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  numero 107 link
janvier 2005   

 

australie: privatisation des forêts et des plantations à victoria

Les politiques néolibérales favorables à la privatisation des biens publics ont été à la mode en Australie au cours des deux dernières décennies. Il est rare que la population en général en ait tiré des bénéfices dignes de ce nom, pour ce qui est des résultats dans les domaines de l’environnement et de la conservation. A maintes reprises, l’industrie a essayé d’éviter toute analyse critique de ses opérations, en alternant les tactiques dissuasives et les relations publiques pour atténuer les désastres. Le cas de la privatisation et la vente de 180 000 hectares de plantations préalablement contrôlées par le gouvernement en est un exemple.

la naissance de la victorian plantation corporation

Dans les années 1990, le gouvernement de l’état de Victoria a “renoncé” à contrôler les plantations étatiques et créé la Victorian Plantation Corporation (VPC). Cette société bénéficiait d’une législation particulière mais était soumise également à la Loi sur les Entreprises étatiques de 1992.

Au départ, la VPC contrôlait environ 170 000 hectares dans l’ensemble de la province, comprenant aussi bien des plantations d’arbres de divers genres que des forêts anciennes et des forêts tempérées froides. La législation régissant la VPC lui permettait de supprimer les forêts: le bail à perpétuité autorise en outre la récolte de bois et l’établissement de plantations sur ces terres.

des codes inapplicables

La réforme du Code de Pratique forestière du Victoria, effectuée dans les années 1990, a elle aussi bénéficié la VPC. En effet, cette réforme visait à rendre le code très difficile à appliquer, dans le but surtout d’apaiser Amcor (devenue PaperlinX), une entreprise papetière qui avait des plantations mais aussi d’autres terres dans les régions de Strzelecki et de Gippsland, en Victoria.

Le Code ne peut être appliqué que s’il existe un conseil fort, décidé à exiger la mise en oeuvre des principes environnementaux: autrement, il faut s’adresser au Tribunal civil et administratif de Victoria. Or, dans ce dernier cas, la procédure est trop chère pour les groupes communautaires. En fait, la mise en oeuvre du Code dépend surtout des accords volontaires passés entre l’industrie et les autorités. De temps en temps, ces accords prévoient la pleine participation de la population, lorsque cela arrange l’entreprise. Mais lorsque les intérêts économiques de cette dernière sont en jeu, son humeur change du tout au tout.

En raison des modifications introduites en 1993 au Programme de Planification de l’État, ce n’était plus à l’État mais aux conseils locaux de faire appliquer le Code de Pratique forestière dans le cas des terres privées, tâche difficile s’il en est, en raison de leur manque de ressources. Une victoire légale remportée par FoE en 1995, concernant la coupe dans des terres privées situées dans un bassin de captation, a révélé que le conseil local ne se réunissait pas depuis 10 ans ! En outre, la Loi sur la Protection de la Flore et de la Faune (FFG), qui est censée sauvegarder les espèces et les communautés en danger dans toute la province, ne s’applique pas aux terres privées.

les impacts des plantations forestières

En 1997, les gens des lieux ont découvert que la VPC avait étendu ses plantations de conifères en défrichant des forêts anciennes de grande valeur pour la conservation, ainsi que les zones tampon de la forêt tempérée froide. La coupe d’arbres qui n’appartenaient pas aux plantations, déguisée en coupe de plantation, a provoqué la colère des résidents: elle compte parmi les catalyseurs qui ont poussé la population à surveiller la région de Strzeleckis.

Il a été constaté que les défrichages passés avaient complètement éliminé le couvert végétal originel de cette biorégion. Seuls 2 % de la végétation indigène subsistaient, et ce dans les réserves protégées. Une bonne partie des plantations de conifères de la VPC dans les Strzeleckis contenaient encore des restes de forêt tempérée froide, un écosystème à l’avenir incertain dans le continent australien. Ce type de forêt nécessite de larges zones tampon de forêt d’eucalyptus qui les protègent des incendies et qui minimisent les effets des arbres qui tombent, car ceux-ci peuvent blesser les hêtres permettant à l’agent pathogène de la flétrissure du hêtre, qui vit dans l’air et dans l’eau, de pénétrer dans les arbres. Cependant, les zones tampon ne sont pas obligatoires pour les forêts tempérées froides situées dans des terres privées.

Dans certaines régions, les plantations ont été établies jusqu’à la lisière des bosquets de forêt naturelle, de sorte que, lorsque la plantation est coupée, les risques d’atteintes aux hêtres et de propagation des spores de la maladie se multiplient considérablement. D’autre part, ces plantations sont vulnérables aux tempêtes, qui peuvent faire tomber les arbres restés sur pied.

hancock subventionné

En 1998, une subsidiaire de John Hancock Financial Services, la Hancock Timber Resource Group, a acheté les droits de coupe sur les terres de la VPC, suivant les termes d’un bail d’une durée de 99 ans. L’État restait propriétaire des terres mais, dans la pratique, elles appartenaient à l’entreprise.

En 2001, Hancock a acheté les terres de l’Australian Paper Plantations (APP), situées en Victoria. Ainsi, la plupart de la région nord de Strzeleckis qui n’était pas sous le contrôle de la VPC est devenue propriété de Hancock.

Grâce aux efforts des militants de la région, Hancock a décidé de ne pas exploiter les forêts indigènes situées dans son territoire: néanmoins, ce moratoire volontaire ne s’étendait pas aux plantations d’arbres indigènes qui avaient l’apparence de forêts de 30 à 40 ans.

En 2000, Hancock a annoncé son intention de faire certifier par le Forest Stewardship Council (FSC) les terres qui avaient appartenu à la VPC. En 2004, l’entreprise a reçu le certificat en question, le premier à être délivré en Australie. Pourtant, les défenseurs des forêts attendent toujours de voir l’amélioration de la gestion et des rapports avec la population que la certification du FSC est censée garantir.

Il est important de signaler que la privatisation des plantations de Victoria signifie dans la pratique que l’acheteur n’a pas à payer l’eau que ces plantations consomment. Or, les plantations de Hancock doivent utiliser près de 1,3 million de litres d’eau par an: sur 99 années, cela représente une subvention de plusieurs milliards de dollars sous forme d’eau, dans le continent le plus sec de la planète. La plupart de la province subit la sécheresse depuis 1992 et il est prévu que la pluviosité diminuera de 30 % par an en raison de l’effet de serre.

En quelques mots, la privatisation a eu pour conséquence une diminution de la responsabilité et du contrôle législatif, une réduction de la participation populaire à la prise de décisions et une restriction de l’information divulguée sur les biens, le volume de bois abattu et les termes des contrats avec les entreprises.

informations complémentaires
Friends of the Earth Melbourne.
Friends of Gippsland
Bush. Hancock Watch

 

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