malaisie: la privatisation du parc
national du gunung mulu
Depuis son ouverture au public en 1985, le
Parc national du Gunung Mulu, au Sarawak,
attire des visiteurs en provenance du monde
entier. Les touristes viennent au parc
autant pour ses grottes immenses – où se
trouve la salle souterraine la plus grande
du monde – que pour son énorme richesse
animale et végétale. D’après les autorités
du parc, on peut y trouver en un seul
hectare plus d’espèces d’arbres que dans
toute l’Amérique du Nord. Mais si le
tourisme a apporté des avantages
économiques fortement appréciés, les
propriétaires originels de la région n’en
ont pas toujours bénéficié. D’autre part,
les efforts récents de privatisation de la
gestion du parc ont empiété sur les
quelques droits précédemment accordés par
le gouvernement aux habitants autochtones
de la région.
Bien avant l’arrivée du tourisme, la
région de Mulu était habitée par les
Berawan de Long Terawan et par les Penan
nomades, qui habitent maintenant à Batu
Bungan, à la lisière du parc. Au moment de
l’établissement du parc, la zone était
gérée par le ministère de la Faune et des
Parcs nationaux du Warawak, qui permettait
aux peuples indigènes de conserver certains
“privilèges” traditionnels, tels que le
droit de chasser le cerf et le sanglier, de
pêcher et de cueillir certaines espèces
végétales, le rotin par exemple, dans des
zone déterminées.
Lorsque le parc a été classé en 2000
Site du Patrimoine mondial par l’UNESCO, sa
gestion a été transférée à une entreprise
privée, Borsarmulu Park Management,
subsidiaire de Borsarmulu Resorts (BRSB),
qui est aussi propriétaire du Royal Mulu
Hotel & Resort. Les rapports entre le
gouvernement et cette entreprise sont
évidents, puisque les actionnaires de la
BRSB sont la Sarawak Economic Development
Corporation et la Kenyalang Cergas, une
entreprise privée dirigée par le frère et
la soeur du Ministre du Sarawak. D’autres
membres de la famille siègent au conseil de
direction de la BRSB.
Bien que de nombreux Berawan apprécient
les quelques avantages économiques qui leur
reviennent de l’exploitation du parc, leurs
droits et leur participation ont souvent
été tout à fait ignorés, en particulier
lorsque le gouvernement et les intérêts
privés se sont associés pour en tirer
profit.
L’exploitation du parc remonte à 1975,
lorsque le gouvernement a acheté à un
propriétaire autochtone un terrain de 20
acres, soi-disant pour y construire le
siège du parc. Or, cette construction ne
s’est jamais matérialisée: par contre, les
autorités ont octroyé ce terrain à la BRSB
pour y bâtir le Royal Mulu Hotel &
Resort. En 1993, l’entreprise a reçu encore
243 acres à titre de bail provisoire, pour
la deuxième étape de l’hôtel et d’autres
développements. Pourtant, à ce moment-là
plusieurs familles autochtones avaient
réclamé ces terres et certaines y avaient
déjà construit de petits logements pour
touristes. Il s’en est suivi une dispute
acharnée entre les Berawan et les
autorités, où le gouvernement a refusé
toute négociation, critiqué ouvertement les
Berawan qu’il a accusés de convoitise et
allégué qu’ils ne pouvaient pas prouver
leurs affirmations. Tout au long des années
1990, les Berawan ont organisé des
manifestations pacifiques que les autorités
ont réprimées avec la police et par des
menaces.
Ce combat se poursuit encore
aujourd’hui, le gouvernement étant décidé à
faire du Parc national de Mulu une
importante destination touristique. Les
Berawan déclarent que les terres allouées à
l’élargissement de l’aéroport de Mulu leur
appartiennent. Malgré leurs efforts pour
que les terres soient correctement
cartographiées et les titres formellement
transférés, le gouvernement n’a pas fait
droit aux réclamations, de sorte que les
propriétaires autochtones ont engagé un
avocat et demandé un arbitrage. L’affaire
est encore en instance.
En outre, le gouvernement n’a pas permis
aux Berawan de participer suffisamment aux
décisions concernant le contrôle, la
réglementation, la gestion et la mise en
oeuvre des développements entrepris à
proximité du parc, malgré le fait que ces
activités les affectent directement. De
même, les Berawan ont été écartés de
beaucoup d’opportunités économiques
découlant du tourisme dans la région, où
leur rôle est surtout celui de simples
travailleurs.
Pendant plus d’une décennie, les Berawan
ont réclamé au gouvernement:
-
la reconnaissance de leurs droits
fonciers:
-
la démarcation de leurs terres et la
délivrance de titres à tous les
propriétaires fonciers de la région de
Melinau:
-
la participation des Berawan à la
prise de décisions portant sur le
contrôle et la gestion des développements
proches du parc national de Mulu:
-
une participation équitable aux
bénéfices dérivés du développement
touristique et la possibilité de
contrôler les initiatives qui ont des
impacts sur leur patrimoine
culturel.
informations
complémentaires
Sahabat Alam
Malaysia/Friends of the Earth
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