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  numero 107 link
janvier 2005   

 

costa rica: le commerce des services environnementaux et la privatisation des ressources

Tout le long des années 70 et 80, et au début des années 90, les forêts du Costa Rica ont été victimes du déboisement à outrance. La plupart du territoire du pays appartenant au domaine privé, le gouvernement a entrepris de mettre en place des initiatives visant à stimuler la récupération des forêts situées dans ces terres.

En 1996, le Code forestier nº 7575 a modifié les critères de base sur lesquels les forêts étaient aménagées. Le plan originel, qui comportait des stimulations au reboisement, a été transformé en un système de Paiement pour Services environnementaux (PSA), suivant lequel les services environnementaux fournis par les forêts et les plantations devaient être payés. L’État reconnaissait en tant que services environnementaux la conservation de la biodiversité, des bassins hydrologiques et des ressources hydriques, les valeurs esthétiques et la capacité de la forêt à fonctionner comme puits de carbone. Le PSA était un moyen simple de faire que les forêts privées payent leurs propres frais et d’en attribuer le coût à l’ensemble de la société. Pour mettre en place et administrer le système PSA, on a créé le Fonds national pour le Financement des Forêts (FONAFIFO). Depuis, le Costa Rica alloue en moyenne entre sept et huit millions de dollars par an au paiement des services environnementaux, cette somme provenant d’un impôt spécifique sur les carburants.

Le système PSA s’est développé comme un outil politique, technique et financier pour la planification et le financement de la conservation des ressources vitales dans les aires privées. Néanmoins, il a été dès le début soumis à des pressions d’ordre idéologique qui tentent de le détourner vers une position plus mercantiliste, orientée par l’illusion des marchés vers la privatisation des services environnementaux.

réalisations, potentialités et limitations

Le FONAFIFO et l’industrie forestière déclarent que c’est au système PSA que revient le crédit de la restauration du couvert forestier du pays, qui a bénéficié non seulement l’industrie forestière mais également les habitants des zones rurales, grâce au développement de l’emploi. Pourtant, une étude menée par FONAFIFO en 2002 a conclu que le PSA n’avait pas fonctionné comme stratégie de réduction de la pauvreté dans les zones rurales du pays. A ceci s’ajoute le fait que l’Institut de Recherches économiques de l’université du Costa Rica a publié en 2003 un rapport indiquant que le système PSA n’avait aucun impact réel sur l’amélioration des services environnementaux pour lesquels on payait, qu’il était concentré entre les mains d’une poignée de propriétaires terriens et qu’il ne contribuait pas à éradiquer la pauvreté en milieu rural.

Néanmoins, les organisations environnementalistes reconnaissent son potentiel en tant qu’outil de canalisation des ressources vers les propriétaires forestiers. Des expériences positives de gestion des ressources PSA avec des organisations paysannes et indigènes ont permis de développer de nouvelles pratiques et connaissances en matière de gestion communautaire et de gestion des forêts tropicales. On travaille à l’heure actuelle pour que le PSA devienne une source de motivation qui facilite un degré plus fort d’appropriation et de contrôle des ressources forestières par les communautés locales, et pour qu’il soit un outil pour la restauration des forêts dans les zones où la biodiversité a été dégradée.

marchandisation Vs renforcement honnête du PSA

Quelles que soient les expériences positives et les potentialités futures du PSA, le système est aujourd’hui à un croisement: ou bien il est installé et renforcé dans son rôle d’outil honnête pour la protection des forêts et de leur biodiversité, de manière à maintenir et améliorer l’état des bassins versants et à renforcer les organisations locales, leurs connaissances et leur capacité de gestion des ressources forestière, ou bien il se mercantilise et reste limité à la logique du marché, transférant aux grandes entreprises le contrôle des ressources essentielles.

Certains secteurs politiques, nationaux et internationaux, font pression dans ce dernier sens. Un exemple en est le projet des Écomarchés, une initiative de collecte de fonds pour le système PSA mise en place par le gouvernement du pays et financée en 2001 par un prêt de la Banque mondiale et une donation du Fonds pour l’Environnement mondial (FEM). Le projet est décidément orienté à “encourager le développement de marchés et les fournisseurs privés des services environnementaux offerts par les forêts privées”. Son but principal a été la vente dans le marché mondial des services environnementaux ayant trait au maintien de la biodiversité, à la réduction des gaz à effet de serre et à la conservation de l’eau.

Ce mouvement vers la création de nouveaux marchés pour les services découlant de la biodiversité, pour les crédits carbone et pour l’eau soulève plusieurs questions importantes. Par exemple, qui va acheter ces services et quels droits va acquérir l’acheteur sur la biodiversité, les forêts et l’eau du pays ? En outre, comment va-t-on concilier la souveraineté nationale et ce nouveau marché ? En répondant à ces questions il faut reconnaître qu’il est tout à fait légitime pour un pays de prendre la responsabilité des coûts inhérents à la protection et au maintien de ses propres ressources naturelles, dans le but d’assurer la sécurité alimentaire, les soins de santé et ses rapports éthiques avec la biodiversité.

carbonisation ?

