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  numero 107 link
janvier 2005   

 

les puits de carbone ou la ruine du climat

Les puits de carbone sont, pour de nombreuses personnes, un thème nouveau et déroutant. Le dioxyde de carbone est dans l’air, et la plupart des objets qui nous entourent contiennent du carbone, mais nous ne pouvons pas le voir. Néanmoins, les négociateurs et les scientifiques participant aux débats sur le climat ont réinventé le carbone comme un produit nouveau et invisible, qui peut être commercialisé par l’établissement de projets de carbone tels que les plantations. Un nombre croissant de projets de ce genre est mis en oeuvre dans divers pays, en dépit du fait que le Protocole de Kyoto n’est pas encore entré en vigueur. A moins de faire quelque chose pour l’éviter, nous allons nous retrouver devant une foule de plantations établies dans le Sud pour “séquestrer” le carbone de l’atmosphère.

Les négociateurs du Protocole de Kyoto ont inventé quelque chose qui s’appelle Mécanisme de Développement propre (MDP). Par ce mécanisme, les plantations d’arbres jouent le rôle de “puits de carbone”, censés absorber les émissions de CO-2 et d’emmagasiner le carbone dans la biomasse du bois, tout en libérant simultanément de l’oxygène. Malheureusement, le mécanisme en question n’a aucun rapport avec le développement propre. Son côté le plus grave est qu’il favorise la plantation d’arbres à grande échelle, et qu’il inclut explicitement la possibilité de planter des arbres génétiquement modifiés.

Un exemple de MDP est la fondation FACE (Forests Absorbing Carbon Dioxide), initiative d’un consortium néerlandais d’installations électriques. L’objectif de FACE est de planter des arbres en Ouganda et dans les Andes équatoriennes pour qu’ils absorbent le CO2 émis aux Pays-Bas. Aussi invraisemblable que cela paraisse, quelque 50 000 hectares d’arbres ont déjà été plantés dans ces deux pays. Des brochures luxueuses présentent d’ailleurs le projet comme un grand succès: les communautés indigènes plantent allègrement des pins: l’environnement dégradé est reboisé, et les plantations ont même été certifiées par le Forest Stewardship Council (FSC).

Pourtant, les recherches menées en Équateur ont montré que la réalité avait peu de chose en commun avec les brochures. Il ne s’agissait pas d’un environnement dégradé mais d’un écosystème de “paramo”, composé de prairies à 3 000 mètres d’altitude, qui n’avaient jamais été des forêts. L’une des plantations était un désastre complet. Les pins exotiques importés du Mexique étaient très faibles et de couleur jaunâtre. Leur croissance était extrêmement lente, et les animaux avaient mangé la plupart des pousses principales des arbres. D’autre part, les gens des lieux étaient mécontents du projet en général.

Pour aggraver encore les choses, la moitié de la plantation avait brûlé, rendant ainsi à l’atmosphère le CO2 qu’elle gardait. Cela arrive fréquemment dans les plantations d’arbres fortement susceptibles de prendre feu. Or, le plus important est que cela montre à quel point ce stockage de carbone est instable et que, de ce fait, le système n’est pas fiable.

Les monocultures d’arbres accaparent de vastes étendues de terres et, ce faisant, elles sont souvent la cause, directe et indirecte, de la déforestation. Elles épuisent les réserves d’eau et détruisent la biodiversité. De surcroît, il a été démontré par des études de cas que les communautés locales s’appauvrissent lorsque les plantations viennent remplacer les ressources naturelles dont elles tirent leurs moyens de vie.

Il est donc évident que les plantations d’arbres à grande échelle sont une mauvaise idée. Pourtant, les négociateurs du climat les présentent comme la “solution” au changement climatique. Paradoxalement, les pays qui sont déjà en train d’appliquer des projets MDP font figure de “bons” dans ces négociations: les Pays-Bas, l’Espagne, la Norvège. Et le fait que le Forest Stewardship Council certifie des plantations ne fait qu’améliorer l’image de solution “durable” de ces initiatives.

Sans se soucier des faits, les gouvernements du Sud continuent de conclure des accords avec leurs homologues pollueurs du Nord. Ces derniers temps, le gouvernement de l’Uruguay et celui de l’Espagne ont convenu de planter 30 000 hectares d’eucalyptus par an. Quelque 150 000 hectares de “puits de carbone” sont donc prévus en Uruguay, rien que pour compenser les émissions des entreprises espagnoles.

Des communautés et des ONG de partout dans le Sud, de l’Équateur à l’Uruguay et au Brésil, de l’Indonésie à la Thaïlande et l’Afrique du Sud, mènent campagne contre les plantations d’arbres comme puits de carbone. L’idée de ces puits de carbone est aussi peu réaliste que possible, et la prétention qu’ils puissent résoudre le problème du changement climatique est fortement contestée. D’autres options ont été proposées, bien plus judicieuses que de jouer à la roulette avec une boule invisible.

informations supplémentaires
Mouvement mondial pour les Forêts tropicales
Amigos de la Tierra Uruguay
CDM Watch
Sinkswatch

 

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