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janvier 2005   

 

papouasie-nouvelle-guinée: la privatisation ‘invisible’ des terres claniques

La concession de Vailala en Papouasie- Nouvelle-Guinée est menacée de destruction définitive à moins qu’on mette fin aux pratiques forestières actuelles. Exploitée par Frontier Holdings Limited, subsidiaire du géant forestier malais Rimbuna Hinjau, la concession couvre environ 900 000 hectares de forêt et constitue l’une des plus grandes opérations forestières du pays. L’extraction se produit à un rythme très rapide, les conifères et d’autres espèces indigènes étant abattues jour et nuit. Depuis le début de la récolte en 1995, de nombreux cas de dégâts environnementaux, de pollution des fleuves, de violation des droits humains, de surexploitation, d’accords non respectés et d’infractions aux lois du travail ont été dénoncés.

la privatisation des terres claniques

La forêt appartient à ses propriétaires originaux, les clans locaux. Au départ, les permis d’exploitation ont été négociés entre l’organisme gouvernemental responsable, le ministère des Forêts, les directeurs des Compagnies de Propriétaires fonciers et Frontier Holdings. Les Compagnies de Propriétaires fonciers étaient censées représenter les clans et administrer les redevances dues pour l’exploitation forestière. Pourtant, les membres des clans ne savent presque rien de leur fonction ni de la nature des opérations. Ces Compagnies n’ont fourni aucun service ni apporté aucun soutien à la vie socio-économique des résidents.

En 2002, le permis d’exploitation est arrivé à expiration. Cependant, sans le consentement de la majorité du clan et avec la collaboration des directeurs de la Compagnie de Propriétaires, Frontier Holdings a obtenu une extension du permis d’exploitation pour continuer à fonctionner dans la zone pendant dix années de plus. Les clans ont été laissés à l’écart de la discussion et l’entreprise a entièrement pris le contrôle du territoire. Bref, le territoire a été privatisé: ses propriétaires sentent qu’ils n’ont plus aucun droit sur lui et ils ne font plus confiance au gouvernement, au ministère des Forêts ni à l’entreprise.

promesses non tenues et bénéfices inexistants

Les opérations forestières dans leur territoire ont apporté très peu de bénéfices aux gens des lieux. Les avantages économiques, sous la forme de redevances, ont été maigres, et les répercussions progressives de l’investissement de l’entreprise sur l’économie en général ne se sont pas matérialisées. Aucune infrastructure économique appropriée permettant le transport et la vente des produits locaux, des routes et des quais, par exemple, n’a été construite. Les promesses de nouvelles écoles, d’hôpitaux et d’autres équipements pour la communauté n’ont jamais été tenues. Les installations de services les plus proches, qui appartiennent à la compagnie, sont réservées aux employés de celle-ci et ne desservent pas les villages avoisinants, dont les habitants doivent naviguer en amont pendant plusieurs heures pour recevoir des traitements médicaux.

l’environnement dégradé, les droits humains violés, la mort

Les infractions au Code de Pratique forestière sont permanentes. Des arbres sont abattus illégalement, d’autres qui n’ont pas atteint la taille requise sont récoltés sans autorisation. Les autorités forestières ne supervisent pas les activités de l’entreprise et n’accomplissent pas leur devoir constitutionnel de protéger la forêt. Pendant ce temps, de nombreux bassins versants sont détruits et le fleuve principal, le Vailala, s’envase de plus en plus. L’érosion accélérée des berges, qui se produit surtout lorsque les fortes pluies balayent de grands volumes de terre, est une source d’inquiétude pour beaucoup de villages.

La législation environnementale a été également violée par les déversements de gas-oil et de produits chimiques qui ont contaminé tout le système fluvial. Déjà en octobre 2002, l’entreprise avait jeté du DDT dans un ruisseau juste en amont du village de Heava, dans le bassin du Vailala. La contamination avait tué toute la vie aquatique de ce cours d’eau. D’après les rapports du centre d’assistance d’Hepea, la contamination chimique a été responsable de la mort de neuf enfants survenue en octobre 2002 en l’espace d’une semaine. Pour la même période, d’autres rapports signalent la mort de plusieurs enfants en aval de Vailala.

Les paysans sont inquiets de voir que leurs terrains de chasse, leurs plantes médicinales et les arbres qu’ils utilisent pour construire leurs maisons et leurs objets traditionnels sont en train de disparaître, tandis que l’eau qu’ils boivent est polluée et que les animaux et les poissons se font rares.

violations des droits humains

Les rapports entre l’entreprise et les propriétaires terriens se sont détériorés au cours des ans, depuis le début des opérations. L’entreprise a privé les gens de leur droit à la parole et a fonctionné sans tenir compte de l’opinion de la majorité locale. Elle a ignoré l’existence des lois et des tabous locaux et détruit, au nom du développement, des sites traditionnels et des lieux de cérémonie sacrés.

Lorsque les propriétaires des terres mettent en question certaines activités de l’entreprise, celle-ci appelle les forces de l’ordre de la police: de nombreux résidents ont dénoncé de mauvais traitements de la part de l’entreprise et des Compagnies de Propriétaires. A l’heure actuelle, ils pensent qu’ils n’ont plus aucun droit constitutionnel, et ne se sentent plus propriétaires de leurs terres.

instabilité sociale

La situation a provoqué une augmentation des problèmes sociaux au sein des communautés locales. De nombreux jeunes mènent une vie de plus en plus violente, où dominent le crime, la drogue et la prostitution. Les troubles de santé sont nombreux: des maladies naguère peu fréquentes dans la région sont devenues courantes.

De surcroît, les conflits se multiplient, aussi bien contre l’entreprise, dont deux employés ont été abattus pendant l’occupation d’un campement, qu’entre les clans, dont les membres ne vivent plus en harmonie.

quel avenir ?

Fly River, Papua New Guinea

Les gens de Vailala veulent maintenant que l’extraction forestière soit stoppée et qu’il soit exigé à l’entreprise de respecter le code forestier, la législation forestière et les droits humains. Si elle refuse de le faire, un nouvel investisseur sera appelé à opérer dans la zone. Autrement, il faudra discuter de nouveaux moyens de faire venir des capitaux sans porter atteinte à l’environnement.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Centre pour la Loi environnementale et les Droits communautaires, un groupe membre de Friends of the Earth International, est en activité dans la région de Vailala: il fournit des conseils et de l’assistance légale aux clans locaux, et enquête sur les opérations d’extraction forestière.

informations supplémentaires
Centre for Environmental Law and Community Rights

 

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