"Ce que Monsanto a
demandé à Washington, Monstre l'a obtenu,
et par extension toute l'industrie
biotechnologique. Lorsque la stratégie de
l'entreprise réclamait des réglementations,
on adopta des règles avec le soutien des
industriels. Et quant elle décida
brusquement qu'il était nécessaire de jeter
celles-ci et pardessus bord de pousser les
produits GM sur le marché, la Maison
Blanche s'est empressée de proposer une
généreuse réglementation,
exceptionnellement taillée sur
mesure."
Biotechnology Food: From the Lab to a
Debacle", The New York Times, 25 janvier
2001.
Au long des dix années de
commercialisation qui se sont écoulées,
l'industrie biotech américaine a affirmé
sans relâche que les plantes GM étaient
sans danger, qu'elles ne présentaient aucun
risque pour l'environnement ni pour la
santé et qu'elles procureraient de
multiples avantages aux agriculteurs et aux
consommateurs, en particulier des meilleurs
rendements et une plus meilleure qualité
des aliments.
Les aliments GM sont sur les rayons des
supermarchés américains depuis une dizaine
d'année. Plus de 50% des produits de
l'industrie alimentaire aux Etats-Unis
contiennent des OGM et plus de 28 millions
d'hectares sont cultivés en OGM. Pourtant
le débat sur les plantes GM a été
relativement calme en comparaison avec le
tumulte qui agite le débat au niveau
international, niveau auquel l'introduction
des OGM a jeté le trouble, rencontré une
large opposition et même une refus
catégorique.
les etats-unis, terre de liberté pour
les ogm
Aux Etats-Unis, l'alimentation GM est
considérée comme substantiellement
identique à son homologue conventionelle.
Le système réglementaire a été établi en
partant de la notion que les modifications
génétiques n'apportaient aucune
modification, donc aucun danger et qu'elles
ne nécessitaient aucune obligation de test
de sécurité ou ni réglementation
spécifique. Il n'est donc pas surprenant de
constater que le gouvernement des
Etats-Unis n'a orienté que de très faibles
crédits à la recherche des impacts
potentiels de ces plantes sur la santé et
l'environnement. Le Département d'Etat à
l'Agriculture des Etats-Unis a par exemple
dépensé seulement 3,6 millions de $ pour
examiner les effets potentiels des OGM sur
un budget total de 193 millions destiné à
la recherche.
L'une des raisons du laxisme de cette
réglementation aux Etats-Unis se trouve
dans l'immense influence des industries
biotechnologiques sur le gouvernement - en
particulier celle de Monsanto.
l'absence de risques des ogm en
question
Ces dernières années, le débat sur les
plantes GM a monté d'un ton, et
l'inefficacité totale du système
réglementaire a été sujet à des critiques
croissantes. On a ainsi reconnu que la
politique d'évaluation des éventuels
dangers des OGM par la Food and Drug
Administration (FDA) des Etats-Unis était
totalement inadaptée.
En 2003 un rapport établi par le Center
for Science in the Public Interest
concluait que le processus réglementaire ne
permettait pas à la FDA de garantir que la
consommation des OGM était exempte de
risque: les toxines et les substances qui
sont susceptibles d'affecter la sécurité
alimentaire et les qualités nutritionnelles
ne sont ni recherchées ni soumises à
évaluation; les méthodes employées pour les
test allergéniques sont déficientes; les
informations données sur ces plantes ne
sont pas assez précises et ne contiennent
pas les informations utiles pour se
déterminer sur les dangers induits, et
ainsi de suite.
Le fait que le gouvernement américain
continue à refuser de commander des études
sur les risques induits et à ordonner
l'étiquetage cause la colère de citoyens
américains de plus en plus nombreux.
Plusieurs actions en justice ont été
intentées et des centaines de milliers de
personnes exigent l'étiquetage spécifique
ainsi que la conduite de tests alors que
plusieurs incidents, dont le scandale
portant sur le Starlink et la contamination
par des plantes biopharmaceutiques ont
souligné la faiblesses et les tares du
système réglementaire des Etats-Unis.
le scandale starlink
"Je pense que nous ne voyons pour
l'instant que la face émergée de l'iceberg.
Nous ne savons rien de ce qui se trouve
dans ces silos et quand nous laisserons ce
truc en sortir pour que ce soit testé, ça
pourrait s'avérer être de pire en
pire."
