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  numero 107 link
janvier 2005   

 

préface: nature à vendre

Meenakshi Raman, Présidente, Friends of the Earth International

Depuis l’époque coloniale, les ressources naturelles ont été exportées des pays en développement pour satisfaire les besoins toujours croissants des habitants des pays riches et industrialisés. Après la domination coloniale, les gouvernements du Nord ont réussi à maintenir cette situation, en imposant aux anciennes colonies un système économique leur assurant un approvisionnement continuel de ressources naturelles à un coût négligeable.

Aujourd’hui, à mesure que la mondialisation économique s’accélère, ce modèle de consommation inéquitable et non durable se consolide de plus en plus. Sous la pression d’états plus riches et d’institutions multilatérales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), les pays appauvris sont de plus en plus enfermés dans des systèmes mondiaux de commerce, de finances et d’investissement qui visent le transfert bon marché des ressources naturelles. Ils dépendent des sociétés transnationales pour l’importation d’éléments et de nouvelles technologies très chères, qu’ils paient en exportant chaque fois plus de ressources naturelles, sacrifiant ainsi une part toujours plus grande de leur biodiversité.

En raison de leurs dimensions, et du fait qu’elles bénéficient souvent de subsides gouvernementaux, les sociétés transnationales dominent le commerce mondial des ressources naturelles. Les petites et moyennes entreprises locales du Sud ne peuvent pas concurrencer ces nouvelles venues puissantes et n’ont que peu d’espoir d’avenir. Ce système apporte des profits à quelques-uns, mais d’énormes pertes et ravages à beaucoup d’autres. Les habitants du tiers-monde sont en train de perdre leurs forêts, leurs pêcheries et leurs ressources naturelles à un rythme rapide. Eux et leurs enfants se voient de plus en plus privés d’accès à des moyens de subsistance durables. Même la terre et le travail des pauvres semblent maintenant à la disposition des riches. Le tout pour soutenir les modèles de consommation de ces derniers, qui ne sont pas durables et doivent changer d’urgence.

L’avenir, tel qu’il apparaît dépeint par les décideurs de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), de la Banque mondiale et d’autres institutions financières contrôlées par les intérêts commerciaux du Nord, n’a pas l’air bien reluisant. Comme à présent, les pays les plus démunis du monde continueront de fournir la plupart des ressources naturelles et humaines qu’exige l’activité industrielle, et de recevoir très peu en récompense de leurs efforts. En fait, lorsque le marché mondial est surapprovisionné, les produits deviennent encore moins chers, ce qui est bon pour les riches pays importateurs, mais mauvais pour les pauvres pays exportateurs. Ainsi, les riches seront toujours plus riches, les pauvres s’enfonceront davantage dans la pauvreté et nous tous subirons les effets des ravages environnementaux causés par la surexploitation. Aucune logique dans ce système: aucune justice non plus.

Friends of the Earth International (FoEI) s’oppose à un tel système et préconise des solutions de rechange, durables pour l’environnement et socialement équitables pour tous. Nous nous opposons aux gouvernements qui insistent à appliquer les mêmes stratégies économiques et qui récompensent incessamment les mêmes sociétés transnationales qui ont toujours profité de la dévastation environnementale et économique. Nous combattons les accords de commerce et d’investissement dont le but est toujours d’augmenter l’accès des entreprises aux ressources biologiques, même dans les régions que l’on peut considérer comme les derniers bastions de la biodiversité. En outre, FoEI exhorte les gouvernements du Nord à ne pas utiliser la ‘guerre contre le terrorisme’ comme prétexte pour contrôler les ressources des pays riches en pétrole.

A la place de cette ‘Nature à vendre’, FoEI soutient les idées, les propositions et les systèmes qui visent à obtenir la justice environnementale pour tous. Nous défendons la gestion et le contrôle de la biodiversité par les communautés. Nous recherchons le développement de droits collectifs pour les communautés locales et les peuples autochtones, que ces droits soient ou non reconnus par les États, et nous luttons pour la reconnaissance et le remboursement de la dette écologique accumulée du fait de la biopiraterie et des autres pratiques prédatrices.

 

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