
première partie: l’aide publique au
contrôle privé
introduction
Dans le monde en développement, 1,2
milliard de personnes gagnent moins d’un
dollar par jour et vivent en dessous du
seuil de pauvreté. Ceux qui gagnent entre
un et deux dollars par jour sont 1,3
milliard. 842 millions d’habitants du monde
ont faim. Les ressources naturelles sont
polluées et épuisées plus vite qu’elles ne
se renouvellent, tandis que le climat est
en train de changer de manière dangereuse.
Les peuples sont dépouillés de leurs
cultures et de leurs terres. Les gens
perdent leurs moyens de vie et les femmes
sont de plus en plus marginalisées. Quelque
chose va très mal dans le système
économique mondial.
Quelque chose va donc très mal aussi
dans les institutions financières
internationales, qui sont censées oeuvrer
pour l’atténuation de la pauvreté et pour
le développement durable. Avec leur aide,
les pays les plus pauvres du monde
devraient pouvoir quitter le cercle
infernal de la pauvreté toujours plus
poussée et de la dette extérieure jamais
acquittée. Mais grâce à cette ‘aide’, ces
pays continuent de rembourser une dette
intenable, aux dépens des gens et de
l’environnement.
La Banque mondiale et le Fonds monétaire
international ont mis au point un ensemble
de doctrines, appelé Consensus de
Washington, qui consiste en une série de
réformes axées sur le commerce et destinées
à attirer le capital privé vers les pays
paralysés par le poids de la dette
extérieure. A l’origine, ce paquet de
mesures visait l’Amérique latine après la
crise de la dette des années 80, et
conditionnait les prêts des IFI
(Institutions financières internationales)
à dix exigences, dont la discipline
fiscale, la déréglementation, la
privatisation et la libéralisation du
commerce. Des banques régionales telles que
la Banque asiatique de Développement et la
Banque interaméricaine de Développement
n’ont pas tardé à adopter la même recette.
En 1995, l’Organisation mondiale du
Commerce est venue s’ajouter au mélange
d’institutions établies pour favoriser la
libéralisation du commerce et le marché
‘libre’.
Au cours des deux dernières décennies,
ces institutions ont imposé les mêmes
politiques de réforme économique ou
‘intégrisme commercial’ aux pays en
développement du monde entier.
Malheureusement, des gens affamés attendent
toujours que ces mesures leur apportent les
opportunités économiques qui les
sortiraient de la pauvreté. D’une manière
générale, les réformes économiques
néolibérales n’ont pas conduit à la
croissance économique, encore moins au
développement durable. Au lieu de
bénéficier les pays les plus défavorisés,
la libéralisation du commerce a servi les
intérêts des pays industrialisés.
Les sociétés transnationales sont celles
qui ont le plus gagné grâce au programme
néolibéral. Le processus de mondialisation
économique leur a permis d’être de plus en
plus actives dans le monde entier. Les
secteurs industriels, y compris les
industries de services, ont déménagé du
Nord vers le Sud. Les marchés des pays en
développement sont devenus plus
intéressants pour eux. Or, le plus
important de tout est que les politiques de
libéralisation commerciale, combinées avec
la pression pour la privatisation, ont
donné aux entreprises davantage d’accès aux
ressources naturelles, jusqu’alors sous
contrôle public..
Lors de la Conférence de l’ONU sur le
financement du développement tenue à
Monterrey, Mexique, en 2002, le Conseil
mondial des entreprises pour le
développement durable a réussi à consolider
encore davantage le programme des
investisseurs privés. La conférence de
l’ONU devait être une large discussion
publique portant sur la manière d’augmenter
la cohérence entre les politiques
commerciales et financières. On espérait
que le débat s’attaquerait aux incohérences
et aboutirait à l’abandon des politiques de
développement non viables du point de vue
social et environnemental. Or, il n’en a
pas été ainsi: les gouvernements se sont
débarrassés de leurs responsabilités et ont
convenu de mettre la question de la
‘cohérence du commerce et de la finance’
entre les mains néolibérales de l’OMC, de
la Banque mondiale et du FMI.
