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En 2002, plusieurs pays d'Afrique australe dont l'Angola, le Malawi, la Zambie, le Zimbabwe, le Lesotho, le Mozambique et le Swaziland ont été affectés par une grande crise alimentaire. Le Zimbabwe a été le premier à refuser l'aide alimentaire américaine avant que les autres suivent, même si des mois plus tard certains pays acceptèrent cette aide après qu'elle eut été moulue afin d'éviter des semailles accidentelles de graines GM. Seule la Zambie l'a refusée à la fois sous forme de grain et moulue.

 

la restriction du droit de libre choix

Les pays africains qui avaient pris des mesures préventives et qui avait demandé que l'aide ne contienne pas d'OGM furent d'abord mis face à un choix pour le moins limité. Les Etats-Unis et même le PAM leur répondirent en effet qu'ils devraient tolérer une certaine part d'OGM. Leur liberté de choix y était clairement atteinte. Selon un responsable américain resté anonyme "ceux qui sont dans le besoin n'ont pas à choisir".

L'envoi d'aides alimentaire de sous forme grains entiers comporte le risque de contamination génétique puisqu'elle permet qu'elles soient semées dans des pays dans lesquels il n'existe ni réglementation spécifique ni capacité technique permettant de traiter les cultures GM. Les OGM posent de graves problèmes aux écosystèmes agricoles, dont le développement de la résistance des insectes-cible, les dégâts affectant les espèces d'insectes non visées, le développement de la résistance des mauvaises herbes, l'érosion génétique et la perte de diversité biologique en raison de la contamination génétique due aux fertilisations croisées. Pour ne pas avoir à faire face à ces risques la plupart des pays ont décidé que l'aide alimentaire devrait au moins être expédiée sous forme de grains concassés afin d'éviter que les graines ne soient semées.

Pour autant le fait de broyer le maïs ne prend pas en compte les risques liés à la consommation d'aliments GM. Selon le Ministre Norvégien du Développement International " il doit y avoir une probabilité de risque plus grande encore, lorsque placée en situation de crise alimentaire une personne ne se nourrit plus que d'un produit alimentaire GM". De nombreuses organisations de pays du tiers-monde se sont montrées très inquiètes quant à ce risque, considérant que "les assertions qui assurent que les OGM sont sans danger ne sont fondées que sur un petit nombre d'expériences qui ne prennent pas en compte les situations spécifiques des populations des pays en développement." Ces organisations estiment que des populations qui se sont nourries grâce à l'aide alimentaire, surtout les enfants, sont plus particulièrement exposées en raison de la malnutrition et du manque général de nourriture, et que tout risque potentiel comporté par les OGM pourrait bien être augmenté pour une population immuno-dépressive. Selon le chef du Conseil Scientifique du Royaume Uni, David King, obliger les populations africaines à consommer les produits GM de l'aide alimentaire constitue "une expérience de vaste envergure sur l'espèce humaine".

"Vaut-il mieux mourir que de manger des OGM?"

"Il est véritablement remarquable que, pour la première fois, la Zambie a été forcée à accepter un don. N'est-il pas étrange et surprenant pour nous, en tant que bénéficiaire, que le donateur insiste à tel point pour que nous acceptions son offre ? Les américains sont-ils uniquement anxieux pour nos ventres vides ou y a-t-il quelque chose d'autre derrière le cadeau?" Zambia Daily Mail, 5 novembre 2002.

De nombreux africains ont été forcés d'accepter un certain pourcentage d'OGM dans l'aide alimentaire reçue mais le cas de la Zambie a montré qu'il avait des alternatives aux OGM.

"Vaut-il mieux mourir que de manger des OGM ?" Cette question qui fut souvent posée durant la crise alimentaire en Afrique Australe sous-entendait un scénario dans lequel il n'y avait rien d'autre de disponible que des OGM pour nourrir les populations. Celui-ci se révéla faux puisque d'autres solutions pouvaient être mises en oeuvre et le sont actuellement à une large échelle. Des études récentes montrent que de grandes quantités de maïs et d'autres céréales conventionnelles étaient disponibles pour les pays qui préféraient ne pas importer d'OGM, tout autant pour les pays africains que pour l'Inde et le Mexique. Et de fait on a démontré que même aux Etats-Unis il se trouvait suffisamment de maïs classique pour répondre aux besoins de l'aide alimentaire en question.

