australie: privatisation des forêts et
des plantations à victoria
Les
politiques néolibérales favorables à la
privatisation des biens publics ont été à
la mode en Australie au cours des deux
dernières décennies. Il est rare que la
population en général en ait tiré des
bénéfices dignes de ce nom, pour ce qui est
des résultats dans les domaines de
l’environnement et de la conservation. A
maintes reprises, l’industrie a essayé
d’éviter toute analyse critique de ses
opérations, en alternant les tactiques
dissuasives et les relations publiques pour
atténuer les désastres. Le cas de la
privatisation et la vente de 180 000
hectares de plantations préalablement
contrôlées par le gouvernement en est un
exemple.
la naissance de la victorian plantation
corporation
Dans les années 1990, le gouvernement de
l’état de Victoria a “renoncé” à contrôler
les plantations étatiques et créé la
Victorian Plantation Corporation (VPC).
Cette société bénéficiait d’une législation
particulière mais était soumise également à
la Loi sur les Entreprises étatiques de
1992.
Au départ, la VPC contrôlait environ 170
000 hectares dans l’ensemble de la
province, comprenant aussi bien des
plantations d’arbres de divers genres que
des forêts anciennes et des forêts
tempérées froides. La législation régissant
la VPC lui permettait de supprimer les
forêts: le bail à perpétuité autorise en
outre la récolte de bois et l’établissement
de plantations sur ces terres.
des codes inapplicables
La réforme du Code de Pratique
forestière du Victoria, effectuée dans les
années 1990, a elle aussi bénéficié la VPC.
En effet, cette réforme visait à rendre le
code très difficile à appliquer, dans le
but surtout d’apaiser Amcor (devenue
PaperlinX), une entreprise papetière qui
avait des plantations mais aussi d’autres
terres dans les régions de Strzelecki et de
Gippsland, en Victoria.
Le Code ne peut être appliqué que s’il
existe un conseil fort, décidé à exiger la
mise en oeuvre des principes
environnementaux: autrement, il faut
s’adresser au Tribunal civil et
administratif de Victoria. Or, dans ce
dernier cas, la procédure est trop chère
pour les groupes communautaires. En fait,
la mise en oeuvre du Code dépend surtout
des accords volontaires passés entre
l’industrie et les autorités. De temps en
temps, ces accords prévoient la pleine
participation de la population, lorsque
cela arrange l’entreprise. Mais lorsque les
intérêts économiques de cette dernière sont
en jeu, son humeur change du tout au
tout.
En raison des modifications introduites
en 1993 au Programme de Planification de
l’État, ce n’était plus à l’État mais aux
conseils locaux de faire appliquer le Code
de Pratique forestière dans le cas des
terres privées, tâche difficile s’il en
est, en raison de leur manque de
ressources. Une victoire légale remportée
par FoE en 1995, concernant la coupe dans
des terres privées situées dans un bassin
de captation, a révélé que le conseil local
ne se réunissait pas depuis 10 ans ! En
outre, la Loi sur la Protection de la Flore
et de la Faune (FFG), qui est censée
sauvegarder les espèces et les communautés
en danger dans toute la province, ne
s’applique pas aux terres privées.
les impacts des plantations
forestières
En 1997, les gens des lieux ont
découvert que la VPC avait étendu ses
plantations de conifères en défrichant des
forêts anciennes de grande valeur pour la
conservation, ainsi que les zones tampon de
la forêt tempérée froide. La coupe d’arbres
qui n’appartenaient pas aux plantations,
déguisée en coupe de plantation, a provoqué
la colère des résidents: elle compte parmi
les catalyseurs qui ont poussé la
population à surveiller la région de
Strzeleckis.
Il a été constaté que les défrichages
passés avaient complètement éliminé le
couvert végétal originel de cette
biorégion. Seuls 2 % de la végétation
indigène subsistaient, et ce dans les
réserves protégées. Une bonne partie des
plantations de conifères de la VPC dans les
Strzeleckis contenaient encore des restes
de forêt tempérée froide, un écosystème à
l’avenir incertain dans le continent
australien. Ce type de forêt nécessite de
larges zones tampon de forêt d’eucalyptus
qui les protègent des incendies et qui
minimisent les effets des arbres qui
tombent, car ceux-ci peuvent blesser les
hêtres permettant à l’agent pathogène de la
flétrissure du hêtre, qui vit dans l’air et
dans l’eau, de pénétrer dans les arbres.
Cependant, les zones tampon ne sont pas
obligatoires pour les forêts tempérées
froides situées dans des terres
privées.
Dans certaines régions, les plantations
ont été établies jusqu’à la lisière des
bosquets de forêt naturelle, de sorte que,
lorsque la plantation est coupée, les
risques d’atteintes aux hêtres et de
propagation des spores de la maladie se
multiplient considérablement. D’autre part,
ces plantations sont vulnérables aux
tempêtes, qui peuvent faire tomber les
arbres restés sur pied.
hancock subventionné
En 1998, une subsidiaire de John Hancock
Financial Services, la Hancock Timber
Resource Group, a acheté les droits de
coupe sur les terres de la VPC, suivant les
termes d’un bail d’une durée de 99 ans.
L’État restait propriétaire des terres
mais, dans la pratique, elles appartenaient
à l’entreprise.
En 2001, Hancock a acheté les terres de
l’Australian Paper Plantations (APP),
situées en Victoria. Ainsi, la plupart de
la région nord de Strzeleckis qui n’était
pas sous le contrôle de la VPC est devenue
propriété de Hancock.
Grâce aux efforts des militants de la
région, Hancock a décidé de ne pas
exploiter les forêts indigènes situées dans
son territoire: néanmoins, ce moratoire
volontaire ne s’étendait pas aux
plantations d’arbres indigènes qui avaient
l’apparence de forêts de 30 à 40 ans.
En 2000, Hancock a annoncé son intention
de faire certifier par le Forest
Stewardship Council (FSC) les terres qui
avaient appartenu à la VPC. En 2004,
l’entreprise a reçu le certificat en
question, le premier à être délivré en
Australie. Pourtant, les défenseurs des
forêts attendent toujours de voir
l’amélioration de la gestion et des
rapports avec la population que la
certification du FSC est censée
garantir.
Il est important de signaler que la
privatisation des plantations de Victoria
signifie dans la pratique que l’acheteur
n’a pas à payer l’eau que ces plantations
consomment. Or, les plantations de Hancock
doivent utiliser près de 1,3 million de
litres d’eau par an: sur 99 années, cela
représente une subvention de plusieurs
milliards de dollars sous forme d’eau, dans
le continent le plus sec de la planète. La
plupart de la province subit la sécheresse
depuis 1992 et il est prévu que la
pluviosité diminuera de 30 % par an en
raison de l’effet de serre.
En quelques mots, la privatisation a eu
pour conséquence une diminution de la
responsabilité et du contrôle législatif,
une réduction de la participation populaire
à la prise de décisions et une restriction
de l’information divulguée sur les biens,
le volume de bois abattu et les termes des
contrats avec les entreprises.
informations
complémentaires
Friends of the Earth Melbourne.
Friends of Gippsland
Bush.
Hancock Watch