Un ensileur de l'Iowa, The Washington
Post, 5 octobre 2000.
Le Starlink est une variété de maïs GM
autorisé aux Etats-Unis uniquement pour la
nourriture des animaux. La consommation
n'en est pas autorisée en raison de la
potentielle allergénicité de la protéine
Cry9C qui a été introduite par ingénierie
génétique dans ce maïs. Malgré cela, les
Amis de la Terre en ont découvert la trace
dans le produit "Taco Bell", des
amuse-gueule contenant de produits dérivés
du maïs ce qui voulait dire par extension
que du StarLink se trouvait dans les
chaînes de distribution de l'alimentation
humaine.
L'étendue et la gravité de la
contamination par le Starlink étaient
propres à couper le souffle. On enleva des
rayonnages plus de 300 produits dans tous
les Etats-Unis. Bien que le Starlink
n'était cultivé que sur 0,4 % de la surface
totale cultivée en maïs, le nombre total
d'hectares contaminés était beaucoup plus
important. Plus étonnant était le fait que
bien qu'on ait estimé qu'au départ la
contamination ne provenait que des graines
Starlink, on montra qu'en définitive la
protéine Cry9C était présente dans plus de
80 autres variétés de maïs dur. On en
trouva de façon encore plus inattendue dans
un maïs tendre, alors qu'il était prévu au
départ que la contamination ne pouvait
concerner que des variétés de maïs dur.
La contamination par le Starlink ne
s'est pas cantonnée aux Etats-Unis, mais
fut également signalée en 2000 et 2001 dans
des cargaisons à destination du Japon et de
la Corée du Sud. Cela se traduisit aussi
dans ces pays par une série de retours au
fournisseur. En juin 2002, à Rome, au
sommet mondial sur l'alimentation, des ONG
sud-américaines annoncèrent qu'on avait
trouvé du Starlink dans l'aide alimentaire
à la Bolivie et on en trouva à nouveau au
Japon en décembre 2002.
Le cas du Starlink fournit la preuve
évidente que la contamination est l'un des
problèmes les plus urgents posé par
l'introduction des OGM dans
l'environnement. Une fois qu'un organisme
est introduit, les conséquences en sont
imprévisibles et l'impact totalement
inconnu. Le fait qu'une fois libéré dans
l'environnement un organisme est
extrêmement difficile à contrôler et à
capturer a été totalement ignoré par les
autorités américaines, et le problème de la
contamination réelle des organismes vivants
illustre bien l'inaptitude totale des
réglementations américaines à faire face
aux problèmes posés par les OGM.
"On pourrait penser que l'industrie
agricole américaine tournés vers
l'exportation n'aurait d'autre choix que de
s'incliner devant la demande de tenir les
OGM éloignés de leur homologues intacts et
plus généralement de retirer de la vente
les produits sujets à la controverse. On
aurait tord. La véritable stratégie
consiste à répandre une pollution génétique
si importante que la demande des
consommateurs de trouver des produits sans
OGM ne puisse trouver aucune réponse.
L'idée est tout bonnement de polluer plus
vite que les pays ne peuvent légiférer et
donc qu'ils modifient leurs lois pour
s'adapter à la contamination."
The
Gardian, 21 janvier 2001.
la contamination biopharmaceutique
"Les projets qui visent à ajouter
des gènes de production de médicaments à
des plantes montrent nous n'avons rien
appris (.) On se demande pourquoi il y a
sur Terre des entreprises qui s'occupent de
placer de tels gènes dans des plantes qui
par pollinnisation et mélange avec d'autres
grains finiront pas trouver leur chemin
vers nos assiettes."
The New
Scientist, juillet 2002.
L'expérience des Etats-Unis en matière
d'OGM donne l'exemple d'un autre problème
environnemental de premier ordre, celui des
biopharmaceutiques. La "biopharmacie" est
une application expérimentale des
biotechnologies par laquelle des plantes
sont GM pour produire des protéines
pharmaceutiques et d'autres substances
qu'elles ne produisent pas naturellement.
Le peu d'exemples connus concernent un
contraceptif, des hormones de croissance,
une coagulant, un anticoagulant, des
enzymes industriels et des vaccins.