La présente publication, dont le thème
central est la privatisation de l’eau et de
la biodiversité, rassemble 34 exemples de
ce qui se passe lorsque le programme
mentionné est adopté et que le secteur
public laisse au secteur privé le soin
d’exploiter et de gérer les ressources
naturelles. En mettant en lumière des
expériences locales, nous souhaitons
sensibiliser le public aux impacts de la
privatisation de ressources dont nous tous,
nos enfants et les générations d’enfants à
venir avons besoin pour survivre.
la privatisation imposée
La privatisation est définie comme le
processus de céder à une entreprise privée
une partie de la gestion ou du maniement
d’un bien ou d’un service public. La
privatisation est inhérente à la
libéralisation qui, à son tour, consiste à
diminuer le contrôle gouvernemental et à
augmenter le rôle des forces du marché.
L’élimination des monopoles étatiques
implique que les entreprises privées
entrent en concurrence, ce qui devrait
conduire à des produits moins chers et de
meilleurs services.
Pendant la décennie passée, les
gouvernements ont privatisé des biens
publics, de leur propre gré ou forcés par
les programmes d’ajustement structurel. Ces
programmes, imposés comme condition pour
obtenir des prêts des institutions
financières internationales, fixent des
normes économiques strictes, dont la
libéralisation du commerce et la
privatisation. Les prêts en question sont
financés avec des fonds publics.
L’objectif des exigences conditionnant
les prêts est d’accroître la production
d’exportation et d’attirer l’investissement
étranger direct. Pour beaucoup de pays
parmi les moins développés, les conditions
vont plus loin et prescrivent que la
stratégie la plus efficace à court terme
pour faire rentrer de l’argent est de
vendre les biens de propriété publique,
tels que l’eau et les ressources
forestières, à des sociétés étrangères.
Pour faciliter ce processus, les IFI
imposent des réformes favorisant
l’investissement, dont l’adoucissement des
lois nationales sur la société et
l’environnement, la réduction d’impôts, la
mise en place d’infrastructures, les prêts
à des taux d’intérêt préférentiels et
d’autres stimulations encore, dans l’espoir
que les entreprises viendront s’installer
dans le pays. De ce fait, l’investissement
privé dans le secteur des ressources
naturelles a fortement prospéré dans de
nombreux pays pauvres, tandis que diminuait
d’autant la capacité des gouvernements
nationaux à contrôler ces investissements
et à protéger l’accès de leurs citoyens à
ces ressources. La doctrine néolibérale
affaiblit gravement les processus
démocratiques dans le monde entier.
Aucune évidence empirique ne semble
prouver que l’investissement direct
étranger conduise au développement durable
et équitable. Un rapport du Programme des
Nations unies pour le Développement publié
en 2003, ‘Mettre le commerce international
au service de tous’, conclut qu’il n’y a
“aucune corrélation claire entre le volume
de l’investissement étranger direct et le
succès du développement”. Une augmentation
de l’investissement étranger ne représente
pas un investissement nouveau et
constructif dans l’économie réelle des pays
en développement. Il consiste à acquérir
des entités publiques et privées qui
existaient déjà, y compris des fournisseurs
de services publics.
Au cours des ans, les IFI ont adopté des
politiques et des dispositions censément
destinées à assurer que les personnes qui
seront touchées par leurs programmes et
leurs projets seront correctement
consultées. Néanmoins, si la privatisation
des ressources naturelles a des
conséquences directes pour la population,
celle-ci est rarement consultée comme il
faut. D’une manière générale, les processus
de privatisation ont été imposés sans le
consentement préalable, libre et en
connaissance de cause des communautés
locales.
la privatisation et l’organisation
mondiale du commerce
L’Organisation mondiale du Commerce
(OMC) est au coeur des efforts actuels des
entreprises, qui prétendent privatiser la
biodiversité et la transformer en un
produit commercialisable. Les directives de
l’OMC ont des conséquences réelles et
potentielles pour un nombre ahurissant de
ressources naturelles, y compris pour la
vie elle-même. Les négociations de l’OMC
sur les droits de propriété intellectuelle,
sur les services, sur “l’accès aux marchés
non agricoles” et sur l’environnement
mondial sont coupables de cet état de
choses.
