la dissidence étouffée
la loi minière colombienne
“A cause des menaces de mort et de
la disparition de mon frère, nous avons été
forcés d e quitter notre parcelle, et
d’abandonner tout ce que nous avions
construit le long des années. Rien ne m’est
resté, sauf le chagrin et la tristesse
d’avoir perdu ma famille.”
Elvia Quiroga. Son frère Edgar est
l’un des dirigeants des travailleurs des
mines disparus par centaines ces dernières
années en Colombie
corporations: anglo-american
(royaume-uni, afrique du sud), bhp billiton
(australie), plusieurs autres societies
minières
Les projets miniers
compromettent la subsistance des peuples
autochtones U’wa de la Colombie.© terence
freitas, project underground
.Début novembre 2003, les dirigeants du
syndicat colombien des travailleurs des
mines ont demandé l’aide mondiale. La
Banque mondiale, les multinationales
minières et le gouvernement d’Alvaro Uribe
Vélez avaient ordonné la liquidation
complète du secteur minier de l’Etat,
donnant ainsi carte blanche aux entreprises
pour qu’elles s’emparent des ressources
naturelles du pays. Les travailleurs des
mines s’opposent farouchement à cette
décision, qui rend encore plus dangereuse
leur situation déjà vulnérable.
L’industrie minière a transformé
radicalement la société colombienne. Avant
la colonisation, les communautés indigènes
utilisaient les minéraux avec parcimonie,
dans les ceremonies religieuses, la guerre
et la médecine. Au cours de l’invasion
espagnole du début du XIXe siècle, les
minéraux et les métaux furent pillés,
fondus et exportés en Europe. Cette
exploitation déclencha la décimation des
populations autochtones dans les régions
minières.
Depuis l’entrée en scène des
institutions financières internationales
dans les années 90, l’exploitation des
ressources naturelles s’est intensifiée. En
1995, la Banque mondiale a imposé
l’adoption, en Colombie et dans d’autres
pays de la région, d’une nouvelle
législation sur les mines. Les lois
colombiennes ont été rédigées par la même
firme engagée par Santa Fe, la société
pétrolière propriété du président de
l’époque, M. Pastrana. Les nouvelles lois
ont cimenté la privatisation des organismes
de réglementation étatiques, changé la
definition de “propriété” des ressources
naturelles, accordé aux entreprises privées
le contrôle de l’environnement, accru la
flexibilité du travail et transféré
l’arbitrage des conflits à des tribunaux
siégeant à l’extérieur du pays.
la dissidence
Ces changements ont été suivis d’une
augmentation alarmante des demandes de
concessions minières. Ils ont également
conduit à l’accélération de la
paupérisation dans les régions minières du
pays, provoqué en partie par la
distribution inégale des royalties – d’à
peine 0,4% – que les compagnies minières
sont obligées de payer à l’Etat.
En 2003, la Banque mondiale a ordonné au
président Uribe Vélez de vendre la
compagnie minière nationale, MINERCOL.
Cette privatisation va définitivement
abolir le peu de pouvoir qui reste aux
mains des organizations sociales pour
essayer d’éviter les contrats miniers
dangereux. Désormais, le sort des
travailleurs colombiens des mines dépendra
donc uniquement des multinationales, don’t
beaucoup ont gravement noirci l’histoire
des droits de l’homme.
la violation des
droits
Les interventions minières en Colombie se
sont accompagnées de graves violations des
droits économiques, sociaux, culturels et
humains, et les changements prônés par la
Banque mondiale ont approfondi la misère
des habitants des regions minières. D’après
les études de la Contraloría General de la
República concernant l’exclusion sociale,
‘le taux de misère’ dans les zones minières
est maintenant de 64%, tandis que le taux
de chômage atteint, dans certaines d’entre
elles, environ 50%.
La situation des droits de l’homme en
Colombie est une des plus mauvaises du
monde. Suivant Amnesty International, 90%
des violations des ces droits en Colombie
se produisent dans les districts pétroliers
et miniers. Dans ces régions, il y a eu 433
massacres au cours de 8 années. Dans les
six départements miniers, le nombre des
homicides a augmenté de plus de 450% depuis
1995. Les travailleurs des mines figurent
parmi les principales victimes: 42% des
violations des droits des travailleurs sont
commises dans le secteur minier où, en
moyenne, un leader syndical est assassiné
chaque mois.
Les syndicats des ouvriers des mines
colombiennes demandent que le gouvernement
cesse de tolérer les atteintes aux droits
de l’homme et la violence militaire contre
des populations non armées, des
travailleurs et des dirigeants syndicaux,
sur lesquelles il ferme les yeux dans son
empressement de frayer la voie aux sociétés
minières étrangères. Ces sociétés, qui
incluent Anglo American et BHP Billiton,
doivent en outré arrêter immédiatement les
agressions et les opérations qui sabotent
la souveraineté et la viabilité du pays.
Finalement, les syndicates demandent que la
Banque mondiale n’interfère plus dans la
législation nationale et entreprenne en
revanche de réparer les impacts négatifs de
ses politiques sur le peuple colombien.
pour plus d’information visitez le site
des Amis de la Terre Colombie:
www.censat.org