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  numero 107 link
janvier 2005   

 

l’accès à l’eau bloqué par le financement public

“Il y a quelques années seulement, la privatisation était présentée comme la panacée qui allait rajeunir les industries d’infrastructure léthargiques et gaspilleuses et revitaliser les économies stagnantes. Aujourd’hui, la privatisation est autrement perçue, et souvent de manière critique. Le scepticisme et la franche hostilité à l’égard de la privatisation ne sont pas l’apanage d’une poignée de contestataires radicaux.” Ioannis N. Kessides, économiste à la Banque mondiale, juin 2004

Les institutions internationales telles que la Banque mondiale ont été au centre de l’avancée des entreprises pour la commercialisation et la privatisation des ressources naturelles et des services qui y sont associés. De ce fait, ces ressources sont de plus en plus difficiles à obtenir. L’eau est sans doute en tête de liste.

La Banque mondiale, le Fonds monétaire international et plusieurs banques régionales se sont démenés pour promouvoir la privatisation de l’eau dans les pays les plus démunis et endettés, où les effets négatifs d’une telle politique se font sentir avec le plus de force. La privatisation a lieu à tous les niveaux, du captage à la distribution.

Les conditions des prêts et le soutien financier direct des Institutions financières internationales (IFI) favorisent l’utilisation industrielle des réserves d’eau. Les mines d’or, grandes consommatrices d’eau, et les grands barrages hydroélectriques destructeurs, sont des exemples d’investissements de ce genre. L’utilisation industrielle et la contamination de grandes quantités d’eau douce mettent en danger les réserves d’eau pour les communautés locales. Les peuples indigènes et les femmes en sont les plus désavantagés, puisque ce sont eux qui dépendent le plus de la disponibilité d’eau pour leur subsistance et leurs activités.

De surcroît, les banques et le FMI insistent régulièrement sur la privatisation des services d’eau comme condition préalable à leurs prêts et au soulagement de la dette. La Banque mondiale argumente dans son site sur la toile que, dans les pays en développement, “le secteur privé, sous contrat avec le secteur public, a souvent mieux réussi” que le secteur public à assurer un service fiable d’approvisionnement d’eau. La stratégie de la Banque mondiale pour le développement du secteur privé (avril 2002) désigne explicitement les services publics comme des secteurs ‘de pointe’ pour l’investissement privé. Le rapport de cette année du Panel mondial sur le financement des infrastructures de l’eau, présidé par l’ancien directeur général du FMI, Michel Camdessus, exhorte les IFI à augmenter les garanties et les subsides publics pour les entreprises privées investissant dans les infrastructures et la distribution de l’eau.

L’approche des banques régionales est semblable. La Banque asiatique de Développement (BAsD), tout en considérant l’eau comme un bien économique ‘vital pour la société’, vante les vertus de la participation du secteur privé. Elle affirme que l’eau devrait être utilisée par ceux qui peuvent la payer, pour ce qu’elle appelle ‘des usages de grande valeur’. En outre, la BAsD soutient l’établissement de marchés pour le transfert des droits sur l’eau.

Les politiques, les programmes et les projets des IFI mettent en danger le droit des gens à l’eau. Dans cette publication, les études de cas sur les Philippines, l’Indonésie, le Ghana, la Bolivie et l’Uruguay montrent que, moyennant la participation des IFI, on enlève l’eau à la population. Il est inadmissible que les plus démunis doivent finir par acheter de l’eau en bouteilles à des vendeurs ambulants, lorsqu’ils y sont forcés par le manque d’installations d’adduction. A Manille, la privatisation de l’eau prônée par la BAsD a provoqué une augmentation des prix de 500 %, des fuites permanentes, une disponibilité d’eau potable insuffisante et une épidémie de choléra [voir l’étude de cas ci-dessus]. Dans les zones rurales, la politique de la BAsD sur le transfert des droits sur l’eau a poussé les agriculteurs asiatiques à vendre leurs droits à l’eau pour d’autres usages plus productifs. Des situations de ce genre ont des répercussions sur les moyens de vie et la sécurité alimentaire de la population.

Le dossier contre la privatisation de l’eau est de plus en plus épais. Tous les cas successifs montrent que les promesses de meilleure efficacité ne sont pas tenues. L’eau devient inabordable pour de plus en plus de personnes: sa distribution et sa qualité ne se sont guère améliorées, et les réserves en diminuent rapidement. Cette situation est intolérable. Les gens commencent à réagir et à réclamer pour eux le contrôle de leurs ressources hydriques. Le refus de la privatisation de l’eau à Cochabamba, en Bolivie, est maintenant célèbre. A l’origine, la Banque mondiale avait insisté sur la privatisation de la distribution de l’eau comme condition pour recevoir un prêt de 25 millions de dollars. La Banque avait précisé qu’il fallait utiliser ‘un système de facturation approprié’ et ‘ne pas octroyer de subsides pour amortir l’augmentation des tarifs’. Ainsi, des familles qui gagnaient environ 100 dollars par mois devaient dépenser 20 dollars en eau. Rien d’étonnant alors que les habitants de Cochabamba soient descendus dans les rues pour chasser du pays l’entreprise en question (Bechtel). Le gouvernement a accepté de mettre en place, en collaboration avec les organisations populaires, les syndicats et les agriculteurs, un nouveau service public, différent et transparent, qui bénéficie d’un degré de participation et d’un sens de la propriété élevés.

Craignant de se retrouver confrontée à un problème de relations publiques de plus en plus grave, la Banque mondiale utilise de moins en moins le mot privatisation dans ses déclarations et documents publics. Il importe de signaler que dans un rapport publié en juin 2004, un économiste de la Banque affirme que la privatisation des infrastructures a été ‘trop vantée et mal comprise’. Le rapport signale en outre que le succès de la privatisation varie beaucoup d’un secteur à l’autre, et que la distribution d’eau est l’un des secteurs ‘les plus problématiques’.

De toute évidence, la privatisation de l’eau, combinée avec l’ouverture des marchés de l’eau qui sont sur le point d’être ‘captés’ par les négociations de l’OMC sur les services, ne bénéficie que les transnationales basées au Nord, telles que Thames Water, RWE, Suez et Veolia Environnement. Ces sociétés s’apprêtent à accéder à de nombreux nouveaux marchés de par le monde.

FoEI s’oppose à l’idée que l’eau n’est qu’un produit commercialisable. L’eau est indispensable à la vie et à la subsistance de l’homme, comme elle est vitale pour l’équilibre écologique de notre planète. Le droit de toute personne “à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille”, consacré par l’ONU en 1948 dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, doit inclure l’accès à l’eau parce que, sans eau, la vie n’est pas possible. C’est la raison pour laquelle FoEI appelle les banques internationales, mandatées pour atténuer la pauvreté au moyen du développement durable, à placer le droit des peuples à l’eau à l’avant-garde de leurs activités.

informations complémentaires
www.ifiwatchnet.org

www.foei.org/ifi

www.waterjustice.org

www.wateractivist.org

 

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