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Des femmes
effeuillent du maïs à Luang Prabang,
Laos. |
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Introduction
Pour beaucoup d’entre nous, il serait
impensable de vivre un seul jour sans le
confort que les carburants fossiles, les
métaux et les minéraux nous procurent.
Presque tout ce que nous faisons ou
utilisons est lié au pétrole, au gaz ou aux
minéraux: les maisons, la nourriture, les
boissons, les vêtements, les casseroles,
les couteaux, les plats, les crayons, les
stylos, le papier, le plastique, le verre,
les voitures, les trains, les avions, les
armes, les balles, les ordinateurs, les
téléphones, les téléviseurs, les
réfrigérateurs, les congélateurs,
l’équipement des usines, les outils
agricoles, les aiguilles, le fil, les
cure-dents... La liste est
interminable.
La production et la consommation de ces
articles ont un coût très élevé. Le confort
qu’ils fournissent et leur disponibilité à
bas prix, que beaucoup considèrent comme la
chose la plus naturelle, d’autres les ont
payés très cher. Au nom du développement,
les institutions financières
internationales (IFI)1 utilisent l’argent
des contribuables pour soutenir
l’exploitation du pétrole, du gaz et des
ressources minérales.
Les institutions financières
internationales ont contraint les
gouvernements des pays pauvres à ouvrir
leurs portes au financement étranger des
industries extractives, et elles ont
directement canalisé des milliards de
dollars vers de grandes sociétés
transnationales pour financer la
construction de plateformes de forage,
d’oléoducs et de grandes mines. Ainsi,
tandis que la dette extérieure continue
d’augmenter et que les bénéfices du
développement de base restent encore à se
matérialiser, le charbon, le pétrole, le
gaz et les minéraux quittent ces pays. Ce
modèle de développement fondé sur
l’exportation a été dévastateur pour les
communautés locales ; par suite de son
application, la pauvreté monte en flèche et
les écosystèmes sont ravagés. Les
principales bénéficiaires de cet
arrangement bancal sont les entreprises,
qui ramassent des profits à la pelle. Il
semble paradoxal que beaucoup de pays
riches en ressources naturelles soient plus
pauvres en termes monétaires que des pays
moins bien lotis dans ce doma ne. C’est
que, en effet, les pays peu développés mais
aux ressources abondantes sont forcés
d’aliéner leurs richesses naturelles et de
subir les effets adverses des industries
extractives. Ces pays deviennent ainsi de
simples pourvoyeurs de main d’oeuvre et de
matières premières bon marché, et trouvent
rarement l’occasion d’y ajouter de la
valeur pour créer des revenus qui
resteraient chez eux. L’intervention des
IFI dans ces pays n’a pas conduit à
atténuer la pauvreté ni à augmenter les
chances des gens d’obtenir des moyens de
subsistance durables. Bien au contraire,
l’investissement dans les industries
extractives a démoli les bases des
ressources naturelles dont dépend la survie
des êtres humains.
Pourtant, les institutions financières
internationales sont mandatées pour réussir
exactement l’inverse. Leur mission est de
soulager la pauvreté et de contribuer au
développement durable. Les gouvernements
donateurs qui dirigent l’investissement de
ces institutions se sont tous engagés à
éradiquer la pauvreté. L’évidence est
écrasante que le financement de projets
pétroliers, miniers et gaziers ne va
absolument pas dans cette direction.
Tout en reconnaissant que l’extraction
et la consommation de pétrole, de gaz et de
minéraux ne peut pas se terminer du jour au
lendemain, les Amis de la Terre
International se sentent obligés de mettre
en question les modèles actuels de
production et de consommation, et leurs
rapports avec les besoins réels du monde.
Par exemple, environ 84% de l’or que l’on
extrait à l’heure actuelle sont transformés
en bijoux.2 Les Amis de la Terre
International sont persuadés que seul un
changement radical de nos modèles de
consommation permettra l’existence de
sociétés durables du point de vue
environnemental et équitables du point de
vue social. Partout dans le monde, les
communautés s’élèvent contre le pillage de
leurs ressources et l’absence de bénéfices
pour elles. Ainsi, l’île de Bougainville au
Pacifique a subi une guerre atroce qui a
décimé sa population, autour d’une mine
d’or sous contrôle étranger. Plus récemment
encore, beaucoup de Boliviens sont morts au
cours d’émeutes populaires contre
l’exportation des rés ves gazières du pays.
Face aux énormes conséquences négatives des
projets pétroliers, gaziers et miniers, les
Amis de la Terre International affirment
que les fonds publics ne devraient pas
soutenir les intérêts des industries
extractives mais financer uniquement des
projets bénéficiant de façon claire et
immédiate les personnes marginalisées. Nous
demandons donc que les prêts des IFI pour
des projets et des programmes d’extraction
pétrolière, gazière et minière soient
graduellement supprimés. Les IFI devraient
d’ailleurs assumer leur part de
responsabilité dans l’héritage qu’elles ont
laissé derrière elles dans la planète, par
la réhabilitation d’aires dégradées, le
paiement de compensations aux communautés
lésées, et l’assistance transitoire aux
travailleurs après la fermeture des
projets.
Les Amis de la Terre International
proposent enfin que les fonds prévus pour
le développement durable soient destinés au
financement d’initiatives décentralisées et
participatives, telles que les sources
d’énergie renouvelable, qui soient
réellement avantageuses pour les gens et
l’environnement, et qui permettent
l’avènement de sociétés soutenables.