swaziland: privatisation de la
biodiversité et violation des droits
humains
Le
Swaziland est un royaume enclavé du sud de
l’Afrique, situé entre l’Afrique du Sud et
le Mozambique. Autrefois gouverné par le
roi, le pouvoir législatif et le pouvoir
judiciaire, depuis 1973 le roi rassemble en
lui les trois pouvoirs.
Les aires protégées représentent quatre
pour cent du territoire. Les parcs
nationaux sont gérés par la Commission de
Gestion nationale, un organisme
para-étatique créé en 1972. Certaines
entreprises privées participent aussi à la
gestion des parcs, BGP (Big Game Parks)
étant le principal acteur commercial.
BGP est propriétaire de la Réserve de
Faune de Mlilwane et de la Réserve
naturelle de Mkhaya, et gestionnaire du
Parc national Hlane, l’un des plus grands
du pays. Ce parc, qui appartient à la
nation swazi, est financé par la trésorerie
nationale, mais BGP soumet directement au
roi les rapports le concernant: du fait de
l’implication supposée du roi, la gestion
financière et la rentabilité du parc ne
peuvent pas faire l’objet de débat
parlementaire, contrairement à toutes les
autres dépenses du pays.
En 1991, le Swaziland a adopté la Loi
sur la Chasse dans le but d’enrayer le
braconnage généralisé. Le pays a également
signé et ratifié la Convention sur le
Commerce des Espèces menacées (CITES). En
1998, l’administration de la Loi sur la
Chasse et celle de la CITES ont été
transférées du ministère aux bureaux du
roi. BGP est responsable de ces deux
instruments au nom du roi, et se charge en
outre des questions administratives et
scientifiques dans le cadre de la
CITES.
la CITES privatisée
Malgré la possibilité évidente de
conflit d’intérêts, BGP, acteur
prépondérant de l’industrie de la faune à
but lucratif, s’est vu confier
l’administration d’un accord international
souscrit par le Swaziland. Cet arrangement
implique que la gestion de la faune du pays
et l’autorité scientifique responsable
vis-à-vis de la CITES résident dans un même
organisme, situation tout à fait
inappropriée pour assurer la transparence
et la responsabilité, qui ne peuvent être
garanties que par la séparation des
rôles.
BGP n’étant obligée de rendre des
comptes à personne, il est très difficile
de vérifier si le Swaziland observe les
normes de la CITES. Les dangers que
comporte la situation ont été illustrés en
2002, lorsque BGP a exporté onze éléphants
à un jardin zoologique des États- Unis,
sous prétexte de remédier à la
surpopulation de ces animaux. La décision a
été prise dans le cadre de la CITES, et BGP
a été en mesure non seulement de proposer
l’exportation mais de l’approuver en tant
que scientifiquement justifiée.
Lors de la COP 13 de la CITES, réunie en
2004, le Swaziland a proposé et obtenu de
déclasser ses soixante et un rhinocéros
blancs pour en autoriser la chasse aux
trophées et l’exportation vers des
destinations non précisées. Cette fois
encore, la proposition était soutenue par
BGP sans consultation des autres parties
prenantes. Tout semble indiquer que c’était
une décision d’ordre strictement
commercial, favorable aux intérêts de
l’entreprise.
une loi abusive
La Loi sur la Chasse accorde aux
gardes-chasse d’amples pouvoirs, dont
l’utilisation de la force dans
l’accomplissement de leurs devoirs de
protection de la faune, avec immunité en
matière criminelle. En 1997, le
propriétaire de BGP, son fils, sa fille et
cinq autres employés de l’entreprise ont
été nommés gardes-chasse, avec effet
rétroactif à 1991. Cette nomination tombait
à point, car le propriétaire de
l’entreprise et ses gardes-chasse étaient
accusés du meurtre d’un homme et de son
frère en 1992, et le procès était encore en
instance. Dès l’annonce de la nomination
les poursuites ont été abandonnées.
BGP a utilisé son immunité et le nom du
roi pour terroriser les communautés locales
et intimider les fonctionnaires
gouvernementaux qui osaient intervenir dans
ses affaires. Des gens ont été tués ou
estropiés, mais les coupables n’ont subi
aucune poursuite. D’autres propriétaires
agricoles se sont mis de la partie et
infligent les mêmes traitements aux membres
de la communauté. La population est soumise
à des actes inhumains et à des tortures qui
rappellent celles du régime de l’apartheid
dans l’Afrique du Sud voisine.
Yonge Nawe, une ONG environnementale
d’intérêt public du Swaziland, a essayé de
mettre en lumière cette situation et lutte
pour obtenir la dé-privatisation de la
CITES dans le pays, ou que celui-ci soit
radié de la convention. Ceci implique
d’enlever aux entreprises privées
l’administration de la réglementation sur
la faune et la biodiversité et de la placer
dans les ministères pertinents. Yonge Nawe
travaille aussi à obtenir justice et
réparation pour les victimes de violations
des droits de l’homme aux mains des
propriétaires du parc et des agriculteurs,
et à obliger les coupables à rendre des
comptes. Finalement, l’organisation mène
campagne pour que la population du
Swaziland ait le droit de disposer des
ressources naturelles et de la
biodiversité, d’en être propriétaire et de
les gérer.
informations
complémentaires
Yonge Nawe