L’objectif de l’OMC a deux volets:
fournir des normes pour le commerce
international et ouvrir les marchés. Le
bien-être et les souhaits des sociétés
transnationales, principaux agents du
commerce mondial, figurent parmi les
préoccupations principales des
négociateurs. D’autres questions, telles
que la conservation de la biodiversité et
le droit des gens aux ressources, ont
considérablement moins d’intérêt, de sorte
que les négociateurs peuvent les ignorer ou
même les rejeter si elles entrent en
conflit avec les questions
commerciales.
la privatisation de l’eau et des
arbres
L’accord général de l’OMC sur le
commerce des services (GATS), conclu en
1994 au cours du dernier tour des
négociations, est maintenant révisé et
élargi, de manière à inclure pour la
première fois dans l’OMC beaucoup de
secteurs de services d’importance
environnementale.
Ces secteurs soumis à la négociation
comprennent la distribution de l’eau et de
l’énergie, le tourisme, le transport,
l’aménagement du paysage et l’élimination
des déchets. Les impacts sur la
biodiversité risquent d’être considérables.
Par exemple, les nouvelles limitations
fixées par les gouvernements sur le nombre
et les dimensions des oléoducs, sur le
développement d’installations touristiques
ou sur la consommation de l’eau des fleuves
et des lacs, pourraient être interdites. Le
GATS pourrait aussi forcer la privatisation
des services publics, dont la distribution
d’eau et l’aménagement des parcs et
paysages, partout où il existe déjà une
concurrence entre les secteurs public et
privé.
La caractéristique la plus importante du
GATS est peut-être qu’il est presque
irréversible. En effet, il est
spécifiquement dessiné pour emprisonner les
pays dans des accords qui créent un
environnement commercial ‘stable’ et
‘prévisible’ pour les investisseurs
étrangers. L’inconvénient est que les
erreurs ne peuvent pas être rectifiées a
posteriori. En outre, aucune nouvelle
mesure environnementale ou sociale ne peut
être introduite. Par exemple, si les
négociations du GATS avaient déjà été
complétées, la distribution de l’eau serait
aujourd’hui privatisée en Bolivie, malgré
le succès des citoyens du pays à l’encontre
de ce projet. [
Voir l’étude de cas ci-dessus
]
La division Nord/Sud est encore un trait
caractéristique du GATS. Les pays riches du
Nord cherchent à accéder à un large
éventail de secteurs de services dans le
Sud. L’Union européenne, par exemple, a
demandé première partie l’aide publique au
contrôle privé l’ouverture des services
touchant l’eau et la biodiversité dans plus
de soixante-dix pays en développement. Bien
que les marchés doivent être également
disponibles à tous les membres de l’OMC,
l’Europe sera la principale bénéficiaire
dès qu’il y aura un accord de conclu, car
cela serait hautement profitable à des
entreprises européennes telles que RWE,
Suez, Thames Water et Veolia Environnement
(ex-Vivendi Environnement).
Les documents de négociation secrets de
l’Union européenne montrent l’ampleur et la
profondeur de la libéralisation des
services que les pays industrialisés
cherchent à obtenir. Les demandes de l’UE à
la Malaisie, par exemple, incluent
l’ouverture du marché et l’application d’un
traitement de type national (ce qui veut
dire que les entreprises étrangères doivent
être traitées au moins aussi bien que les
entreprises locales) dans les domaines des
télécommunications, de la construction, de
la distribution, des services
environnementaux, du tourisme et des
voyages, des agences d’information, du
transport et de l’énergie.
la privatisation de la biodiversité et
du paysage
La diversité biologique d’un pays et son
paysage naturel sont des biens publics que
l’État devrait garder à l’intention de ses
citoyens. La raison principale pour
laquelle il faut préserver la biodiversité
et protéger le paysage est de maintenir et
de sauvegarder leurs fonctions écologiques
essentielles, dont la régulation du climat,
la conservation de la diversité génétique
et la protection des ressources hydriques,
la prévention des inondations et la
préservation du sol. La conservation de la
diversité biologique et des écosystèmes est
vraiment la condition sine qua non du
développement durable. Le fait que le GATS
puisse forcer la privatisation de
l’aménagement des ressources biologiques
est donc profondément inquiétant, puisque
cela augmente le risque de compromettre,
dans l’intérêt du commerce, des objectifs
de durabilité d’une importance
cruciale.
De surcroît, les négociations actuelles
de l’OMC sur ‘l’accès au marché non
agricole’ (NAMA) pourraient elles aussi
être nuisibles à la biodiversité. En effet,
ces négociations portent sur absolument
tout ce qui n’est pas un service ni un
produit agricole. Les secteurs visés pour
leur libération immédiate comprennent la
pêche et ses dérivés, les pierres
précieuses et les minéraux. De même, les
mesures environnementales pour la
protection de la biodiversité sont dans la
mire de l’OMC. Les normes d’emballage, de
marketing et d’étiquetage pour le bois et
le poisson, entre autres, sont déjà prévues
pour discussion.
