Les Amis de la Terre estiment que la
première décennie de commercialisation des
cultures GM a été un échec pour les
entreprises du secteur biotech. Entre 1994
(date de la mise sur le marché de la
première plante GM) et 2004, les sociétés
biotech n'ont pas tenu leurs promesses et
l'opposition aux plantes GM continue à se
renforcer de jour en jour. Etant donné
l'expérience apportée par la première
décennie des cultures GM, nous en sommes
venus aux conclusions suivantes:
1. La modification génétique est
une technologie radicalement
nouvelle.
Les OGM diffèrent
fondamentalement des organismes classiques.
Bien que les Etats-Unis et l'industrie
biotech affirment qu'ils sont en substance
équivalents à leurs homologues
conventionnels, ils se retrouvent de plus
en plus seuls à soutenir ce point de vue.
Le Protocole sur la Biodiversité, un traité
des Nations Unies adopté en 2000 pour
réglementer les cultures GM a confirmé la
non-équivalence entre les plantes GM et les
autres et a établi des règles spécifiques à
leur sujet.
2. Les OGM ont été introduites
sans la possession d'une connaissance
suffisamment claire de leurs impacts sur
l'environnement, la santé et de leurs
effets socioéconomiques.
Les cas
de contamination par des OGM illégalement
introduits, comme les affaires du Starlink,
du ratage biopharmaceutique aux Etats-Unis
ou encore de la contamination du maïs
Mexicain démontrent le peu que nous savons
au sujet des effets et de l'impact des
plantes GM et de leur introduction dans
l'environnement.
3. La première décennie de
commercialisation est un échec pour les
entreprises du secteur biotech.
L'industrie de ce secteur espérait que les
populations et les gouvernements
accueilleraient les plantes GM sans se
poser de question, mais le scepticisme
public l'a forcée à concentrer leurs
activités sur quelques pays. Les
entreprises n'ont pas réussi à mettre sur
le marché des produits présentant de nets
avantages pour les agriculteurs et les
consommateurs. Au lieu de cela elles ont
créé de problèmes tout à fait nouveaux et
alarmants, notamment celui de la
contamination génétique. De plus les
entreprises biotech et leurs puissants
groupes de pression ont largement investi
dans des stratégies de communication
destinées à vendre leur rêve. Elles ont par
exemple brocardé le riz GM "Golden Rice" en
tant que solution aux problèmes de carences
en vitamine A de certains pays en
développement, mais à ce jour cela semble
tenir plutôt du canular que d'une solution
sérieuse. Derrière le rideau, ces
entreprises ont joué de malhonnêteté pour
assurer la défense de leurs intérêts: elles
se trouvaient ainsi derrière de nombreuses
menaces de sanctions commerciales dont les
multiples tentatives faites par les
Etats-Unis pour imposer les aliments GM à
des pays réticents comme la Bolivie, la
Croatie, le Sri Lanka et l'Union
Européenne.
4. Les cultures GM renforcent
encore davantage le contrôle de
l'agriculture par les grandes
entreprises.
Monsanto conçoit,
réalise et vend l'immense majorité des
plantes GM dans le monde. Le droit des
agriculteurs à conserver et utiliser leurs
propres graines, l'un des fondements de
l'agriculture, est menacé de disparaître
pour la première fois depuis l'apparition
de celle-ci. Le comportement d'entreprises
telles que de Monsanto comme de certains
Etats tels que les Etats-Unis, le Canada et
l'Indonésie exhibe les dangereuses
conséquences du contrôle monopolistique du
marché par quelques immenses
entreprises.
5. Les pays doivent avoir le
droit d'imposer l'interdiction des aliments
GM comme de la culture commerciale des
OGM.
Chaque pays devrait avoir le
droit d'adopter des mesures de précaution à
leur sujet, y compris interdictions et
moratoires. La formation d'alliances entre
des sociétés biotech et des gouvernement
favorables à ces technologies en vue de
menacer de sanctions commerciales les pays
qui prennent des mesures de précaution
contre les OGM est indigne et immorale.
6. Les aliments GM ne nourriront
pas le Monde.
