quadruple pontage
le gazoduc ouest-africain
“Nous prions Dieu en ce matin de fête
pour qu’on ne découvre point de pétrole
dans nos communautés. Seigneur, laissez le
pétrole qui est sous nos maisons et sous
nos fermes s’écouler loin de nous.
Seigneur, épargnez-nous les peines et les
infortunes et les maladies que le pétrole
apporteà notre peuple, à nos fermes et à
nos rivières. Seigneur, protégez-nous
contre de nouveaux malheurs aux mains de
ceux qui veulent nos propriétés. Amen.”
Paroles d’un pasteur à une
assemblée de fidèles dans le Delta du
Niger, au Nigeria.
 |
|
Fumée d’un oléoduc
en feu depuis trois semaines. Les
oléoducs de la région, qui serpententà
travers les villages, prennent souvent
feu en raison du mauvais entretien et
du vandalisme |
La dévastation environnementale et
humaine causée par les puissantes sociétés
pétrolières multinationales dans le Delta
du Niger n’est un secret pour personne. Des
communautés démunies coexistent avec des
torchères de gaz hautes d’un étage qui
ressemblent à des fournaises, comme des
cheminées qui lanceraient des flammes
géantes. Des pipelines s’entrecroisent dans
les environs, crevant et explosant. Les
gens subissent une pollution permanente de
l’air et de l’eau, ainsi que le passage
d’innombrables poids lourds et camions
citernes. Ces communautés, qui vivent au
milieu de la saleté du pétrole et en
souffrent les conséquences néfastes pour la
santé, traversent pourtant des périodes où
il n’y a pas de gaz disponible, parce que
le pays manque de capacité de
raffinage.
un gazoduc qui traîne en longueur
Il faut remonter 21 ans dans le temps
pour retrouver la genèse du Projet de
gazoduc d’Afrique de l’Ouest. A ce
moment-là, la Communauté des Etats
d’Afrique de l’Ouest l’avait proposé comme
une de ses principales politiques
économiques. Une étude de faisabilité
commandée par la Banque mondiale établit,
il y a déjà 11 ans, qu’un pipeline pour
conduire le gaz naturel du Nigeria jusqu’au
Ghana, en passant par le Bénin et le Togo,
était viable du point de vue commercial.
Pourtant, ce n’est que maintenant, lorsque
les travaux sont en cours, que le
consortium de sociétés pétrolières et la
Banque mondiale ont décidé de “consulter”
les communautés locales qui supporteront
les impacts de ce gazoduc de 1033
kilomètres.
Les quatre pays concernés ont déjà signé
un accord intergouvernemental sur
l’adaption de leurs lois respectives. Le
consortium pétrolier – constitué par
Chevron, Shell, la Compagnie nationale du
pétrole nigérian, la Compagnie nationale du
pétrole du Ghana, la Société Béninoise de
Gaz et la Société Togolaise de Gaz – a déjà
passé tous les accords et contrats
nécessaires, et s’apprête à compléter le
projet d’ici 2005.
Ni l’information disponible, ni les
rencontres avec la Banque mondiale et
Chevron, n’ont permis de répondre aux
questions sur l’utilisation du gaz. Les
rares communautés qui ont entendu parler du
PGAO ont l’impression que le gaz sera
utilisé dans leur pays, mais il a été
affirmé que les consommateurs finals seront
les sociétés minières d’or du Ghana.
L’administration Bush a vanté ce projet
de 400 millions de dollars comme l’un de
ceux qui aideront l’Afrique de l’Ouest à
remplacer, dans un avenir proche,
l’instable Moyen-Orient comme principal
fournisseur de pétrole et de gaz.
Or, le PGAO pose d’innombrables
problèmes. Les sociétés du consortium ont
un passé inquiétant en ce qui concerne les
droits de l’homme. D’autre part, les
détails du projet sont enveloppés de
financement banque mondiale | d’autres
contacts sont en cours mystère. En mars
2000, Environmental Rights Action / Amis de
la Terre Nigeria a organisé une
consultation des communautés, où étaient
présents des experts et les médias du
Nigeria, du Ghana et du Togo. Des
représentants de Chevron et de la Compagnie
nationale du pétrole nigérian y étaient
invités mais ne s’y sont pas rendus.
les impacts sur l’environnement
D’après les chiffres de la Banque
mondiale pour 1995, le Nigeria brûle plus
de gaz que n’importe quel pays du monde. Au
niveau local, la combustion en torchère
provoque des pluies acides, qui contribuent
à la diminution du rendement des récoltes,
corrodent les structures et ont des effets
nocifs sur la santé tels que des troubles
respiratoires. A l’échelon mondial, la
combustion en torchère contribue au
changement climatique en raison de
l’émission continuelle de dioxyde de
carbone, de méthane et d’autres gaz à effet
de serre.
Le gazoduc va traverser des zones
humides fragiles et des écosystèmes de
mangrove qui vont certainement pâtir d’une
telle intrusion, avec des conséquences
négatives pour la subsistance des
habitants. Les Amis de la Terre d’Afrique
et d’ailleurs ont estimé que c’étaient là
des raisons suffisantes pour exhorter la
Banque mondiale à ne pas appuyer ce projet
tant que les craintes des communautés
locales et une potentielle dévastation de
l’environnement n’auront pas été dûment
prises en compte.
développements
récents
Le gazoduc ouestafricain traîné devant les
tribunaux nigérians
pour plus d’information
adressez-vous à
:
Pipe Dreams, Amis de la Terre Nigeria,
Oilwatch et Amis de la Terre Etats-Unis:
foe@foe.org
Amis de la Terre Nigeria:
www.eraction.org/
Oilwatch:
www.oilwatch.org
Centre d’information sur la Banque (BIC):
www.bicusa.org/africa/pppwgap.htm