l’eau, un droit de l’homme
L’humanité est parvenue à un carrefour et
des milliards de personnes se voient
confrontées à un sombre avenir où l’eau
sera rare. Sur les quatre milliards de cas
de diarrhée qu’il y a par an, 2,2 millions
de personnes meurent inutilement. Le
trachome a rendu aveugles six millions de
personnes. 200 millions de personnes sont
infectées de schistosomiase. Les vers
intestinaux affectent 10 % de la population
des pays en développement. Les maladies
d’origine hydrique évitables tuent chaque
année cinq millions de personnes, dont
quatre millions d’enfants. On estime
aujourd’hui que 1,2 milliards de personnes
ne disposent pas d’eau potable et que 2,4
milliards manquent d’installations
sanitaires appropriées.
Ces statistiques troublantes ne sont pas
irréversibles. On dispose de la technologie
et des ressources nécessaires pour enrayer
cette crise. Une fraction du trillion de
dollars que les gouvernements consacrent
par an à leur budget militaire suffirait à
dépasser largement les Objectifs de
Développement du Millénaire de l’ONU
touchant l’eau potable et les installations
sanitaires. A la différence de ce qui se
passe dans la guerre, l’investissement dans
ce domaine permettrait d’économiser environ
125 milliards de dollars par an sur les
dépenses médicales directes et les coûts
associés à la faible productivité
économique découlant des maladies évitables
liées à l’eau.
Malheureusement, la solution choisie par
les gouvernements ne se centre pas sur
l’augmentation des investissements publics.
Au contraire, les décideurs internationaux,
fortement influencés par le secteur privé,
facilitent l’augmentation de
l’investissement et de la gestion privés
pour sortir de la crise. L’Union
européenne, par exemple, essaie de
reclasser l’eau à l’intérieur de l’Accord
général sur le commerce des services de
l’OMC (le GATS), pour qu’elle soit définie
comme un service qui peut être acheté et
vendu. Les Institutions financières
internationales font de même lorsqu’elles
posent la privatisation de l’eau comme
condition des nouveaux prêts et de
l’allègement de la dette des pays en
développement.
De leur côté, les entreprises impliquées
dans la gestion et la distribution de l’eau
n’ont pas été à la hauteur des expectatives
des gouvernements. Les exemples de leurs
délits se multiplient: pots-de-vin,
augmentations exorbitantes du prix de l’eau
pour les plus démunis, interruption du
service et sous-investissement en
infrastructures, en distribution et en
qualité, voilà autant de fautes graves dont
les entreprises doivent répondre.
De nombreuses campagnes populaires sont
menées au monde entier contre la
privatisation de l’eau, plusieurs d’entre
elles organisées par les groupes des Amis
de la Terre. Néanmoins, cette lutte a
besoin d’un appui constant dans des pays
tels que l’Uruguay, les Philippines,
l’Afrique du Sud et la Bolivie.
Le Conseil des Canadiens, affilié à
Friends of the Earth International, a lancé
le Projet Planète Bleue, un effort
international pour protéger l’eau douce du
monde contre les menaces grandissantes du
commerce et de la privatisation. Au coeur
du projet se trouve l’initiative d’un
traité pour le partage et la protection de
l’eau en tant que patrimoine mondial,
quelque chose que nous possédons en commun,
un élément trop précieux pour l’exposer à
la convoitise privée et l’étaler sur la
place du marché mondial anonyme. Nous, nos
communautés et nos représentants avons
l’obligation de chercher des solutions
différentes et meilleures que celles qui
menacent notre planète et nos droits
humains fondamentaux.
L’accès à l’eau est un droit de l’homme.
Il faut le reconnaître pour en assurer un
partage équitable, à présent et à l’avenir.
Or, la privatisation compromet la
possibilité des gens de disposer d’eau
propre. Les Amis de la Terre n’accepteront
pas qu’ils soient privés du droit à cette
ressource essentielle à la vie.
informations
complémentaires
Projet Planète Bleue: