ACP ont pu préserver leurs relations commerciales particulières et ne s'opposent plus à l'introduction de nouveaux points. L'Inde semble être mise en minorité. Les Directeurs Généraux de l'UE et l'OMC (qui poussent tous les deux pour le lancement d'un nouveau cycle large) ont tenu des réunions bilatérales secrètes pour mettre l'Inde sous pression. Nous préparons trois communiqués de presse différents pour le résultat final de la conférence. Le processus prend fin à 19 heures dans une session plénière officielle qui approuve la déclaration de l'OMC. Une note spéciale y est attachée. Elle spécifie que les nouveaux points seront seulement négociés dès la déclaration de la 5 e Session Ministérielle sur la base d'un consensus EXPLICITE.

Hourra ! Les négociations sur les nouveaux points ne sont donc pas encore lancées et le langage développement durable est beaucoup plus fort. L'UE commence à faire circuler ses communiqués de presse en clamant que le développement durable et l'environnement sont les grandes victoires de Doha. Nous contrattaquons avec un communiqué de presse : " Le Nouveau Round Commercial Recule : Le Développement Durable Toujours menacé ». Même si le texte environnemental donne l'impression d'être une grande avancée pour les négociateurs, les mesures de libéralisation que nous entrevoyons dans un certain nombre de domaines pourraient signifier plus dommages que de protections. Beaucoup reste donc à faire.

Alexandra Wandel, FoE Europe

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