Les entreprises
biotech déclarent qu'on a besoin de l'
alimentation GM pour nourrir le monde afin
de convaincre le public de sa nécessité. Ce
credo selon lequel les plantes GM sont la
réponse au problème de la faim est démenti
par l'expérience de l'Argentine, pays dans
lequel la faim persiste malgré les immenses
surfaces couvertes par les cultures GM. Il
a aussi été discrédité par un nombre
croissant d'ONG spécialisées dans le
développement, d'associations
d'agriculteurs, de scientifiques et de pays
agricoles en développement.
7. Il y a un urgent besoin de
protéger des foyers d'origine et de
diversité génétique.
En l'an 2000
la société civile bolivienne a remporté un
important combat en empêchant des cultures
d'essai de pommes de terre GM dans ce pays
qui en est un foyer d'origine. Au Mexique,
le foyer d'origine du maïs, la
contamination du maïs local par du maïs GM
a récemment été confirmée: c'est un fait
extrêmement grave et qui nécessite d'agir
au plus vite. Les foyers d'origine et de
diversité génétique doivent être protégés
de la contamination génétique en tant que
réserves de biodiversité des plantes
agricoles, et les pays où ils se trouvent
doivent immédiatement mettre sur pied des
plans d'action efficaces pour empêcher et
le cas échéant traiter la
contamination.
8. La nécessité d'un cadre
réglementaire fixant des principes de
responsabilité internationale en la matière
est très urgente.
Les régimes de
responsabilité actuels sont tout à fait
insuffisants. Les industriels doivent payer
pour la contamination génétique et les
autres préjudices causés par l'introduction
des organismes GM dans l'environnement.
L'instruction par des agriculteurs
biologiques canadiens d'une action
judiciaire visant à faire reconnaître la
responsabilité de Monsanto et d'Aventis
pour des contaminations génétiques est un
exemple de l'exigence croissante que les
entreprises soient rendues responsables des
dégâts qu'elles causent. Il est crucial que
le processus de ratification du Protocole
sur la Biodiversité débute rapidement pour
qu'on puisse établir un instrument
juridique international protégeant les
citoyens des préjudices que peuvent causer
les OGM.
9. Les plantes GM sont
inconciliables avec une agriculture durable
et une véritable sécurité
alimentaire.
Les plantes GM
renforcent la dépendance aux pesticides et
encouragent la monoculture ce qui
représente une menace pour l'environnement
et un danger pour la sécurité alimentaire.
Elles poussent encore plus loin
l'industrialisation de l'agriculture en
donnant la priorité aux cultures rentables
à l'exportation au détriment des besoins
des communautés locales et de la promotion
de la biodiversité agricole, laquelle joue
un rôle central dans la sécurité et la
souveraineté alimentaires. L'introduction
généralisée des plantes GM exacerberait la
vulnérabilité écologique déjà associée à
l'agriculture monospécifique.
10. Il existe des alternatives
viables et concrètes aux OGM.
Elles sont presque toujours moins
coûteuses, d'accès plus simple, plus
productives dans des environnements
difficiles et plus acceptables aux points
de vue culturel et social. En conclusion,
l'opposition des citoyens aux OGM continue
à faire boule de neige. En Europe la
méfiance est si forte qu'on a retiré les
OGM de la plupart des rayons de
supermarchés. En ce qui concerne le Sud, de
nombreux pays d'Amérique Latine, d'Afrique
et d'Asie ont totalement rejeté certaines
aides alimentaires parce qu'elles
contenaient des produits GM. La suspicion
des consommateurs et des distributeurs a
obligé Monsanto à retarder la mise sur le
marché de son blé GM, initialement prévue
pour 2004. L'échec des sociétés biotech sur
la dernière décennie et la montée de
l'opposition mondiale devra permettre de
précipiter un revirement favorable à
d'autres solutions agricoles, des
techniques sûres et moins coûteuses que
celles de l'actuelle industrie
biotechnologique multimilliardaire.
pour en savoir plus
:
Campagne des Amis de la Terre - Europe
sur les OGM
:
www. foeeurope.org/GMOs/Index.htm
Campagne des Amis de la Terre -
International sur les OGM
:
www.foei.org/gmo/index.html