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l’empoisonnement d’une île

la mine d’or de lihir, en papouasienouvelle-guinée

“La beauté naturelle de l’endroit devrait être préservée. Je sais, cette baie est un des endroits où la tortue à dos de cuir venait pondre, mais ce n’est plus ainsi. Et je sais aussi que les oiseaux sauvages vivaient là autrefois, à cause du volcan, et les gens vendaient leurs oeufs, mais ce n’est plus ainsi maintenant. Tout cela est fini, tout est détruit.” Interview du Père Clement Taulam, île de Lihir, 2000.

“La mer arrive tout près et vient parmi les arbres. Deux fois ces dernières années des baleines sont mortes sur nos plages. C’est vraiment bizarre, ça n’était jamais arrivé. Les gens ne comprennent pas et se demandent si c’est à cause des déchets.” Jacklyn Membup, ancien travailleur minier et résident local.

© siman divecha,mpi

Dans l’île de Lihir, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les montagnes jaillissent de la mer en pente raide, et la côte est bordée de récifs coralliens. Les Lihiriens sont un peuple matriarcal et pacifique, et lorsqu’ils se retrouvent devant un conflit ils peignent leur visage à la boue ou au charbon et offrent à l’offenseur une plante de ‘gorgor’ pour symboliser leur désir de jouer cartes sur table. Traditionnellement, les biens et les services sont librement échangés entre les insulaires, et aucun argent ne change de mains. Or, depuis qu’une filiale de Rio Tinto y a ouvert une mine d’or énorme et polluante, les masques de boue et les ‘gorgors’ sont devenus plus fréquents, et la vente a remplacé le troc.

La mine d’or de Lihir, qui fonctionne depuis 1997, est une mine à ciel ouvert située à l’intérieur d’un volcan éteint. L’or est extrait du roc avec du cyanure, et les déchets, constitués par des particules de roche broyée, des solutions résiduelles, du cyanure et d’autres métaux toxiques, sont jetés directement dans la mer au moyen d’un tuyau sous-marin. La mine va produire environ 84 millions de tonnes de résidus et 300 millions de tonnes de déchets rocheux au cours de ses dix-sept années d’activité. L’or brut qu’elle produit est exporté et transformé en bijouterie.

La société nord-américaine Overseas Private Investment Corporation avait refusé d’appuyer le projet. Néanmoins, à l’époque de la construction les financiers étaient la Banque mondiale, deux sociétés de crédit à l’exportation, et la Banque européenne d’investissement. La justification donnée par le groupe de la Banque mondiale pour soutenir le projet était qu’il allait apporter au pays des recettes d’exportation susceptibles de bénéficier la population de la Papouasie- Nouvelle-Guinée. Or, le gouvernement de ce pays est l’un des plus corrompus du monde.

un gâchis environnemental et social

La mine a eu des conséquences importantes pour la société, en raison surtout de l’arrivée massive de travailleurs migrants. La population de l’île de Lihir est passée de 6 000 habitants avant l’ouverture de la mine, à plus de 11 000 en 2001. Avant cette opération, l’île était relativement isolée du reste de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et ne comptait que quelques routes et une petite piste d’atterrissage. Aujourd’hui, elle possède un grand aéroport et un périphérique construit conjointement par la société minière et le gouvernement. Par ailleurs, la plupart des propriétaires terriens ont abandonné leur agriculture vivrière traditionnelle, et leurs enfants ont perdu tout intérêt pour cette activité.

La visite des installations effectuée en avril 2003 dans le cadre de l’évaluation des industries extractives de la Banque mondiale (en anglais EIR) n’a pas été très réussie. D’après l’EIR, “L’équipe a dépensé un temps limité à chaque endroit, et n’a pas été en mesure d’interviewer des membres indépendants des communautés, à part quelques-uns qui avaient été choisis par les principales entreprises. Avant la visite, l’équipe disposait de très peu d’informations au sujet des principaux problèmes environnementaux et sociaux [...]”. Néanmoins, le rapport de l’EIR a pu conclure que “les tensions sociales sont prédominantes dans l’île, où des conflits sérieux éclatent parfois entre les riches et les pauvres. La consommation d’alcool a sensiblement augmenté dans la communauté, provoquant une augmentation des délits liés à l’alcoolisme, et d’autres problèmes tels que la multiplication des divorces et la rupture des liens de parenté traditionnels.”

Il est vrai que de nouvelles écoles, des hôpitaux, des moyens de transport, des logements et des plans de développement des ressources humaines ont fait leur apparition. Mais Lihir est devenue un excellent exemple de dépendance de l’industrie: la communauté ne compte que sur la mine comme pourvoyeur des services publics essentiels, et ce lien sera brisé lorsque la mine aura fermé. Malheureusement, il est peu probable que le gouvernement prenne le relais et s’occupe de ces communautés si éloignées.

L’évacuation sous-marine des déchets de la mine aura sans doute des impacts de longue durée sur l’écologie du littoral. La compagnie a déjà reconnu que la décharge dans l’océan est en train d’étouffer des organismes qui habitent les fonds sous-marins. Les insulaires trouvent moins de coquillages et davantage de poissons morts, et se plaignent de démangeaisons. En fait, le déversement de déchets de mine dans l’océan est interdit dans beaucoup de pays, en application de la Convention de Londres sur les dépotoirs marins, dont la Papouasie-Nouvelle-Guinée est l’un des signataires.

Les Lihiriens réclament davantage d’information sur ce qui se passe dans l’île, et veulent une évaluation indépendante des impacts des déchets sur les pêcheries et la mer. La Banque mondiale fait actuellement pression sur le gouvernement du pays pour qu’il change radicalement son code minier. Cela devrait permettre que les habitants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée disent ce qu’ils en pensent, et que leurs demandes soient prises en compte.

 

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