En outre, les États membres ont accordé
à l’OMC le pouvoir d’examiner les rapports
entre les normes du commerce et les mesures
commerciales spécifiques utilisées dans
divers accords multilatéraux sur
l’environnement. Parmi ces accords figurent
deux qui ont une importance critique pour
la biodiversité: la Convention sur le
commerce international des espèces en
danger et le Protocole de Cartagena sur la
prévention des risques biotechnologiques,
qui réglemente le commerce des organismes
génétiquement modifiés.
Il est préoccupant que ces mêmes
gouvernements aient résolument ignoré les
demandes pour que ce débat soit transféré à
l’ONU, alors que (ou peut-être parce que)
cela pourrait signifier que l’OMC aurait la
possibilité de définir quelles mesures
commerciales – ou aucune – seraient
appliquées dans d’autres accords
internationaux. A la limite, l’OMC pourrait
même être autorisée à éviter que les
gouvernements nationaux ne dépassent les
bornes lorsqu’ils appliquent les AME
(accords multilatéraux sur
l’environnement), et à réduire l’incidence
des mesures commerciales destinées à
protéger l’environnement et la santé
publique.
les gros gagnants
Les gros gagnants du bradage des
ressources naturelles de propriété publique
sont les entreprises transnationales. Les
compagnies des eaux, l’industrie
touristique, les exploitants forestiers et
les sociétés pétrolières et minières vont
tous profiter grandement de la
privatisation et de la commercialisation de
biens publics tels que l’eau et la
biodiversité. Les accords internationaux,
nouveaux ou proposés, fruit des efforts de
lobbying des entreprises, transforment à
présent des ressources naturelles telles
que les forêts ou les gènes en produits
hautement profitables pour les entreprises:
c’est le cas du piégeage du carbone, qui a
été inclus dans le Protocole de Kyoto, et
du régime proposé pour le partage des
bénéfices dérivés des ressources
génétiques. Les groupes de pression des
entreprises réussissent, à Bruxelles, à
Washington DC et à d’autres capitales, à
façonner les normes pour la libéralisation
du commerce et de l’investissement de
manière à les adapter aux intérêts des
sociétés transnationales, étayant ainsi
leur expansion mondiale et écartant les
derniers obstacles. Les entreprises ont un
rôle proéminent dans l’économie mondiale
mais, du fait de leur structure, de leurs
dimensions et de leur pouvoir, elles
échappent absolument aux instances
démocratiques de gouvernement mondial. FoEI
et d’autres ONG ont prouvé l’influence des
groupes de pression des entreprises, tels
que la Chambre de Commerce internationale
ou l’Organisation de l’Industrie
biotechnologique, sur le secrétariat de
l’OMC et sur les gouvernements clés, auprès
desquels ces groupes ont défendu des règles
commerciales qui protègent et avantagent
leurs intérêts. Dans notre publication
‘Business Rules, Who Pays the Price’ (FoEI,
2003), nous avons montré l’influence des
industries puissantes sur les règles de
l’OMC et sur les traités de l’ONU et les
conséquences de leurs activités pour les
communautés locales. Les études de cas qui
y figurent illustrent les pressions
exercées par Monsanto et l’American Farm
Bureau, par le biais de l’OMC, sur le
gouvernement des États-Unis, pour qu’il
force l’entrée des organismes génétiquement
modifiés dans un marché européen aux
consommateurs hostiles. D’autres exemples
documentés du pouvoir des entreprises
concernent les efforts d’Exxon Mobil pour
saper la Convention cadre des Nations unies
sur le changement climatique, et le rôle
joué par le secteur pharmaceutique dans
l’accord sur les ADPIC (aspects des droits
de propriété intellectuelle qui touchent au
commerce), pour bloquer la distribution de
médicaments ‘génériques’ bon marché.
