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  numero 107 link
janvier 2005   

 

swaziland: privatisation de la biodiversité et violation des droits humains

Le Swaziland est un royaume enclavé du sud de l’Afrique, situé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. Autrefois gouverné par le roi, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire, depuis 1973 le roi rassemble en lui les trois pouvoirs.

Les aires protégées représentent quatre pour cent du territoire. Les parcs nationaux sont gérés par la Commission de Gestion nationale, un organisme para-étatique créé en 1972. Certaines entreprises privées participent aussi à la gestion des parcs, BGP (Big Game Parks) étant le principal acteur commercial.

BGP est propriétaire de la Réserve de Faune de Mlilwane et de la Réserve naturelle de Mkhaya, et gestionnaire du Parc national Hlane, l’un des plus grands du pays. Ce parc, qui appartient à la nation swazi, est financé par la trésorerie nationale, mais BGP soumet directement au roi les rapports le concernant: du fait de l’implication supposée du roi, la gestion financière et la rentabilité du parc ne peuvent pas faire l’objet de débat parlementaire, contrairement à toutes les autres dépenses du pays.

En 1991, le Swaziland a adopté la Loi sur la Chasse dans le but d’enrayer le braconnage généralisé. Le pays a également signé et ratifié la Convention sur le Commerce des Espèces menacées (CITES). En 1998, l’administration de la Loi sur la Chasse et celle de la CITES ont été transférées du ministère aux bureaux du roi. BGP est responsable de ces deux instruments au nom du roi, et se charge en outre des questions administratives et scientifiques dans le cadre de la CITES.

la CITES privatisée

Malgré la possibilité évidente de conflit d’intérêts, BGP, acteur prépondérant de l’industrie de la faune à but lucratif, s’est vu confier l’administration d’un accord international souscrit par le Swaziland. Cet arrangement implique que la gestion de la faune du pays et l’autorité scientifique responsable vis-à-vis de la CITES résident dans un même organisme, situation tout à fait inappropriée pour assurer la transparence et la responsabilité, qui ne peuvent être garanties que par la séparation des rôles.

BGP n’étant obligée de rendre des comptes à personne, il est très difficile de vérifier si le Swaziland observe les normes de la CITES. Les dangers que comporte la situation ont été illustrés en 2002, lorsque BGP a exporté onze éléphants à un jardin zoologique des États- Unis, sous prétexte de remédier à la surpopulation de ces animaux. La décision a été prise dans le cadre de la CITES, et BGP a été en mesure non seulement de proposer l’exportation mais de l’approuver en tant que scientifiquement justifiée.

Lors de la COP 13 de la CITES, réunie en 2004, le Swaziland a proposé et obtenu de déclasser ses soixante et un rhinocéros blancs pour en autoriser la chasse aux trophées et l’exportation vers des destinations non précisées. Cette fois encore, la proposition était soutenue par BGP sans consultation des autres parties prenantes. Tout semble indiquer que c’était une décision d’ordre strictement commercial, favorable aux intérêts de l’entreprise.

une loi abusive

La Loi sur la Chasse accorde aux gardes-chasse d’amples pouvoirs, dont l’utilisation de la force dans l’accomplissement de leurs devoirs de protection de la faune, avec immunité en matière criminelle. En 1997, le propriétaire de BGP, son fils, sa fille et cinq autres employés de l’entreprise ont été nommés gardes-chasse, avec effet rétroactif à 1991. Cette nomination tombait à point, car le propriétaire de l’entreprise et ses gardes-chasse étaient accusés du meurtre d’un homme et de son frère en 1992, et le procès était encore en instance. Dès l’annonce de la nomination les poursuites ont été abandonnées.

BGP a utilisé son immunité et le nom du roi pour terroriser les communautés locales et intimider les fonctionnaires gouvernementaux qui osaient intervenir dans ses affaires. Des gens ont été tués ou estropiés, mais les coupables n’ont subi aucune poursuite. D’autres propriétaires agricoles se sont mis de la partie et infligent les mêmes traitements aux membres de la communauté. La population est soumise à des actes inhumains et à des tortures qui rappellent celles du régime de l’apartheid dans l’Afrique du Sud voisine.

Yonge Nawe, une ONG environnementale d’intérêt public du Swaziland, a essayé de mettre en lumière cette situation et lutte pour obtenir la dé-privatisation de la CITES dans le pays, ou que celui-ci soit radié de la convention. Ceci implique d’enlever aux entreprises privées l’administration de la réglementation sur la faune et la biodiversité et de la placer dans les ministères pertinents. Yonge Nawe travaille aussi à obtenir justice et réparation pour les victimes de violations des droits de l’homme aux mains des propriétaires du parc et des agriculteurs, et à obliger les coupables à rendre des comptes. Finalement, l’organisation mène campagne pour que la population du Swaziland ait le droit de disposer des ressources naturelles et de la biodiversité, d’en être propriétaire et de les gérer.

informations complémentaires
Yonge Nawe

 

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