les uruguayens unis contre le bradage
de l’eau
En
Uruguay, la compagnie étatique des eaux,
OSE, a toujours fourni de l’eau salubre et
abordable à plus de 90 % des 3,5 millions
d’habitants du pays. Récemment, cette
ressource essentielle a été menacée de
privatisation par des entreprises
multinationales. Or, l’expérience montre
que ces sociétés fonctionnent généralement
sans participation publique et dans le seul
intérêt de leurs actionnaires, qu’elles
sont connues pour leur mauvaise gestion et
qu’elles ne garantissent de respecter
aucune obligation éventuelle à l’égard de à
la protection des ressources hydriques.
Mais le 31 octobre 2004, le peuple
uruguayen a remporté une victoire pour la
justice sociale, lorsqu’il a voté
l’inclusion du droit à l’eau dans la
Constitution du pays, jetant ainsi les
bases de la gestion publique, participative
et durable de cette ressource.
la privatisation de l’eau en
uruguay
En 1992, l’opposition de la société
avait empêché le gouvernement de procéder à
la vente massive de l’eau. Néanmoins, le
gouvernement a réussi graduellement, au
cours de la décennie suivante, à mettre la
distribution de l’eau entre des mains
privées dès que l’occasion se présentait.
Alors que la compagnie des eaux étatique,
OSE, a eu peu de problèmes le long de son
histoire, les compagnies privées ne cessent
pas de fournir un service irrégulier et de
mauvaise qualité qui laisse beaucoup de
personnes sans eau. La promesse de la
privatisation, fondée sur l’idée que les
entreprises disposent de l’expertise et des
ressources nécessaires pour gérer l’eau
avec efficacité, ne s’est pas
matérialisée.
Nulle part en Uruguay cette promesse de
la privatisation n’a été moins tenue que
dans le très touristique département de
Maldonado. En 1998, malgré la forte
opposition du syndicat d’OSE et de la
population de Maldonado, le gouvernement a
accordé une concession privée à la société
Aguas de la Costa, subsidiaire locale du
géant français SUEZ, pour qu’elle assure la
distribution de l’eau à quelque 2 500
usagers du département. Depuis ce
transfert, les consommateurs ont dû payer
des tarifs dix fois plus élevés
qu’auparavant et n’ont reçu en échange que
des tuyaux crevés, de l’eau malodorante et
imbuvable et un faible niveau des
réservoirs provoqué par la mauvaise
gestion. Puisque ces projets à but lucratif
impliquent normalement que personne ne peut
avoir de l’eau gratis, l’entreprise a
enlevé les fontaines publiques dont
dépendaient des centaines de personnes
démunies.
Néanmoins, cela n’a pas détourné le
gouvernement de son intention de
privatisation. En 2000, il a accordé un
contrat de 30 ans pour la distribution
d’eau à Uragua S.A., subsidiaire de
l’entreprise publique espagnole Aguas de
Bilbao. L’entreprise devait fournir l’eau à
la région occidentale de Maldonado, qui est
la plus touristique et la plus densément
peuplée. Moins d’un an plus tard, la
négligence de l’entreprise provoquait la
rupture d’un tuyau et laissait sans eau
pendant quatre jours la ville de
Piriapolis. D’autre part, l’entreprise
avait laissé déborder les déchets liquides,
ce qui avait pollué l’eau qui était
déversée dans un port. Dans une ville, les
propres laboratoires étatiques ont dû
recommander, à deux reprises, de faire
bouillir l’eau avant de la boire: partout
dans la région les usagers se plaignaient
que l’eau laissait des résidus et des
taches brunâtres dans les éviers et les
toilettes. Et pourtant, les citoyens de
Maldonado étaient ceux qui payaient les
tarifs les plus élevés du pays.
En 2003, le gouvernement ne pouvait plus
ne pas voir la réalité. Il a donc annoncé
qu’il allait mettre fin au contrat d’Uragua
et que le service serait fourni par OSE une
fois de plus. C’était une grande victoire,
mais qui n’a pas encore dépassé le stade
des promesses. L’entreprise opère toujours
et elle a même fait des bénéfices juteux
durant la saison touristique 2004.
“L’eau oui, le vol non”, est la devise
de la Ligue pour la Promotion de
Manantiales, l’une des organisations de
citoyens de Maldonado qui protestent contre
les prix élevés et le manque d’accès à
l’eau sous gestion privée. Dans la localité
de San Antonio III, la communauté s’est
opposée avec succès à l’élimination de la
fontaine publique. L’entreprise a dû la
laisser telle quelle et se charge
maintenant de son entretien. Cependant, le
gouvernement local doit lui payer ce
service.
l’eau est un droit de l’homme euruguay
!
L’intervention politique la plus forte
en faveur de la privatisation a été celle
du Fonds monétaire international (FMI). Au
milieu de l’année 2002, au moment le plus
dramatique de la crise économique de
l’Uruguay, le FMI a demandé au gouvernement
de déréglementer et de privatiser plusieurs
secteurs de l’économie dirigés par l’État.
Les autorités ont alors signé une lettre
d’intention acceptant de réduire le
contrôle gouvernemental du secteur de l’eau
en faveur de nouveaux investisseurs
privés.
Lorsque “l’accord” passé entre le
gouvernement uruguayen et le FMI a été
annoncé, plusieurs organisations sociales
se sont unies pour arrêter la privatisation
du secteur de l’eau. La Commission
nationale pour la Défense de l’Eau et de la
Vie, une coalition de syndicalistes,
d’écologistes, d’étudiants, de décideurs et
de gens de tous les horizons a dit NON à la
vente des ressources hydriques à des
sociétés transnationales. Dans un processus
démocratique, cette coalition a présenté un
projet de réforme de la constitution du
pays établissant que l’accès à l’eau propre
et salubre était un droit fondamental de
l’homme. Malgré la forte opposition et les
pressions des compagnies des eaux privées,
en une journée devenue historique plus de
60 % des électeurs de l’Uruguay ont voté en
faveur de la réforme proposée. Cette
décision interdit d’allouer à des
entreprises privées des concessions sur
l’eau et sert de base à l’établissement de
mécanismes de gestion participative
impliquant les populations locales et
visant à préserver l’eau pour les
générations à venir.
informations
complémentaires
Amigos de la Tierra - Uruguay
Federación F. OSE (syndicat
des fonctionnaires
de la compagnie des eaux étatique)
Radio Mundo Real