Ce sont les entreprises qui gagnent,
parce qu’elles sont considérées comme les
fournisseurs d’éco-services les plus
efficaces et rentables. Malheureusement
pour les gens, l’atténuation de la
pauvreté, le développement durable ou la
distribution des ressources indispensables
à tout le monde ne figurent pas parmi leurs
priorités. Les entreprises n’ont pas
officiellement le rôle de faire respecter
les droits des gens à l’eau ou à un
environnement propre: plutôt, elles visent
à satisfaire les exigences de leurs
actionnaires, qui veulent de fortes
performances économiques et le maximum de
profits. Pourtant, les institutions comme
la Banque mondiale qui, elles oui, ont le
mandat de réduire la pauvreté, continuent
de s’adresser aux entreprises pour qu’elles
administrent et distribuent l’eau ou pour
qu’elles gèrent les projets de
séquestration de carbone.
pourquoi y a-t-il tant de privatisation
?
Les gouvernements l’acceptent pour
diverses raisons, qui sont tantôt
idéologiques, tantôt intéressées, tantôt
pratiques. Parmi les raisons pratiques
figure le fait que les problèmes auxquels
ils sont confrontés impliquent de dépenser
l’argent des impôts. Dans ce cas, la
privatisation leur permet de se débarrasser
de ces problèmes et d’obtenir souvent en
même temps une certaine somme d’argent. En
vendant ainsi les bijoux de famille, ils
peuvent se donner l’air d’avoir résolu les
problèmes ou, du moins, jeter le blâme sur
d’autres, et baisser en même temps les
impôts.
Les défenseurs de la privatisation
allèguent que les entreprises privées sont
tellement plus efficaces que les
entreprises étatiques qu’elles peuvent, en
prenant le contrôle d’une ressource
déterminée, résoudre tous les problèmes que
l’entreprise étatique ou le gouvernement
ont échoué à résoudre et, pour couronner le
tout, faire des profits rondelets. Ces
profits bénéficieront par la suite, de
manière indirecte, la population pauvre.
Apparemment, tout le monde y gagne. Et si
les gouvernements ne sont pas sensibles à
cet argument, il y a toujours les tactiques
des institutions financières comme la
Banque mondiale et le Fonds monétaire
international qui, souvent, n’accordent de
prêts à un pays en développement que si
celui-ci permet la privatisation de ses
biens. En outre, les pays peuvent ne
“bénéficier des avantages du marché libre”
découlant de l’Organisation mondiale du
Commerce que s’ils conviennent, entre
autres, d’accepter et de protéger une série
de droits de propriété intellectuelle, y
compris les droits sur leurs propres
ressources naturelles.
Mais que dire du commun des mortels ?
Les gens bénéficient-ils de la
privatisation ? Il est évident que certains
y perdent: les peuples autochtones, qui
sont empêchés de vivre dans leur terre
natale parce que cette terre a été vendue
en tant que parc protégé et que les
nouveaux propriétaires croient qu’ils y
causeraient des dégâts: les personnes qui
vivent avec un dollar par jour, qui se sont
toujours débrouillées grâce à leurs propres
plantations et à l’eau gratuite, et qui ont
maintenant beaucoup de mal à payer à une
entreprise l’eau privatisée, pour remplacer
l’eau des fleuves polluée par d’autres
activités industrielles ou l’eau des puits
dont ils ne disposent plus parce que la
source appartient à l’entreprise: le paysan
de l’Inde, qui a planté le riz Basmati
pendant des générations mais qui est
maintenant interdit de garder les semences
d’une saison à l’autre parce qu’elles ont
été brevetées par une entreprise
occidentale: les enfants qui naîtront dans
un monde où ils ne pourront pas profiter de
la nature qui les entoure, à moins qu’ils
gagnent assez pour acheter ou louer leur
part du gâteau.
Y a-t-il quelqu’un qui y gagne ? Du
point de vue financier, certains sont
avantagés: par exemple, les actionnaires
des entreprises concernées. Or, même dans
ce cas, peut-on dire qu’ils gagnent à vivre
dans une société où l’écart entre les
riches et les pauvres nourrit la jalousie
et le crime, où les gens meurent de
diarrhée ou de choléra parce que l’eau
potable est hors de prix, où les
entreprises deviennent plus fortes et les
gouvernements plus faibles, où l’appât du
gain des entreprises, en l’absence d’une
réglementation juste et forte, encourage
les activités non durables avec tout ce que
cela comporte pour l’environnement, où la
vie même peut être possédée et brevetée
?
Mettre notre Nature en vente,
est-ce vraiment ce qu’il faut
?