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  numero 107 link
janvier 2005   

 

costa rica: la biopiraterie et l’affaire de l’INBio

L’Institut national de la Biodiversité (INBio) fut créé en octobre 1989 comme une association privée à but non lucratif travaillant dans l’intérêt public. Son objectif était de dresser l’inventaire de la biodiversité nationale et de mettre cette information au service du pays.

En 1991, dans le cadre d’un marché d’un million de dollars, l’INBio commença à vendre des échantillons biologiques au géant pharmaceutique Merck. Malgré le fait que l’INBio était en train de commercialiser des biens publics, les termes du contrat ne furent pas divulgués. En outre, le contrat ne mentionnait pas des questions importantes pour le pays, telles que le nombre d’échantillons prévus, le pourcentage des redevances éventuelles, la propriété des brevets, les conséquences du brevetage pour les communautés locales et l’atteinte possible à la souveraineté du pays.

Les rapports entre l’INBio et le secteur des affaires se poursuivirent par un contrat avec la société Diversa, signé en 1995 et renouvelé en 1998. En ce que la CDB appela dans un communiqué de presse un exemple d’accès et de partage des bénéfices des ressources génétiques, les deux partenaires collectèrent des échantillons de microorganismes dans les mangroves des marais, dans les récifs coralliens, dans le sol des forêts et à d’autres endroits encore. Diversa cherchait des enzymes et des protéines structurelles pouvant être utilisées en biotechnologie, dans la protection des cultures et dans les produits pharmaceutiques. Les accords prévoyaient que toutes les séquences d’ADN que l’INBio isolerait pour Diversa deviendraient la propriété de cette entreprise. En échange, Diversa payerait le salaire d’un membre au moins du personnel de l’INBio et permettrait l’utilisation de sa technologie de marque déposée pour la collecte des échantillons. En outre, l’INBio percevrait des redevances au cas où Diversa accorderait à une entreprise cliente une licence sur un produit basé sur les échantillons fournis par l’INBio.

Il faut se demander si ce marché était vraiment équitable. La CDB n’a pas mentionné s’il y aurait des mécanismes de contrôle pour déterminer l’existence éventuelle de produits dérivés des échantillons en question. Elle n’a pas parlé non plus de ce que la privatisation de la biodiversité risquait de représenter pour les pays pauvres, pour leur culture et leur vision du monde et même pour leur capacité de recherche.

Depuis 1999, l’INBio a reçu le soutien financier de la Banque interaméricaine de Développement pour organiser des cours de formation à l’intention des entreprises, sur la recherche et la vente de produits pharmaceutiques composés d’herbes, d’écorces et d’autres matériels végétaux naturels. Ceci a abouti à l’apparition de compagnies qui vendent dans le pays des capsules pour soigner des affections bénignes telles que l’acné ou le mal d’estomac. En fait, ces capsules contiennent ce que les guérisseurs traditionnels ont proposé à leurs patients pendant des milliers d’années. L’INBio utilise donc les fonds d’une institution financière internationale pour favoriser l’appropriation des plantes indigènes et des connaissances traditionnelles par diverses entreprises.

Ces exemples de biopiraterie réussie abondent en promesses non tenues et encouragent un modèle de développement qui est très éloigné des besoins de la société et de la protection de l’environnement. L’INBio est une institution privée qui facilite la privatisation de la biodiversité du Costa Rica: elle est vantée comme un modèle à suivre pour la vente de la biodiversité aux entreprises nationales et internationales. Elle a décrit ses propres profits comme un bénéfice pour le pays, bien que l’affaire n’ait pas été aussi lucrative que prévu au moment de la signature du contrat avec Merck. En somme, on a vendu au rabais la biodiversité inestimable du Costa Rica.

 

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