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“Je me demande quand la Banque mondiale va commencerà comprendre que ses politiques ne fonctionnent pas dans cette région. Elle devrait cesser de se mêler de nos affaires, avant que les choses n’échappent à tout contrôle.” Evo Morales, leader contestataire bolivien et candidat à la présidence en 2002, parlant un mois après les soulèvements d’octobre 2003 contre les plans d’exportation de gaz du gouvernement. La Banque mondiale a joué un rôle majeur dans l’ouverture du pays à l’investissement étranger, et les IFI y ont directement financé plusieurs pipelines.

Depuis les années 80, les organisations environnementalistes et les communautés directement atteintes ont abondamment démontré, preuves à l’appui, que les institutions financières internationales étaient en train de financer des catastrophes dans le secteur industriel un peu partout au monde. Analyses et témoignages ont prouvé que, à l’encontre de leurs mandats et malgré leurs déclarations, les investissements des IFI dans les combustibles fossiles et l’industrie minière ont eu des effets dévastateurs sur les gens et l’environnement.

Les membres des communautés établies à proximité des projets pétroliers, gaziers et miniers comprennent depuis plusieurs années qu’ils se retrouvent confrontés à des menaces de ce genre. Ils se sont donc rassemblés pour coopérer avec les organisations non gouvernementales internationales, lesquelles ont à leur tour contribué à les stimuler en leur facilitant l’accès à l’information, en leur fournissant des lieux de rencontre et en coordonnant des activités et des campagnes. Cette coopération internationale a permis d’exercer une pression considérable sur les gouvernements et les IFI pour les pousser à reconsidérer leur soutien des industries extractives. Les résultats de l’action conjointe des personnes atteintes par l’exploitation minière et les organisations militantes sont déjà visibles: la reconnaissance des impacts nuisibles des opérations pétrolières, gazières et minières est croissante dans le monde entier.

A titre d’exemple, vers la mi-août 2000 la République tchèque a amendé la loi nationale sur la géologie. Le nouveau texte légal interdit l’utilisation de la lixiviation par tas au cyanure dans l’extraction d’or. Les Amis de la Terre de la République tchèque ont décrit l’adoption de cet amendement comme “le coup de grâce pour les mines d’or” dans le pays. Des interdictions semblables sont intervenues en Allemagne et dans l’état nord-américain de Montana. Les Philippines, l’état nord-américain de Wisconsin, une province d’Equateur et le Costa Rica ont tous prohibé les mines à ciel ouvert. Dans le cas du Costa Rica, cette prohibition a été le résultat d’une campagne de huit années menée par de nombreuses communautés et associations, dont les Amis de la Terre.

Une autre victoire encourageante remportée grâce à la pression publique a été la décision de la Banque mondiale, en octobre 2002, de se retirer d’une mine d’or très controversée en Roumanie. La SFI a annoncé qu’elle n’allait pas financer la mine de Rosia Montana, après une série de confrontations très dures avec les Amis de la Terre International et les habitants de la région qui s’opposaient à ce projet (voir étude de cas en page 20).

Même les IFI commencent à s’inquiéter. En septembre 2000, en réponse aux critiques croissantes à l’égard du soutien des projets pétroliers, gaziers et miniers, et après une interpellation publique des Amis de la Terre International au président Richard Navarro lors de sa réunion annuelle, la Banque mondiale a lancé une évaluation des industries extractives (EIR) pour décider si elle devait participer dans ces secteurs à l’avenir. Le rapport publié par le conseil de révision identifie de nombreux domaines problématiques dans les industries extractives, et recommande à la Banque de se désengager progressivement des projets houillers et pétroliers, d’interdire certaines techniques d’extraction dangereuses, et d’exiger dans tous les cas le consentement préalable et bien informé des communautés et des peuples autochtones concernés. Du moment que les institutions financières internationales donnent aux projets qu’elles financent la sécurité financière et la légitimité, leur retrait des secteurs pétrolier, minier et gazier serait un signal d’alerte pour les autres investisseurs. L’essentiel du message est que les industries extractives ne peuvent pas être considérées comme un investissement solide, et que leurs opérations destructrices ne satisfont pas les conditions requises pour bénéficier du financement public. Il existe de nombreux projets alternatifs, bien plus durables, proposés par les communautés du monde entier.

Dans le but de contribuer à la transition vers des sociétés équitables et durables, les Amis de la Terre International recommandent aux institutions financières internationales de prendre les mesures suivantes:

1. Les IFI devraient établir un plan visant à éliminer progressivement les investissements dans les secteurs extractifs, y compris les prêts destinés à l’ajustement structurel.

2. Dans l’immédiat, les IFI devraient définir certaines zones comme interdites, et n’appuyer aucun projet pétrolier, minier ou gazier dans leurs limites. Cette mesure concernerait par exemple les aires protégées, les territoires des peuples autochtones et les aires de conflit armé. De même, les IFI devraient immédiatement bannir les technologies dangereuses, y compris la décharge de déchets miniers dans les rivières et les océans, et l’utilisation de cyanure.

3. Les IFI devraient consacrer leurs investissements actuels dans les industries extractives à financer la fermeture des mines, à aider les travailleurs de l’industrie minière à trouver un autre travail, à restaurer les communautés et les écosystèmes dégradés, et à assurer le relais vers des projets d’énergie renouvelable.

4. Toutes les parties concernées – les IFI, les gouvernements, les défenseurs de l’industrie, les experts juridiques, les scientifiques, les ONG et les communautés atteintes – devraient coopérer à réparer les dégâts causés par les projets passés. Tous ceux qui ont contribué de manière significative aux dommages devraient être appelés à rendre des comptes. Les experts juridiques, les scientifiques et les ONG devraient aider les communautés atteintes à évaluer les dommages environnementaux et sociaux qu’elles ont subis.

5. Les gouvernements devraient destiner leur aide financière aux initiatives locales et participatives susceptibles d’avantager réellement les gens et l’environnement et soutenir, par exemple, la transition vers une production d’énergie renouvelable, efficace et décentralisée.

 

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