“Pendant plus de deux ans nous avons dû
faire face quotidiennement à une guerre
psychologique en faveur du projet.
Aujourd’hui, nous avons remporté une
victoire importante dans la lutte pour
garder notre terre pour nos enfants. Nous
nous réjouissons et nous félicitons la SFI
de cette décision. Nous espérons que les
autres banques et institutions financières
feront de même et qu’elles rejetteront ou
éviteront tout investissement dans ce
projet spéculatif, non rentable et non
durable qui ne peut qu’augmenter la
pollution, la pauvreté et la corruption.”
Eugen David, président d’Alburnus
Maior, groupe communautaire de Rosia
Montana.
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Des représentants
de la communauté roumaine remettent en
2002 à James Wolfensohn, président de
la Banque mondiale, des dessins
d'enfants qui ont contribué à la
décision de la Banque de ne pas
financer le projet. |
la lutte pour un avenir rose
la mine d’or de rosia montana, en
Roumanie
En octobre 2002, le Groupe de la Banque
mondiale a annoncé qu’il n’allait pas
financer le projet tant controversé de la
mine d’or Rosia Montana, dans les belles
montagnes Apuseni de la Roumanie. Autant
les membres de la communauté locale que les
activistes internationaux s’en sont
réjouis, et proclamé leur espoir que, à
l’avenir, la Banque mondiale se tiendrait à
l’écart d’autres projets aussi
perturbateurs pour la société et
l’environnement.
des débuts de mauvais augure
Le projet, qui impliquait la
construction de la mine d’or à ciel ouvert
la plus grande de l’Europe, a essuyé les
critiques d’une coalition internationale
d’ONG, en raison d’erreurs constatées dans
la présentation du projet et d’inquiétudes
au sujet de la société partenaire. La
compagnie Gabriel Resources, basée au
Canada et inscrite à la Barbade, avait
demandé au Groupe de la Banque mondiale un
prêt qui, d’après les rumeurs, s’élevait à
250 millions de dollars US. Or, cette
société n’avait aucune expérience préalable
dans le domaine des mines, et son directeur
exécutif avait été, à deux reprises,
déclaré coupable de trafic de drogue. En
outre, la compagnie avait lancé début 2002
un programme de réinstallation agressif,
sans débat public ni évaluation d’impact
environnemental.
Mais malgré le retrait du Groupe de la
Banque mondiale de ce projet polémique, la
compagnie est décidée à aller de l’avant.
Le plan de la Rosia Montana Gold
Corporation (RMGC), une joint-venture
constituée par Gabriel Resources et le
gouvernement roumain, est draconien. La
mine sera cinquante fois plus grande que le
puits existant, et puisque la roche
métallifère gît sous plusieurs villages, y
compris celui de Rosia Montana, deux mille
personnes devront déménager, de gré ou de
force.
un passé reluisant, un avenir
sombre
L’or et l’argent ont été extraits dans
les Apuseni – spécialement à Rosia Montana
– pendant des millénaires, sans grands
dégâts, du moins jusqu’à une époque
récente. Mais les filons étant maintenant
épuisés, les tunnels ne sont plus
rentables. Le métal est dispersé partout
dans les rochers, dans la proportion d’une
part d’or pour un million de parts de
roche. Pour l’en tirer, il faut creuser des
carrières et arroser de composés de cyanure
la pierre broyée. Une compagnie étatique
peu rentable le fait depuis quelques
décennies, à petite échelle, surtout pour
créer des emplois dans la région.
Le projet transformerait la vallée de
Rosia Montana, le village le plus ancien
attesté en Roumanie, en quatre mines à ciel
ouvert. La vallée avoisinante deviendrait
un ‘étang’ non cuvelé, retenu par une haute
digue, pour le stockage du cyanure. Les
mines produiraient environ 200 millions de
tonnes de déchets cyanurés. La coalition
internationale d’ONG opposées au projet a
rappelé l’expérience catastrophique de la
mine d’or de Baia Mare, en Roumanie
également où, en 2000, un déversement de
cyanure a pollué le Danube et la Tisza,
contaminant l’eau potable de 2,5 millions
de personnes et tuant 1 200 tonnes de
poisson.
Rosia Montana possède d’ailleurs des
richesses historiques et archéologiques.
L’or des Apuseni était utilisé par les
Egyptiens, ainsi qu’à Rome, Mycènes et
Troie. Dans certaines sections de la mine,
le paysage souterrain n’a pas changé depuis
presque 2000 ans, et très peu d’endroits
ont été explorés. On y a découvert des
tablettes de cire portant des échantillons
rares d’écriture cursive romaine, des
ruines et des objets de la période romaine
ainsi que d’époques antérieures et
postérieures. C’est la raison pour laquelle
1 038 universitaires de haut niveau des
départements d’archéologie et d’histoire
ont écrit au ministre de la culture,
l’implorant de s’opposer au projet, à ce
jour sans résultat.
mieux que de l’or
Les Apuseni sont riches en ressources
autres que l’or. Le paysage y est d’une
beauté saisissante. La région est chargée
d’histoire et de trésors archéologiques,
autant anciens qu’industriels. Elle a des
forêts et de bons pâturages. Les
villageois, dont la plupart pratiquent
l’agriculture vivrière, ne veulent pas
quitter leurs terres, malgré les sommes
élevées qu’on leur offre pour leurs
propriétés. Bien que beaucoup d’entre eux
aient travaillé dans les mines par le
passé, ils estiment que l’extraction à
grande échelle, à ciel ouvert et à base de
cyanure – une activité de courte durée,
intensive et irréversible, qui anéantit le
paysage – est inconciliable avec les
activités extensives telles que l’élevage
de moutons et la sylviculture. Ils se
battent donc pour préserver leur vallée, en
espérant que les autres institutions
financières internationales et sociétés de
crédit à l’exportation se tiendront, elles
aussi, à l’écart du projet.