Pourtant le PAM affirmait fin 2002 qu'il s'agissait principalement de faire face aux besoins alimentaires d'urgence des pays concernés. Dans la cas de la Zambie qui fut le seul pays à n'accepter en aucune façon d'aide alimentaire contenant des produits GM le PAM déclara qu'il était impossible de mobiliser à temps des aliments sans OGM parce que l'organisation logistique de l'aide alimentaire réclame des moyens et un temps considérables.

Mais cette fois encore l'absence de choix relevait d'une illusion. Les ONG firent savoir que si les ressources financières nécessaires étaient dégagées elles pouvaient rapidement mobiliser des excédents de produits traditionnels (en particulier le manioc) disponibles dans le pays, pour nourrir les régions en situation de déficit alimentaire.

La sécheresse en Zambie a particulièrement touché la partie Sud du Pays et les récoltes locales de maïs furent clairement insuffisantes ; mais dans le même temps le Nord du pays, dont la province du Nord-Ouest, était en situation de suffisance alimentaire grâce à une récolte de manioc - un des plats nationaux en Zambie - estimée à 300 000 tonnes et engrangée sur place.

Le gouvernement de la Zambie a demandé au PAM de recourir aux produits traditionnels pour faire face à la crise. Le manioc est depuis très longtemps une des principales productions qui assurent la sécurité alimentaire du pays. Pourtant il n'avait pas été inclus dans les calculs chiffrant le déficit alimentaire ayant provoqué la crise et le PAM ne le considérait pas comme un moyen pour la résoudre. Il le considérait apparemment comme un produit inférieur bien que consommé par plus de deux cent millions de personnes en Afrique et qu'il constitue le principal plat de résistance pour 30% de la population Zambienne.

Une coalition d'organisations diverses comprenant à la fois des regroupements d'églises et d'ONG se mit à travailler de pair avec le gouvernement Zambien afin de former un collectif apte à lever des fonds pour acheter du manioc en provenance des régions excédentaires et à les distribuer dans les zones déficitaires. Malgré que le PAM ait reconnu que le plan d'action était bon, il refusa de le soutenir, et puisque le PAM collecte en pratique les ressources venant des donateurs et qu'il coordonne les actions de lutte contre la faim son refus empêcha en pratique le projet d'être mis en oeuvre.

Au lieu de cela le PAM fit venir de l'orge des Etats-Unis. Cette céréale ne figure pas au menu national en Zambie et y est uniquement employée en Zambie pour produire de la bière, ce qui contredit directement le principe selon lequel l'aide alimentaire doit être socialement et culturellement admissible par le pays destinataire.

En définitive le gouvernement zambien est resté sur sa décision de ne pas accepter d'aide alimentaire contenant des OGM. Il s'est montré capable de faire face à la crise alimentaire avec l'aide de nombreux pays et ONG et le pays a connu une très bonne récolte en 2003.

Les fonds de l'aide internationale conditionné par l'acceptation des OGM

"Ç'a été une mauvaise décision du gouvernement et j'espère qu'il la reconsidérera. Nous sommes sur le point d'octroyer une ration alimentaire plus importante aux malades du SIDA et le gouvernement doit prendre une décision. (.) Les aliments contenant des OGM sans absolument sans danger, nos experts ont réalisé des tests et l'ont établi." Tommy Thomson, Secrétaire d'État Américain à la Santé, décembre 2003, à propos du refus de l'aide alimentaire GM par le gouvernement Zambien.

Un autre très grave motif d'inquiétude a commencé à apparaître en mai 2003 lorsque le Sénat américain vota une loi faisant dépendre l'assistance médicale pour le SIDA de l'acceptation des OGM. Le United States Leadership Against HIV/AIDS, Tuberculosis, and Malaria Act de 2003, exigeait des Etats Africains qu'ils acceptent les aides alimentaires contenant des OGM en tant que condition du versement des fonds d'assistance. En décembre 2003 cette logique devint encore plus évidente lorsque le Secrétaire d'Etat des Etats-Unis à la Santé, Tommy Thompson, critiqua la décision du gouvernement de refuser l'aide alimentaire GM lors d'une visite en Zambie au sujet des futures aides à la lutte contre le SIDA.

pour en savoir plus :
Rapport des Amis de la Terre - International
, Playing with Hunger: www.foei.org/publications/

 

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