Le premier cas significatif de
contamination par des biopharmaceutiques a
été rapporté en novembre 2002. L'entreprise
en cause, Prodigene, a conduit une série
d'essais en plein champs sur des plantes
porteuses de produits pharmaceutiques ou
destinés à l'industrie. L'incident est
survenu parce que Prodigene n'a pas réussi
à retirer correctement du terrain toutes
les graines issues d'un essai en 2002. Bien
naturellement quelques graines sont restées
dans le sol et ces "bénévoles" ont germé en
2003, contaminant par la même occasion un
champ de soja. Quand le soja fut récolté et
ensilé au Nebraska, on a découvert qu'il
avait été contaminé par le maïs Prodigene.
500 000 tonnes de soja, pour une valeur de
2,7 million de $, furent placés en
quarantaine par le Département de
l'Agriculture des Etats-Unis qui ordonna
ultérieurement leur destruction.
Cet exemple devrait suffire à prouver
que la culture en plein air des plantes
biopharmaceutiques menace les chaînes
d'approvisionnement alimentaire, met les
cultures non pharmaceutiques en grand
danger de contamination et qu'elle peut
poser de graves problèmes pour les milieux
naturels et la gestion des écosystèmes. Aux
Etats Unis, on a mené quelque trois cent
cultures en plein air entre 1991 et
2002.
En octobre 2003, Monsanto a annoncé son
abandon des technologies biopharmaceutiques
ainsi que la fermeture du service de 70
personnes qui les avaient en charge. Cela
faisait suite à la pression exercée sur le
gouvernement américain par des groupes de
défense de l'environnement et de
consommateurs en même temps qu'une très
vive opposition de la part de l'industrie
agroalimentaire concernée par les risques
sanitaires touchant les consommateurs du
fait de la contamination.
augmentation des quantités de
pesticides dans les champs d'ogm
L'un des principaux arguments de
l'industrie biotech est depuis toujours que
les cultures GM produisent un avantage
environnemental, en particulier parce que
les variétés tolérantes aux herbicides (HT)
nécessitent un moindre recours aux
herbicides
Pourtant des études récentes sur
l'emploi des pesticides pour les variétés
GM ont montré une hausse progressive de
leur utilisation entre 1996 et 2003. Le
volume de pesticide utilisé avec les maïs,
soja et cotons GM tolérants aux herbicides
a augmenté de plus de 33 000 tonnes entre
les périodes 1996-98 et 2001-3.
Il existe de nombreux facteurs qui
peuvent entraîner l'augmentation de la
quantité moyenne de pesticides employés à
l'hectare, mais on a montré que le recours
à un unique herbicide (la méthode de base
pour traiter les mauvaises herbes dans les
parcelles plantées en plantes GM tolérantes
aux herbicides) en était la cause
principale.
"L'emploi systématique d'un seul
herbicide est la méthode de base, si ce
n'est la seule, pour traiter les mauvaises
herbes dans les champs plantés avec des
variétés tolérantes aux herbicides, et le
résultat concret en est l'inévitable
réponse écologique à une si importante
pression de sélection par les herbicides:
le besoin d'appliquer de plus en plus
d'herbicides à l'hectare pour atteindre le
même niveau de contrôle des mauvaises
herbes "
Charles Benbrook, 'Impacts of genetically
engineered crops on pesticide use in the
United States: The first eight years',
novembre 2003.
pour en savoir plus
:
Site des Amis de la Terre -
Etats-Unis
:
www.foe.org/camps/comm/safefood/gefood/index.html
GE Food Alert Website
:
www.gefoodalert.org/pages/home.cfm
le protocole sur la biodiversité
contredit la politique des etats-unis
en matière d'ogm
Le Protocole sur la Biodiversité a
été adopté par les Nations Unies en
l'an 2000 à Montréal (Canada) ; il
vise à protéger l'environnement des
risques potentiels engendrés par les
OGM. Il est entré en vigueur le 11
septembre 2003 et plus de 80 pays
dans le monde en étaient signataires
au début de 2004.
L'un des objectifs principaux du
Protocole consiste à réglementer les
mouvements d'OGM entre pays. Le
Protocole est le premier accord
international qui considère que les
OGM diffèrent des organismes
conventionnels et qu'ils nécessitent
en conséquence un traitement propre.
Il contredit donc les politiques
soutenues par certains pays, dont les
Etats-Unis, qui continuent de
considérer que les OGM ne sont pas
différents de plantes et animaux
classiques dont ils dérivent.
pour en savoir plus
:
www.biodiv.org/biosafety/default.aspx |