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  numero 107 link
janvier 2005   

 

l’eau, un droit de l’homme

L’humanité est parvenue à un carrefour et des milliards de personnes se voient confrontées à un sombre avenir où l’eau sera rare. Sur les quatre milliards de cas de diarrhée qu’il y a par an, 2,2 millions de personnes meurent inutilement. Le trachome a rendu aveugles six millions de personnes. 200 millions de personnes sont infectées de schistosomiase. Les vers intestinaux affectent 10 % de la population des pays en développement. Les maladies d’origine hydrique évitables tuent chaque année cinq millions de personnes, dont quatre millions d’enfants. On estime aujourd’hui que 1,2 milliards de personnes ne disposent pas d’eau potable et que 2,4 milliards manquent d’installations sanitaires appropriées.

Ces statistiques troublantes ne sont pas irréversibles. On dispose de la technologie et des ressources nécessaires pour enrayer cette crise. Une fraction du trillion de dollars que les gouvernements consacrent par an à leur budget militaire suffirait à dépasser largement les Objectifs de Développement du Millénaire de l’ONU touchant l’eau potable et les installations sanitaires. A la différence de ce qui se passe dans la guerre, l’investissement dans ce domaine permettrait d’économiser environ 125 milliards de dollars par an sur les dépenses médicales directes et les coûts associés à la faible productivité économique découlant des maladies évitables liées à l’eau.

Malheureusement, la solution choisie par les gouvernements ne se centre pas sur l’augmentation des investissements publics. Au contraire, les décideurs internationaux, fortement influencés par le secteur privé, facilitent l’augmentation de l’investissement et de la gestion privés pour sortir de la crise. L’Union européenne, par exemple, essaie de reclasser l’eau à l’intérieur de l’Accord général sur le commerce des services de l’OMC (le GATS), pour qu’elle soit définie comme un service qui peut être acheté et vendu. Les Institutions financières internationales font de même lorsqu’elles posent la privatisation de l’eau comme condition des nouveaux prêts et de l’allègement de la dette des pays en développement.

De leur côté, les entreprises impliquées dans la gestion et la distribution de l’eau n’ont pas été à la hauteur des expectatives des gouvernements. Les exemples de leurs délits se multiplient: pots-de-vin, augmentations exorbitantes du prix de l’eau pour les plus démunis, interruption du service et sous-investissement en infrastructures, en distribution et en qualité, voilà autant de fautes graves dont les entreprises doivent répondre.

De nombreuses campagnes populaires sont menées au monde entier contre la privatisation de l’eau, plusieurs d’entre elles organisées par les groupes des Amis de la Terre. Néanmoins, cette lutte a besoin d’un appui constant dans des pays tels que l’Uruguay, les Philippines, l’Afrique du Sud et la Bolivie.

Le Conseil des Canadiens, affilié à Friends of the Earth International, a lancé le Projet Planète Bleue, un effort international pour protéger l’eau douce du monde contre les menaces grandissantes du commerce et de la privatisation. Au coeur du projet se trouve l’initiative d’un traité pour le partage et la protection de l’eau en tant que patrimoine mondial, quelque chose que nous possédons en commun, un élément trop précieux pour l’exposer à la convoitise privée et l’étaler sur la place du marché mondial anonyme. Nous, nos communautés et nos représentants avons l’obligation de chercher des solutions différentes et meilleures que celles qui menacent notre planète et nos droits humains fondamentaux.

L’accès à l’eau est un droit de l’homme. Il faut le reconnaître pour en assurer un partage équitable, à présent et à l’avenir. Or, la privatisation compromet la possibilité des gens de disposer d’eau propre. Les Amis de la Terre n’accepteront pas qu’ils soient privés du droit à cette ressource essentielle à la vie.

informations complémentaires
Projet Planète Bleue:

 

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