Outils personnels
Vous êtes ici : Accueil francais publications link privatization 62
contact us

by email

by letter

 

62

62
  numero 107 link
janvier 2005   

 

les objectifs de développement du millénaire sont à vendre !

Lors du changement de millénaire en 2000, les chefs d’État du monde entier rassemblés dans les Nations unies se sont fixé un ambitieux ensemble d’objectifs: les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM). Ils ont promis, plus fortement et plus concrètement que jamais, de combattre la pauvreté, la faim, la maladie, la discrimination à l’égard des femmes et la dégradation de l’environnement. Des objectifs concrets ont été arrêtés dont, parmi d’autres, l’éradication de l’extrême pauvreté et de la faim, la promotion de l’égalité des genres et de l’autonomie des femmes, le combat des maladies les plus importantes et de la mortalité infantile, et la durabilité environnementale. Pour chacun de ces objectifs ils ont fixé des buts spécifiques, y compris d’intégrer les principes du développement durable aux politiques et programmes nationaux, de renverser la tendance à la perte des ressources naturelles et de réduire de moitié, pour 2015, le nombre des personnes ne disposant pas d’eau potable.

Or, d’après les conclusions des premiers rapports du Projet du Millénaire pour le Développement, destinés à évaluer les progrès dans la réalisation de ces objectifs, le principal obstacle rencontré est le manque de ressources financières. L’argent pompé par la guerre d’Irak serait plus que suffisant pour atteindre tous les ODM mais, malheureusement, il paraît que les gouvernements les plus riches du monde considèrent que l’accès au pétrole est bien plus important que le combat de la pauvreté, de la faim et du sida.

Mais les IFI et autres promoteurs du consensus de Washington ont trouvé le moyen de résoudre ce dilemme: privatiser les Objectifs de Développement du Millénaire. La nouvelle recette s’appelle ‘partenariats entre le public et le privé’. En impliquant le secteur privé, y compris les grandes ONG, dans la mise en oeuvre des ODM, on pourrait accéder à de nouvelles sources de financement privé. Ainsi, les gouvernements ont reçu la recommandation, et même l’ordre, de faire participer le secteur privé à la fourniture d’un grand éventail de services, allant de l’eau, l’éducation et la santé à la protection de l’environnement. De ce fait, les entreprises jouent un rôle de plus en plus important dans la mise en oeuvre des ODM: dans certains pays, par exemple, la majorité absolue des services de santé reproductive sont privés.

La privatisation de la gestion environnementale comporte un risque très grave: que les entreprises qui contribuent généreusement à la mise en oeuvre des engagements sur l’environnement se mettent aussi à établir les politiques environnementales. Les nouveaux partenariats entre l’industrie et les accords multilatéraux sur l’environnement en sont un exemple alarmant. Bayer, par exemple, une multinationale qui a des intérêts dans la biotechnologie, est en train de contribuer généreusement à la mise en oeuvre de la Convention sur la Lutte contre la Désertification. Inutile de dire que les cultures génétiquement modifiées sont l’une des mesures encouragées par ce partenariat pour combattre la désertification. Des commerçants de carbone comme la fondation FACE participent en tant que “conseillers indépendants” dans les politiques sur la séquestration de carbone de la Convention sur le Climat. L’organisation Conservation de la Nature est un “conseiller indépendant”de la Convention sur la Biodiversité au sujet des politiques sur les aires protégées. Le plus fascinant de tout est le document plein de belles photos d’oiseaux multicolores publié conjointement par le Secrétariat de la Convention sur la Biodiversité et l’entreprise pétrolière Shell. Bien entendu, ce document inclut la recommandation remarquable que la prospection de pétrole puisse avoir lieu dans les aires protégées, pourvu qu’elle se fasse dans des conditions déterminées.

Même le Programme des Nations unies pour l’Environnement, l’une des institutions les plus pauvres de l’ONU, tend de plus en plus la main au secteur privé... pour des contributions financières, bien sûr. Les gouvernements refusant toujours de payer leurs cotisations obligatoires à cette institution, le fonctionnement du PNUE dépend d’une façon préoccupante des contributions volontaires, y compris celles de ses “partenaires” du monde des affaires et de l’industrie.

Pourtant, ce contrôle et cette privatisation des politiques publiques ne sont pas sans avoir un coût. La présente publication décrit par le menu à quel point la privatisation de l’eau et celle de la biodiversité ont eu des effets fortement négatifs sur la société et l’environnement de nombreux pays. Ce sont les personnes pauvres en argent, les femmes surtout, qui paient le prix le plus fort. Du coup, une telle approche devient incompatible avec le premier et le troisième objectifs de développement du millénaire.

Il est temps que les gouvernements arrêtent de se débarrasser de leurs responsabilités. Dans des pays comme l’Indonésie, ils ont tendance à se retirer de plus en plus de secteurs tels que l’éducation et la santé, maintenant que la mise en oeuvre des objectifs du millénaire dans ces domaines a été reprise par les partenariats entre le public et le privé. Mais ce sont les gouvernements qui se sont engagés à réaliser les ODM. Ce sont les gouvernements qui ont promis, lors du Sommet mondial du Développement social, de consacrer 20 % de leur budget à des services sociaux comme l’éducation et la santé. Ce sont les gouvernements qui ont agréé de mettre en oeuvre l’Agenda 21, ces plus de 600 pages de recommandations produites en 1992 par la Conférence des Nations unies sur l’Environnement et le Développement, et le Plan d’Action de Johannesburg issu en 2002 du Sommet mondial du Développement durable. Ce sont les gouvernements qui ont convenu de consacrer à l’aide publique au développement le montant, devenu classique, de 0,7 % de leur PIB. Ce sont les gouvernements qui devraient faire en sorte que l’objectif nº 7 du millénaire, la durabilité environnementale, soit atteint. Et ce sont les gouvernements qui devraient réaliser l’objectif d’éradiquer la pauvreté extrême et la faim.

Si la guerre d’Irak nous a appris quelque chose, c’est bien que l’argentne manque pas. Il ne serait pas nécessaire de vendre la nature et d’autres biens communs si, rien que pour une fois, les gouvernements tenaient leurs promesses.

informations complémentaires
Objectifs de Développement du Millénaire des Nations unies

 

Actions sur le document