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janvier 2005   

 

brésil: plantar: la terre et le climat privatisés pour du lucre

Le Mécanisme de Développement propre (MDP) est l’une des stratégies pour la réduction du carbone mise en place dans le cadre du Protocole de Kyoto. En principe, un projet MDP est un projet de développement durable qui est censé réduire ou compenser les émissions globales de dioxyde de carbone (CO2). L’institution qui met en oeuvre un projet MDP gagne des crédits carbone qu’elle peut vendre à des industries ou des pays pollueurs, généralement basés dans le Nord, qui ont convenu de réduire leurs émissions. Parmi les projets MDP figurent l’extraction de méthane des déchets enfouis, les barrages hydroélectriques, les monocultures d’arbres et les initiatives de remplacement des combustibles d’origine fossile, tels que la houille ou le pétrole, par d’autres sources d’énergie.

Le Brésil est considéré comme possédant un fort potentiel de croissance dans les projets MDP, et plusieurs y sont déjà en cours de réalisation. Un exemple de projet MDP, qui a soulevé des controverses, est celui mis en oeuvre à Minas Gerais par Plantar S.A. avec l’appui du Fonds prototype du Carbone de la Banque mondiale. La société Plantar S.A. réclame des crédits carbone pour n’avoir pas remplacé par de la houille le charbon de bois qu’elle utilise pour la fabrication de fonte brute. En plus de ce “non-remplacement du combustible”, Plantar allègue qu’elle a droit à des crédits pour le carbone que ses 23 100 ha de plantations d’eucalyptus retiendront de façon temporaire, jouant le rôle de puits qui absorbent le carbone de l’atmosphère. Or, bien que ces eucalyptus soient brûlés pour produire le charbon utilisé dans la fonderie, à l’heure actuelle seuls 50 % du charbon proviennent des plantations de Plantar, le reste étant acheté ailleurs. Ainsi, la pression sur les forêts indigènes a augmenté, car la demande importante de l’industrie de la fonte fait que la récolte de bois soit souvent non durable et même illégale dans beaucoup de cas.

La Banque mondiale a décidé de soutenir Plantar, en dépit du fait que les recherches scientifiques concernant la capacité des monocultures d’arbres à séquestrer du CO2 restent peu concluantes. Certaines de ces études montrent que les plantations de ce genre produisent en fait davantage d’émissions de CO2 qu’elles n’en retiennent, tandis que d’autres affirment que seuls les écosystèmes forestiers établis, tels que les forêts tropicales, sont capables d’absorber et de stocker du carbone. De surcroît, les plantations ne retiennent pas le carbone car, dans le cas du Brésil, les eucalyptus sont abattus tous les sept ans et, lorsqu’ils sont brûlés, ils libèrent dans l’atmosphère le CO2 qu’ils avaient stocké. Or, les projets comme Plantar ne tiennent pas compte de ce détail. En outre, le sol étant labouré pour planter les arbres, il libère là aussi du CO2. Pour compléter le problème, les plantations remplacent la plupart du temps les forêts indigènes, bouleversant ainsi les écosystèmes locaux et dégradant la biodiversité.

Qu’une entreprise tire profit du changement climatique en plantant un désert vert d’eucalyptus voués à la destruction, c’est déjà mauvais mais, dans le cas de Plantar, il y avait plus en jeu. En mars 2003, plus de cinquante syndicats, églises, députés locaux, universitaires, organisations de défense des droits de l’homme et du droit à la terre et d’autres encore, ont manifesté contre Plantar.

Plantar S.A. s’est installée à Minas Gerais dans les décennies 1960 et 1970, pendant la dictature militaire, en profitant des stimulations fiscales attrayantes qui existaient à l’époque. La plupart des terres de Plantar et d’autres entreprises qui se sont installées dans la région sont ce qu’on appelle devolutas, c’est-à-dire sans titres, et appartiennent à l’État. Selon la loi brésilienne, les entreprises ne peuvent pas acheter ce type de terres, seuls les paysans peuvent les acquérir. Pourtant, grâce à des inscriptions frauduleuses dans les bureaux d’enregistrement et à des contrats de “location”avec l’État, Plantar a réussi à acheter des centaines de milliers d’hectares de terres devolutas.

Les communautés locales n’ont jamais été consultées: les peuples autochtones, les communautés afro-brésiliennes et des milliers de paysans ont perdu leurs terres, en particulier la savane appelée cerrado, immensément riche en biodiversité, qui, jointe à l’agriculture vivrière, satisfaisait tous leurs besoins. Le cycle court des plantations venues remplacer l’environnement naturel ne permettait pas la survie des plantes, animaux et oiseaux indigènes, ce qui affectait à son tour le marché local qui avait auparavant dépendu des produits naturels que le cerrado fournissait. Les industries de la fonte utilisent encore de 15 à 20 pour cent de la végétation indigène du cerrado.

En plus d’avoir coupé de vastes étendues de forêt et de provoquer le chômage dans le processus, la fonderie et les plantations d’eucalyptus de Plantar n’ont pas créé en échange suffisamment de postes de travail. Beaucoup de personnes n’ont eu d’autre choix que de travailler pour ces industries, mais Plantar ne fait rien pour ses anciens travailleurs, dont beaucoup ont été blessés ou souffrent de troubles de santé. Nombre d’entre eux sont morts en raison des très mauvaises conditions de travail associées à la production de charbon et à la culture de l’eucalyptus.

Les organisations locales s’efforcent de récupérer la terre et d’obtenir que Plantar paie des indemnités. Cependant, les menaces et les tactiques d’intimidation de l’entreprise font que beaucoup de résidents craignent de voir leurs noms mentionnés par les interviewers, et ne figurent donc nulle part dans les documents concernant le projet. Plantar entend élargir ses possessions déjà considérables à Minas Gerais dans le cadre du FPC, en y ajoutant 23 000 ha additionnels, ce qui aggravera les inégalités dans la distribution de la terre. Le mouvement local a eu recours au Fonds prototype du Carbone sans aucun succès, et s’adresse maintenant directement aux investisseurs européens pour les exhorter à ne pas mettre de l’argent dans le projet.

Pourtant, malgré la destruction environnementale et la souffrance sociale causée par Plantar, cette société a réussi à obtenir un certificat de bonne gestion forestière du Forest Stewardship Council (FSC). Un rapport publié en 2003 par le Mouvement pour les Forêts tropicales fait état d’une foule d’erreurs et d’omissions dans l’évaluation effectuée par Scientific Certification Services (SCS) pour le FSC, qui a délivré le certificat. Dans le cas de Plantar, tout semble indiquer que le FSC préfère soutenir les plantations industrielles plutôt que les initiatives des communautés locales fondées sur des critères écologiques.

En somme, le cas de Plantar et le soutien du FPC de la Banque mondiale sont une voix d’alerte sur ce qui attend notre planète. La privatisation de terres pour l’établissement de monocultures visant à réduire la pollution causée par le Nord industrialisé n’est pas le remède au changement climatique. En vérité, elle ne fait que l’aggraver, tout en marginalisant les plus pauvres et en détruisant au passage la diversité biologique qui nous reste.

informations complémentaires
Carbon Trade Watch
CDM Watch
FASE (Fédération d’Organisations d’Assistance
sociale et éducative)

Mouvement mondial pour les Forêts tropicales
Mouvement des Travailleurs sans terre / Movimento Sem Terra

 

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