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  numero 107 link
janvier 2005   

 

paraguay: la privatisation de l’aquifère guarani

Le bassin hydrographique Cuenca del Plata, qui s’étend sur une vaste région allant du Brésil, la Bolivie et le Paraguay jusqu’en Argentine et en Uruguay, est le deuxième de l’Amérique latine par ses dimensions. Il inclut également le Pantanal, l’écosystème de zones humides tropicales le plus large du monde. L’un dans l’autre, le bassin du Plata contient 30 % de l’eau douce de la planète.

Le système d’eaux souterraines de l’aquifère Guarani couvre 1,2 million de kilomètres carrés en Amérique du Sud (dont 70 % au Brésil, 19 % en Argentine, 6 % au Paraguay et 5 % en Uruguay). Il est capable de fournir l’eau nécessaire pour satisfaire les besoins de 360 millions de personnes.

Compte tenu des besoins d’eau actuels – pour la consommation humaine, l’agriculture et l’industrie – et de la demande projetée, il n’est peut-être pas surprenant que cette immense réserve d’eau douce commence a attirer l’attention de nombreuses organisations, dont l’Organisation des États américains, la Banque mondiale et plusieurs agences de coopération internationale.

La distribution et la gestion de l’eau ont toujours été des services publics dans la région. Néanmoins, le cadre juridique est en train de subir des modifications structurelles de manière à permettre l’introduction d’entreprises privées de distribution d’eau. Au Paraguay, à cette menace de privatisation s’ajoutent la dégradation et le mauvais usage des réserves d’eau. Les activités minières et le développement de l’agriculture industrielle, en particulier dans le cas des plantations de soja, ont accéléré l’expropriation des ressources naturelles, la destruction de la biodiversité et la contamination de l’eau. Les gouvernements de la région contribuent à cette destruction en poussant à la transformation d’environ 3 400 kilomètres du système fluvial régional Paraguay-Paraná en une énorme voie navigable, dénommée Hidrovía, visant surtout à baisser les coûts de l’exportation du soja.

Devant la perspective que les bassins versants, les fleuves et les aquifères soient dévastés, de nombreux groupes de la société civile du Paraguay mènent des recherches et des campagnes sur les causes sous-jacentes de ces problèmes. Leur travail inclut la surveillance des opérations, politiques, stratégies et projets des institutions financières internationales (IFI), qui proposent comme solution la formation de partenariats entre les secteurs public et privé. Or, ces propositions sont en général tout à fait inappropriées: elles sont imaginées par le personnel de ces institutions dans leurs sièges de l’hémisphère Nord, sans aucune connaissance véritable des besoins des personnes qui habitent la zone en question. La principale caractéristique de ces partenariats est qu’ils poussent à la concentration des ressources publiques entre des mains privées.

Il faut signaler en outre que les activités les plus encouragées par les IFI sont celles qui exigent les plus grands volumes d’eau, les plus dangereuses donc pour la qualité de l’aquifère. La déforestation massive en faveur des monocultures est en train de diminuer la capacité d’infiltration des zones de reconstitution de l’aquifère: autrement dit, elle réduit la capacité du sol à absorber de l’eau. Simultanément, les produits fortement toxiques (pesticides, herbicides et engrais) utilisés dans les grandes plantations de produits d’exportation commencent eux aussi à polluer le réservoir. De surcroît, des IFI telles que la Banque interaméricaine de Développement (BID) et la Corporation andine de Développement (CAF) soutiennent des plans de développement industriel qui incluent de grands projets d’infrastructure tels que des couloirs routiers, des voies navigables commerciales et de grands barrages. Leur objectif est de créer une nouvelle région industrielle qui soit compétitive au plan international. Pourtant, ces développements viendraient polluer encore davantage l’aquifère et réduire l’efficacité de ses zones de reconstitution.

D’ailleurs, un développement industriel de ces dimensions conspirerait directement contre toute tentative d’introduire des objectifs axés sur la conservation et visant à protéger les écosystèmes qui assurent la reconstitution de l’aquifère tout en préservant sa pureté. Les dangers inhérents à tout processus de privatisation s’aggraveraient, du fait que les IFI concernées se détourneraient de la conservation de l’aquifère dès qu’elle entraverait le développement industriel.

Sobrevivencia / Amis de la Terre Paraguay travaille à sensibiliser à ce sujet les communautés locales et les autorités. L’organisation vise les législateurs nationaux et locaux et les accords régionaux promus par la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de Développement. Sobrevivencia travaille aussi au niveau local pour renforcer la capacité de gestion de l’eau des population, en mettant à profit d’autres exemples de bonne gestion communautaire et de restauration des bassins versants et des systèmes aquifères. Parmi ses activités figurent aussi la proposition d’options de rechange à l’agriculture industrielle et la poursuite de politiques favorisant la santé humaine et celle des écosystèmes, la sécurité alimentaire et l’augmentation de la participation à la prise de décisions.

informations supplémentaires
Sobrevivencia / Amigos de la Tierra

lectures complémentaires

International Rivers Network
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