paraguay: la privatisation de
l’aquifère guarani
Le bassin hydrographique Cuenca del
Plata, qui s’étend sur une vaste région
allant du Brésil, la Bolivie et le Paraguay
jusqu’en Argentine et en Uruguay, est le
deuxième de l’Amérique latine par ses
dimensions. Il inclut également le
Pantanal, l’écosystème de zones humides
tropicales le plus large du monde. L’un
dans l’autre, le bassin du Plata contient
30 % de l’eau douce de la planète.
Le système d’eaux souterraines de
l’aquifère Guarani couvre 1,2 million de
kilomètres carrés en Amérique du Sud (dont
70 % au Brésil, 19 % en Argentine, 6 % au
Paraguay et 5 % en Uruguay). Il est capable
de fournir l’eau nécessaire pour satisfaire
les besoins de 360 millions de
personnes.
Compte tenu des besoins d’eau actuels –
pour la consommation humaine, l’agriculture
et l’industrie – et de la demande projetée,
il n’est peut-être pas surprenant que cette
immense réserve d’eau douce commence a
attirer l’attention de nombreuses
organisations, dont l’Organisation des
États américains, la Banque mondiale et
plusieurs agences de coopération
internationale.
La distribution et la gestion de l’eau
ont toujours été des services publics dans
la région. Néanmoins, le cadre juridique
est en train de subir des modifications
structurelles de manière à permettre
l’introduction d’entreprises privées de
distribution d’eau. Au Paraguay, à cette
menace de privatisation s’ajoutent la
dégradation et le mauvais usage des
réserves d’eau. Les activités minières et
le développement de l’agriculture
industrielle, en particulier dans le cas
des plantations de soja, ont accéléré
l’expropriation des ressources naturelles,
la destruction de la biodiversité et la
contamination de l’eau. Les gouvernements
de la région contribuent à cette
destruction en poussant à la transformation
d’environ 3 400 kilomètres du système
fluvial régional Paraguay-Paraná en une
énorme voie navigable, dénommée Hidrovía,
visant surtout à baisser les coûts de
l’exportation du soja.
Devant la perspective que les bassins
versants, les fleuves et les aquifères
soient dévastés, de nombreux groupes de la
société civile du Paraguay mènent des
recherches et des campagnes sur les causes
sous-jacentes de ces problèmes. Leur
travail inclut la surveillance des
opérations, politiques, stratégies et
projets des institutions financières
internationales (IFI), qui proposent comme
solution la formation de partenariats entre
les secteurs public et privé. Or, ces
propositions sont en général tout à fait
inappropriées: elles sont imaginées par le
personnel de ces institutions dans leurs
sièges de l’hémisphère Nord, sans aucune
connaissance véritable des besoins des
personnes qui habitent la zone en question.
La principale caractéristique de ces
partenariats est qu’ils poussent à la
concentration des ressources publiques
entre des mains privées.
Il faut signaler en outre que les
activités les plus encouragées par les IFI
sont celles qui exigent les plus grands
volumes d’eau, les plus dangereuses donc
pour la qualité de l’aquifère. La
déforestation massive en faveur des
monocultures est en train de diminuer la
capacité d’infiltration des zones de
reconstitution de l’aquifère: autrement
dit, elle réduit la capacité du sol à
absorber de l’eau. Simultanément, les
produits fortement toxiques (pesticides,
herbicides et engrais) utilisés dans les
grandes plantations de produits
d’exportation commencent eux aussi à
polluer le réservoir. De surcroît, des IFI
telles que la Banque interaméricaine de
Développement (BID) et la Corporation
andine de Développement (CAF) soutiennent
des plans de développement industriel qui
incluent de grands projets d’infrastructure
tels que des couloirs routiers, des voies
navigables commerciales et de grands
barrages. Leur objectif est de créer une
nouvelle région industrielle qui soit
compétitive au plan international.
Pourtant, ces développements viendraient
polluer encore davantage l’aquifère et
réduire l’efficacité de ses zones de
reconstitution.
D’ailleurs, un développement industriel
de ces dimensions conspirerait directement
contre toute tentative d’introduire des
objectifs axés sur la conservation et
visant à protéger les écosystèmes qui
assurent la reconstitution de l’aquifère
tout en préservant sa pureté. Les dangers
inhérents à tout processus de privatisation
s’aggraveraient, du fait que les IFI
concernées se détourneraient de la
conservation de l’aquifère dès qu’elle
entraverait le développement
industriel.
Sobrevivencia / Amis de la Terre
Paraguay travaille à sensibiliser à ce
sujet les communautés locales et les
autorités. L’organisation vise les
législateurs nationaux et locaux et les
accords régionaux promus par la Banque
mondiale et la Banque interaméricaine de
Développement. Sobrevivencia travaille
aussi au niveau local pour renforcer la
capacité de gestion de l’eau des
population, en mettant à profit d’autres
exemples de bonne gestion communautaire et
de restauration des bassins versants et des
systèmes aquifères. Parmi ses activités
figurent aussi la proposition d’options de
rechange à l’agriculture industrielle et la
poursuite de politiques favorisant la santé
humaine et celle des écosystèmes, la
sécurité alimentaire et l’augmentation de
la participation à la prise de
décisions.
informations
supplémentaires
Sobrevivencia / Amigos de la Tierra
lectures complémentaires
International Rivers Network
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