les objectifs de développement du
millénaire sont à vendre !
Lors du changement de millénaire en 2000,
les chefs d’État du monde entier rassemblés
dans les Nations unies se sont fixé un
ambitieux ensemble d’objectifs: les
Objectifs de Développement du Millénaire
(ODM). Ils ont promis, plus fortement et
plus concrètement que jamais, de combattre
la pauvreté, la faim, la maladie, la
discrimination à l’égard des femmes et la
dégradation de l’environnement. Des
objectifs concrets ont été arrêtés dont,
parmi d’autres, l’éradication de l’extrême
pauvreté et de la faim, la promotion de
l’égalité des genres et de l’autonomie des
femmes, le combat des maladies les plus
importantes et de la mortalité infantile,
et la durabilité environnementale. Pour
chacun de ces objectifs ils ont fixé des
buts spécifiques, y compris d’intégrer les
principes du développement durable aux
politiques et programmes nationaux, de
renverser la tendance à la perte des
ressources naturelles et de réduire de
moitié, pour 2015, le nombre des personnes
ne disposant pas d’eau potable.
Or, d’après les conclusions des premiers
rapports du Projet du Millénaire pour le
Développement, destinés à évaluer les
progrès dans la réalisation de ces
objectifs, le principal obstacle rencontré
est le manque de ressources financières.
L’argent pompé par la guerre d’Irak serait
plus que suffisant pour atteindre tous les
ODM mais, malheureusement, il paraît que
les gouvernements les plus riches du monde
considèrent que l’accès au pétrole est bien
plus important que le combat de la
pauvreté, de la faim et du sida.
Mais les IFI et autres promoteurs du
consensus de Washington ont trouvé le moyen
de résoudre ce dilemme: privatiser les
Objectifs de Développement du Millénaire.
La nouvelle recette s’appelle ‘partenariats
entre le public et le privé’. En impliquant
le secteur privé, y compris les grandes
ONG, dans la mise en oeuvre des ODM, on
pourrait accéder à de nouvelles sources de
financement privé. Ainsi, les gouvernements
ont reçu la recommandation, et même
l’ordre, de faire participer le secteur
privé à la fourniture d’un grand éventail
de services, allant de l’eau, l’éducation
et la santé à la protection de
l’environnement. De ce fait, les
entreprises jouent un rôle de plus en plus
important dans la mise en oeuvre des ODM:
dans certains pays, par exemple, la
majorité absolue des services de santé
reproductive sont privés.
La privatisation de la gestion
environnementale comporte un risque très
grave: que les entreprises qui contribuent
généreusement à la mise en oeuvre des
engagements sur l’environnement se mettent
aussi à établir les politiques
environnementales. Les nouveaux
partenariats entre l’industrie et les
accords multilatéraux sur l’environnement
en sont un exemple alarmant. Bayer, par
exemple, une multinationale qui a des
intérêts dans la biotechnologie, est en
train de contribuer généreusement à la mise
en oeuvre de la Convention sur la Lutte
contre la Désertification. Inutile de dire
que les cultures génétiquement modifiées
sont l’une des mesures encouragées par ce
partenariat pour combattre la
désertification. Des commerçants de carbone
comme la fondation FACE participent en tant
que “conseillers indépendants” dans les
politiques sur la séquestration de carbone
de la Convention sur le Climat.
L’organisation Conservation de la Nature
est un “conseiller indépendant”de la
Convention sur la Biodiversité au sujet des
politiques sur les aires protégées. Le plus
fascinant de tout est le document plein de
belles photos d’oiseaux multicolores publié
conjointement par le Secrétariat de la
Convention sur la Biodiversité et
l’entreprise pétrolière Shell. Bien
entendu, ce document inclut la
recommandation remarquable que la
prospection de pétrole puisse avoir lieu
dans les aires protégées, pourvu qu’elle se
fasse dans des conditions déterminées.
Même le Programme des Nations unies pour
l’Environnement, l’une des institutions les
plus pauvres de l’ONU, tend de plus en plus
la main au secteur privé... pour des
contributions financières, bien sûr. Les
gouvernements refusant toujours de payer
leurs cotisations obligatoires à cette
institution, le fonctionnement du PNUE
dépend d’une façon préoccupante des
contributions volontaires, y compris celles
de ses “partenaires” du monde des affaires
et de l’industrie.
Pourtant, ce contrôle et cette
privatisation des politiques publiques ne
sont pas sans avoir un coût. La présente
publication décrit par le menu à quel point
la privatisation de l’eau et celle de la
biodiversité ont eu des effets fortement
négatifs sur la société et l’environnement
de nombreux pays. Ce sont les personnes
pauvres en argent, les femmes surtout, qui
paient le prix le plus fort. Du coup, une
telle approche devient incompatible avec le
premier et le troisième objectifs de
développement du millénaire.
Il est temps que les gouvernements
arrêtent de se débarrasser de leurs
responsabilités. Dans des pays comme
l’Indonésie, ils ont tendance à se retirer
de plus en plus de secteurs tels que
l’éducation et la santé, maintenant que la
mise en oeuvre des objectifs du millénaire
dans ces domaines a été reprise par les
partenariats entre le public et le privé.
Mais ce sont les gouvernements qui se sont
engagés à réaliser les ODM. Ce sont les
gouvernements qui ont promis, lors du
Sommet mondial du Développement social, de
consacrer 20 % de leur budget à des
services sociaux comme l’éducation et la
santé. Ce sont les gouvernements qui ont
agréé de mettre en oeuvre l’Agenda 21, ces
plus de 600 pages de recommandations
produites en 1992 par la Conférence des
Nations unies sur l’Environnement et le
Développement, et le Plan d’Action de
Johannesburg issu en 2002 du Sommet mondial
du Développement durable. Ce sont les
gouvernements qui ont convenu de consacrer
à l’aide publique au développement le
montant, devenu classique, de 0,7 % de leur
PIB. Ce sont les gouvernements qui
devraient faire en sorte que l’objectif nº
7 du millénaire, la durabilité
environnementale, soit atteint. Et ce sont
les gouvernements qui devraient réaliser
l’objectif d’éradiquer la pauvreté extrême
et la faim.
Si la guerre d’Irak nous a appris
quelque chose, c’est bien que l’argentne
manque pas. Il ne serait pas nécessaire de
vendre la nature et d’autres biens communs
si, rien que pour une fois, les
gouvernements tenaient leurs promesses.
informations
complémentaires
Objectifs de Développement
du Millénaire des Nations unies