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  numero 107 link
janvier 2005   

 

malaisie: la privatisation du parc national du gunung mulu

Depuis son ouverture au public en 1985, le Parc national du Gunung Mulu, au Sarawak, attire des visiteurs en provenance du monde entier. Les touristes viennent au parc autant pour ses grottes immenses – où se trouve la salle souterraine la plus grande du monde – que pour son énorme richesse animale et végétale. D’après les autorités du parc, on peut y trouver en un seul hectare plus d’espèces d’arbres que dans toute l’Amérique du Nord. Mais si le tourisme a apporté des avantages économiques fortement appréciés, les propriétaires originels de la région n’en ont pas toujours bénéficié. D’autre part, les efforts récents de privatisation de la gestion du parc ont empiété sur les quelques droits précédemment accordés par le gouvernement aux habitants autochtones de la région.

Bien avant l’arrivée du tourisme, la région de Mulu était habitée par les Berawan de Long Terawan et par les Penan nomades, qui habitent maintenant à Batu Bungan, à la lisière du parc. Au moment de l’établissement du parc, la zone était gérée par le ministère de la Faune et des Parcs nationaux du Warawak, qui permettait aux peuples indigènes de conserver certains “privilèges” traditionnels, tels que le droit de chasser le cerf et le sanglier, de pêcher et de cueillir certaines espèces végétales, le rotin par exemple, dans des zone déterminées.

Lorsque le parc a été classé en 2000 Site du Patrimoine mondial par l’UNESCO, sa gestion a été transférée à une entreprise privée, Borsarmulu Park Management, subsidiaire de Borsarmulu Resorts (BRSB), qui est aussi propriétaire du Royal Mulu Hotel & Resort. Les rapports entre le gouvernement et cette entreprise sont évidents, puisque les actionnaires de la BRSB sont la Sarawak Economic Development Corporation et la Kenyalang Cergas, une entreprise privée dirigée par le frère et la soeur du Ministre du Sarawak. D’autres membres de la famille siègent au conseil de direction de la BRSB.

Bien que de nombreux Berawan apprécient les quelques avantages économiques qui leur reviennent de l’exploitation du parc, leurs droits et leur participation ont souvent été tout à fait ignorés, en particulier lorsque le gouvernement et les intérêts privés se sont associés pour en tirer profit.

L’exploitation du parc remonte à 1975, lorsque le gouvernement a acheté à un propriétaire autochtone un terrain de 20 acres, soi-disant pour y construire le siège du parc. Or, cette construction ne s’est jamais matérialisée: par contre, les autorités ont octroyé ce terrain à la BRSB pour y bâtir le Royal Mulu Hotel & Resort. En 1993, l’entreprise a reçu encore 243 acres à titre de bail provisoire, pour la deuxième étape de l’hôtel et d’autres développements. Pourtant, à ce moment-là plusieurs familles autochtones avaient réclamé ces terres et certaines y avaient déjà construit de petits logements pour touristes. Il s’en est suivi une dispute acharnée entre les Berawan et les autorités, où le gouvernement a refusé toute négociation, critiqué ouvertement les Berawan qu’il a accusés de convoitise et allégué qu’ils ne pouvaient pas prouver leurs affirmations. Tout au long des années 1990, les Berawan ont organisé des manifestations pacifiques que les autorités ont réprimées avec la police et par des menaces.

Ce combat se poursuit encore aujourd’hui, le gouvernement étant décidé à faire du Parc national de Mulu une importante destination touristique. Les Berawan déclarent que les terres allouées à l’élargissement de l’aéroport de Mulu leur appartiennent. Malgré leurs efforts pour que les terres soient correctement cartographiées et les titres formellement transférés, le gouvernement n’a pas fait droit aux réclamations, de sorte que les propriétaires autochtones ont engagé un avocat et demandé un arbitrage. L’affaire est encore en instance.

En outre, le gouvernement n’a pas permis aux Berawan de participer suffisamment aux décisions concernant le contrôle, la réglementation, la gestion et la mise en oeuvre des développements entrepris à proximité du parc, malgré le fait que ces activités les affectent directement. De même, les Berawan ont été écartés de beaucoup d’opportunités économiques découlant du tourisme dans la région, où leur rôle est surtout celui de simples travailleurs.

Pendant plus d’une décennie, les Berawan ont réclamé au gouvernement:

  • la reconnaissance de leurs droits fonciers:
  • la démarcation de leurs terres et la délivrance de titres à tous les propriétaires fonciers de la région de Melinau:
  • la participation des Berawan à la prise de décisions portant sur le contrôle et la gestion des développements proches du parc national de Mulu:
  • une participation équitable aux bénéfices dérivés du développement touristique et la possibilité de contrôler les initiatives qui ont des impacts sur leur patrimoine culturel.

informations complémentaires
Sahabat Alam Malaysia/Friends of the Earth Malaysia

 

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