De nombreux pays ont décidé
d'adopter des mesures strictes pour
réglementer les aliments GM face aux
risques potentiels liés aux OGM. Sur tous
les continents, des gouvernements ont
établi ou préparé des moratoires, des
interdictions pour empêcher de voir les OGM
se répandre sans aucune réglementation.
L'Union Européenne a gelé toute nouvelle
autorisation de culture OGM en 1998. La
Croatie prépara en 2001 un projet de loi
pour mettre en place un moratoire. En Asie,
le Sri Lanka avait fait de même, ayant
rédigé un Food Act visant à interdire les
OGM. Le Japon et la Corée du Sud ont adopté
des règles d'étiquetage spécifiques pour
les OGM. En Amérique Latine le Paraguay a
imposé un moratoire en 1998 et la Bolivie a
interdit les OGM en 2001. En Afrique, le
Bénin a mit en place son moratoire en 2002.
Suivant de près ces mesures, les sociétés
biotech et les gouvernements favorables à
ces technologies se sont mis à exercer une
très large pression sur ces pays en les
menaçant de sanctions commerciales par le
biais de l'Organisation Mondiale du
Commerce (OMC).
le Sri Lanka se rétracte après avoir
prononcé une interdiction des ogm
Au début de 2001 le gouvernement du Sri
Lanka rédigea un projet de Food Act qui
prévoyait l'interdiction des OGM. Le projet
entendait protéger les Sri Lankais des
effets potentiels et en grande partie
inconnus des OGM. Les Etats-Unis
s'opposèrent alors vivement au projet de
loi. Le conseiller agricole de l'Ambassade
des Etats-Unis en Inde menaça d'attaquer
l'interdiction devant l'OMC, ce qui aurait
pu se traduire par une pénalité potentielle
de 190 millions de $ pour le Sri Lanka au
cas où il aurait refusé de lever
l'interdiction.
Les ONG du Sri Lanka dont les Amis de la
Terre montèrent ensemble un d'action pour
exiger de leur gouvernement d'affronter la
menace que présentait le différent
commercial. Plus de deux cent groupes
représentant des consommateurs, des
agriculteurs et des défenseurs de
l'environnement de toutes les régions du
monde donnèrent de la voix pour protester
contre la remise en cause de la
réglementation de sécurité alimentaire du
Sri Lanka mais le Food Act fut finalement
abandonné en raison des pressions venant à
la fois des Etats-Unis et de
l'Australie.
les etats-unis tentent de bousculer la
croatie pour qu'elle accepte les ogm.
En juin 2001 quatre ministres Croatiens
se sont entendus pour préparer un texte de
projet de loi en vue d'interdire les OGM et
leurs produits dérivés tant qu'un cadre
réglementaire spécifique n'aurait pas été
établi. Ils proposèrent cette interdiction
en raison des impacts négatifs potentiels
de l'introduction des OGM sur
l'environnement et la santé en Croatie.
En septembre 2001, les Etats-Unis mirent
la Croatie sous une pression de plus en
plus forte afin qu'elle retire son projet
de loi. Dans un mémorandum du 28 novembre
adressé par leur Ambassade au Ministère de
l'Environnement de la Croatie, les
Etats-Unis s'efforçaient de faire passer
leurs objectifs commerciaux avant ceux de
la protection de l'environnement en
affirmant que "si une telle interdiction
était mise en application le gouvernement
des Etats-Unis ferait valoir ses droits
auprès de l'OMC". En décembre, des
associations de défense de l'environnement
participant à une table ronde sur la
biosécurité sous l'égide de Ministère de
l'Environnement Croatien dénoncèrent la
stratégie par laquelle les Etats-Unis
entendaient contraindre le gouvernement de
leur pays à retirer son projet de
moratoire.
Le mémorandum de l'Ambassade des Etats-
Unis faisait également savoir que les
produits issus du génie génétique "sont
aussi sûrs, comme cela a été démontré, que
les produits conventionnels aux Etats-Unis
et partout ailleurs". Cependant dans une
réponse à ce mémorandum adressée au
Ministre Croatien de l'Environnement, des
ONG américaines répliquaient que le cadre
réglementaire et les procédures de contrôle
américains étaient jusqu'à présent
insuffisantes pour conclure que les OGM
étaient sans danger.
Bien qu'une interdiction générale des
OGM n'ait pas été adoptée en raison de la
stratégie d'intimidation des Etats-Unis la
Croatie a finalement mis en oeuvre une
politique de réglementation stricte des OGM
en 2003. Cette législation n'autorise
l'introduction des OGM ni dans les zones
protégées, ni dans les zones tampons, ni
dans des zones d'écotourisme et
d'agriculture biologique. Sont également
prévues des dispositions d'étiquetage
assorties d'absence de seuil de tolérance
pour la présence d'ingrédients GM. En
résumé, malgré la pression exercée par les
Etats-Unis pour empêcher l'établissement
d'une pure interdiction la Croatie a adopté
une loi qui empêche en pratique aux OGM
d'entrer dans le pays.
Révocation de l'interdiction des OGM
face à la pression du lobby biotech en
Bolivie
La Bolivie a adopté en janvier 2001 une
résolution qui interdisait les OGM en
rendant illégaux à la fois l'importation,
les sousproduits et les substances
alimentaires issus des cultures GM pendant
la période d'un an courant de janvier à
décembre 2001. Le gouvernement bolivien
avait adopté ces mesures de précaution en
raison des risques potentiels des OGM pour
la santé humaine et l'environnement.
En août 2001, le gouvernement bolivien
souhaita reconduire cette interdiction
au-delà de l'année en cours et de l'élever
au rang d'un "Décret Général" ayant force
de loi. La promesse en fut faite dans un
accord conclu entre le gouvernement, les
travailleurs agricoles et les organisations
représentant les petits exploitants. Contre
toute attente, le gouvernement fut
contraint d'abandonner ce projet législatif
pour cause de pression de l'Argentine et de
ses puissantes entreprises biotech et
agroalimentaires. L'interdiction fut levée
en octobre sans aucun avertissement.
Un document interne du gouvernement
Bolivien provenant d'une fuite mentionne
que
"Le secteur des industries
[argentines] du soja est derrière tout cela
puisqu'elles exportent 5 milliards de $ de
soja GM vers l'Europe et les
Etats-Unis".
En Bolivie les organisations agricoles
et environnementales ont continué d'exiger
fermement que leur pays réglemente les OGM
malgré la pression de pays étrangers. Les
inquiétudes sont encore plus fortes depuis
que le Forum de l'Environnement et du
Développement Bolivien a découvert que
l'aide alimentaire à la Bolivie contenait
des ingrédients GM. L'Association des
Producteurs en Agriculture biologique de
Bolivie a exigé l'établissement de
contrôles sur les importations de
nourriture et de semences en provenance
d'Argentine, du Canada et des Etats-Unis,
ainsi que l'application de lourdes
sanctions sur toute entreprise ou autre
structure vendant des produits GM en
Bolivie.
pour en savoir plus
:
Les Amis de la Terre Europe
:
www.foeeurope.org/press/17.12.01.htm
Les Amis de la Terre Croatie
:
www.zelenaakcija.hr/eng/green_action.html