L’introduction du Mécanisme de Développement propre et du marché des crédits de carbone a éveillé les espoirs des pays tropicaux qui ne sont pas obligés de réduire leurs émissions dans le cadre du Protocole de Kyoto. En effet, ils voyaient là l’occasion d’attirer des investissements et des fonds par la mise en oeuvre de projets de reboisement et d’afforestation destinés à fonctionner comme puits de carbone.

Le Costa Rica, riche de son expérience technique dans le financement et la gestion de plantations, a été à l’avant-garde de ce groupe de pays et s’est préparé à accueillir des projets de ce genre, en dépit du fait que les plantations portent atteinte à ces mêmes services environnementaux pour lesquels elles sont payées, que ce soit la protection du sol et de l’eau ou la conservation de la biodiversité.

Malgré l’expérience du pays en matière forestière, la définition des aires Kyoto n’est toujours pas arrêtée et la détermination de leur capacité de fixation de carbone soulève encore des difficultés. De surcroît, le développement de ces marchés de carbone pose de graves questions éthiques. D’après les dernières estimations du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), si nous voulons atténuer de manière significative le réchauffement de la planète au cours des cent prochaines années, il faudra atteindre des réductions des émissions de gaz à effet de serre bien plus importantes que celles établies par le Protocole de Kyoto. De surcroît, en plus d’avoir démontré que son efficacité pour réduire les émissions et enrayer le changement climatique était incertaine, le MDP s’est avéré fort complexe, au point que sa discussion a retardé les négociations du Protocole de Kyoto.

Dans le cas du Costa Rica, il a été estimé que ces mécanismes pourraient générer suffisamment de fonds pour doubler la superficie des plantations. Pire encore, les modèles de réduction du carbone par la mise en oeuvre de projets MDP ont indiqué que, pour être efficaces, il doivent être appliqués sur des milliers d’hectares. Pour le Costa Rica, où la propriété moyenne d’une famille mesure environ 60 hectares, cela comporte un risque grave de concentration des terres entre les mains d’une poignée de personnes.

certificats de services environnementaux

Le FONAFIFO a essayé d’encourager le commerce national et international des services environnementaux par un programme de Certificats de Services environnementaux (CSA). Les CSA assurent à une entreprise déterminée la génération des services environnementaux de base. En outre, le CSA permet à l’entreprise de se doter d’une bonne image, puisqu’elle est en train de contribuer à la protection des forêts. Finalement, à des fins fiscales l’investissement peut être déduit des recettes brutes en tant que frais de fonctionnement.

Par exemple, le CSA peut être acheté par une entreprise qui veut protéger une forêt associée à un bassin hydrologique spécifique où elle a des intérêts. C’est le cas du certificat délivré à l’hôtel Meliá Conchal dans la région du Pacifique Sec, dans le nord-est, où l’eau a toujours été une limitation pour les grands projets agricoles et touristiques.

L’entreprise a été en conflit avec les populations locales, qui regardent l’énorme demande d’eau de l’hôtel comme une menace pour leurs aquifères. La stratégie de l’entreprise a consisté à acheter des terres dans les bassins de reconstitution des eaux. Ces régions sont soumises aux programmes PSA qui seront financés avec les fonds rapportés par le CSA que l’entreprise a acheté.

Cet exemple permet de voir que ce nouveau marché de services environnementaux comporte le danger de transformer le système PSA en un instrument pour le contrôle des ressources essentielles par les grandes entreprises. Il implique également le risque de détourner le PSA de son objectif, c’est-à-dire la conservation des ressources naturelles, pour l’orienter vers les intérêts de ceux qui tirent profit de ces ressources et qui ont le capital nécessaire pour les acheter.

conclusion

L’orientation mercantiliste que certains secteurs veulent donner au système PSA non seulement menace son intégrité éthique, en le mêlant au marché des crédits carbone et au danger associé de la plantation de monocultures d’arbres, mais risque aussi de faire de ce système un moyen de contrôle et d’appropriation des ressources naturelles par les entreprises. Ces dangers sont encore aggravés par les termes de l’accord de libre commerce avec les États-Unis, qui va faciliter l’ouverture du marché des services environnementaux.

Les Amis de la Terre Costa Rica continueront de lutter pour que le système PSA devienne de plus en plus favorable à l’environnement et équitable pour la société: pour qu’il soit indépendant des vieux programmes de stimulation des monocultures: pour qu’il puisse être un moyen fort de lutter contre la pauvreté en milieu rural et d’éviter la concentration de la richesse entre les mains des grands propriétaires terriens: pour que les organisations paysannes et indigènes du pays y trouvent de l’aide lorsqu’elles ont affaire aux exigences bureaucratiques; pour qu’il commence à compléter le processus de formation de capacités et la recherche participative dans le domaine des forêts. Le système PSA ne doit pas être transformé en une étape préalable à la privatisation des ressources.

informations complémentaires
COECOCEIBA Amigos de la Tierra Costa Rica,
adresse électronique: contact:

 

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