Outils personnels
Vous êtes ici : Accueil francais publications link privatization 54
contact us

by email

by letter

 

54

54
  numero 107 link
janvier 2005   

 

la biopiraterie et ses impacts sur la diversité biologique et culturelley

Les contrats de bioprospection des temps modernes peuvent recevoir de nombreux qualificatifs, mais “juste” et “équitable” ne figurent certainement pas dans la liste . Miguel Lovera, coordinateur de la Coalition mondiale des Forêts, Couvert Forestier nº 11, février 2004

Le droit de contrôler leurs ressources naturelles est non seulement un droit collectif des communautés locales et des peuples indigènes mais un facteur de durabilité important. Pourtant, la biopiraterie est en train de leur enlever ce droit, en facilitant par le brevetage la privatisation de la biodiversité.

Les connaissances traditionnelles des peuples indigènes et des communautés locales sont fortement ancrées dans la nature qui les environne. Pendant des millénaires, ces populations ont utilisé et cultivé des plantes à des fins diverses. Le brevetage de ces plantes a miné leurs droits à leurs propres connaissances et aux bénéfices qui peuvent en découler.

bioprospection et biopiraterie

En principe, la bioprospection vise à associer la commercialisation et la conservation de la biodiversité. Les pays génétiquement riches mais à faible capacité de recherche scientifique prennent des échantillons et dressent l’inventaire de leurs ressources biologiques. En revanche, ce sont les pays possédant une forte capacité de recherche et de développement scientifique, c’est-à-dire, en général, les pays industrialisés, qui se chargent de l’identification des propriétés des êtres prélevés, grâce à leur technologie supérieure. Ces propriétés sont en général brevetées, ou réclamées comme propriété intellectuelle en application de diverses normes. De ce fait, les ressources génétiques sont privatisées au profit des pays qui possèdent une forte capacité de recherche scientifique. Cette activité s’appelle biopiraterie, parce qu’elle facilite et favorise l’appropriation illégitime, quoique légale, de la biodiversité.

Au moyen des brevets, les industries pharmaceutique et agricole sont devenues propriétaires des ressources génétiques de la biodiversité et des connaissances traditionnelles associées, en vue de développer une proportion importante de leurs produits. Entre 1950 et 1980, 25 % des médicaments des États-Unis étaient basés sur des produits d’origine végétale: à l’heure actuelle, 48 % des médicaments soumis à des essais cliniques sont dérivés des plantes. L’importance économique de ces ressources a suscité des négociations intergouvernementales dans tous les forums internationaux imaginables, pour établir des cadres juridiques nationaux et internationaux facilitant l’accès à ces ressources et donc légalisant la biopiraterie.

la biopiraterie légalisée

L’exploitation commerciale des ressources génétiques et, par ricochet, la biopiraterie, sont soutenues dans les forums des Nations unies, y compris la Convention sur la Diversité biologique (CDB) et le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE). En outre, l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (OMPI) s’adonnent activement à développer et à appliquer la législation et les politiques sur le brevetage.

Censément dans le but de combattre la biopiraterie, la CDB encourage depuis 1999 les négociations sur l’accès et le partage des bénéfices. Ces négociations étaient fondées sur l’objectif de la convention d’assurer “le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques, notamment grâce à un accès satisfaisant aux ressources génétiques et à un transfert approprié des techniques pertinentes, compte tenu de tous les droits sur ces ressources et aux techniques, et grâce à un financement adéquat”.

Les événements ont montré que, bien que les pays qui ont théoriquement la souveraineté sur leurs ressources en aient largement facilité l’accès, le partage équitable des avantages n’est en revanche qu’une idée attrayante, une sorte de mirage, qui n’a pas bénéficié de la volonté politique nécessaire à la mettre en oeuvre ni de la décision politique de l’exiger. Le partage des avantages a été minime ou nul de par le monde, tandis que la biopiraterie a augmenté.

les négociations sur le commerce

Le débat sur la biopiraterie a lieu aussi à l’OMC, par rapport spécifiquement à l’accord sur les Aspects des Droits de Propriété intellectuelle ayant trait au Commerce (ADPIC). De même, ces discussions sont présentes dans les négociations de l’Accord général sur le Commerce des Services (GATS), la biopiraterie étant considérée comme un service. En tant que service, la biopiraterie doit bénéficier des conditions nécessaires à se développer sans entraves, même si cela arrive en violation des droits des peuples indigènes ou des communautés locales, ou si cela facilite la privatisation de la biodiversité et comprend ainsi des privilèges qui sont au-delà des décisions souveraines des états-nations.

En outre, les États-Unis ont négocié divers traités bilatéraux de commerce et d’investissement, car les forums multilatéraux n’avaient pas tout à fait satisfait les objectifs commerciaux du pays. Par exemple, dans un traité conclu avec le Chili, ils ont poussé pour inclure ce qu’on appelle des clauses ADPIC-plus, qui ont trait à la propriété intellectuelle. Les termes de ces clauses vont au-delà de ce que les ADPIC autorisent habituellement et établissent des droits de propriété pour les entreprises, par exemple en permettant le brevetage de plantes et d’animaux: ainsi, ce qui dans les ADPIC constitue l’exception devient ici la règle.

conclusion

La biopiraterie est le résultat d’une vision du monde selon laquelle nous ne pouvons conserver que ce qui nous appartient. C’est la logique qui est derrière l’industrie milliardaire qui a tiré profit des ressources naturelles et des connaissances traditionnelles des peuples indigènes et des communautés locales. Par contre, ces derniers ont permis la conservation, l’utilisation et la mise en valeur de la diversité biologique sur la base de pratiques collectives qu’il faut partager pour survivre.

Les forums qui ont surgi comme un espace approprié pour la protection de la biodiversité ne sont pas à l’heure actuelle très différents de ceux qui prônent l’imposition d’un modèle commercial axé sur le marché. Bien au contraire, la biopiraterie se développe de plus en plus, tandis que les pratiques durables des peuples indigènes et des communautés locales s’affaiblissent, ainsi que leurs droits coutumiers.

informations complémentaires
COECO Ceiba Amis de la Terre, Costa Rica email:

 

Actions sur le document