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  numero 107 link
janvier 2005   

 

les uruguayens unis contre le bradage de l’eau

En Uruguay, la compagnie étatique des eaux, OSE, a toujours fourni de l’eau salubre et abordable à plus de 90 % des 3,5 millions d’habitants du pays. Récemment, cette ressource essentielle a été menacée de privatisation par des entreprises multinationales. Or, l’expérience montre que ces sociétés fonctionnent généralement sans participation publique et dans le seul intérêt de leurs actionnaires, qu’elles sont connues pour leur mauvaise gestion et qu’elles ne garantissent de respecter aucune obligation éventuelle à l’égard de à la protection des ressources hydriques. Mais le 31 octobre 2004, le peuple uruguayen a remporté une victoire pour la justice sociale, lorsqu’il a voté l’inclusion du droit à l’eau dans la Constitution du pays, jetant ainsi les bases de la gestion publique, participative et durable de cette ressource.

la privatisation de l’eau en uruguay

En 1992, l’opposition de la société avait empêché le gouvernement de procéder à la vente massive de l’eau. Néanmoins, le gouvernement a réussi graduellement, au cours de la décennie suivante, à mettre la distribution de l’eau entre des mains privées dès que l’occasion se présentait. Alors que la compagnie des eaux étatique, OSE, a eu peu de problèmes le long de son histoire, les compagnies privées ne cessent pas de fournir un service irrégulier et de mauvaise qualité qui laisse beaucoup de personnes sans eau. La promesse de la privatisation, fondée sur l’idée que les entreprises disposent de l’expertise et des ressources nécessaires pour gérer l’eau avec efficacité, ne s’est pas matérialisée.

Nulle part en Uruguay cette promesse de la privatisation n’a été moins tenue que dans le très touristique département de Maldonado. En 1998, malgré la forte opposition du syndicat d’OSE et de la population de Maldonado, le gouvernement a accordé une concession privée à la société Aguas de la Costa, subsidiaire locale du géant français SUEZ, pour qu’elle assure la distribution de l’eau à quelque 2 500 usagers du département. Depuis ce transfert, les consommateurs ont dû payer des tarifs dix fois plus élevés qu’auparavant et n’ont reçu en échange que des tuyaux crevés, de l’eau malodorante et imbuvable et un faible niveau des réservoirs provoqué par la mauvaise gestion. Puisque ces projets à but lucratif impliquent normalement que personne ne peut avoir de l’eau gratis, l’entreprise a enlevé les fontaines publiques dont dépendaient des centaines de personnes démunies.

Néanmoins, cela n’a pas détourné le gouvernement de son intention de privatisation. En 2000, il a accordé un contrat de 30 ans pour la distribution d’eau à Uragua S.A., subsidiaire de l’entreprise publique espagnole Aguas de Bilbao. L’entreprise devait fournir l’eau à la région occidentale de Maldonado, qui est la plus touristique et la plus densément peuplée. Moins d’un an plus tard, la négligence de l’entreprise provoquait la rupture d’un tuyau et laissait sans eau pendant quatre jours la ville de Piriapolis. D’autre part, l’entreprise avait laissé déborder les déchets liquides, ce qui avait pollué l’eau qui était déversée dans un port. Dans une ville, les propres laboratoires étatiques ont dû recommander, à deux reprises, de faire bouillir l’eau avant de la boire: partout dans la région les usagers se plaignaient que l’eau laissait des résidus et des taches brunâtres dans les éviers et les toilettes. Et pourtant, les citoyens de Maldonado étaient ceux qui payaient les tarifs les plus élevés du pays.

En 2003, le gouvernement ne pouvait plus ne pas voir la réalité. Il a donc annoncé qu’il allait mettre fin au contrat d’Uragua et que le service serait fourni par OSE une fois de plus. C’était une grande victoire, mais qui n’a pas encore dépassé le stade des promesses. L’entreprise opère toujours et elle a même fait des bénéfices juteux durant la saison touristique 2004.

“L’eau oui, le vol non”, est la devise de la Ligue pour la Promotion de Manantiales, l’une des organisations de citoyens de Maldonado qui protestent contre les prix élevés et le manque d’accès à l’eau sous gestion privée. Dans la localité de San Antonio III, la communauté s’est opposée avec succès à l’élimination de la fontaine publique. L’entreprise a dû la laisser telle quelle et se charge maintenant de son entretien. Cependant, le gouvernement local doit lui payer ce service.

l’eau est un droit de l’homme euruguay !

L’intervention politique la plus forte en faveur de la privatisation a été celle du Fonds monétaire international (FMI). Au milieu de l’année 2002, au moment le plus dramatique de la crise économique de l’Uruguay, le FMI a demandé au gouvernement de déréglementer et de privatiser plusieurs secteurs de l’économie dirigés par l’État. Les autorités ont alors signé une lettre d’intention acceptant de réduire le contrôle gouvernemental du secteur de l’eau en faveur de nouveaux investisseurs privés.

Lorsque “l’accord” passé entre le gouvernement uruguayen et le FMI a été annoncé, plusieurs organisations sociales se sont unies pour arrêter la privatisation du secteur de l’eau. La Commission nationale pour la Défense de l’Eau et de la Vie, une coalition de syndicalistes, d’écologistes, d’étudiants, de décideurs et de gens de tous les horizons a dit NON à la vente des ressources hydriques à des sociétés transnationales. Dans un processus démocratique, cette coalition a présenté un projet de réforme de la constitution du pays établissant que l’accès à l’eau propre et salubre était un droit fondamental de l’homme. Malgré la forte opposition et les pressions des compagnies des eaux privées, en une journée devenue historique plus de 60 % des électeurs de l’Uruguay ont voté en faveur de la réforme proposée. Cette décision interdit d’allouer à des entreprises privées des concessions sur l’eau et sert de base à l’établissement de mécanismes de gestion participative impliquant les populations locales et visant à préserver l’eau pour les générations à venir.

informations complémentaires
Amigos de la Tierra - Uruguay
Federación F. OSE (syndicat des fonctionnaires
de la compagnie des eaux étatique)

Radio Mundo Real

 

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