papouasie-nouvelle-guinée: la
privatisation ‘invisible’ des terres
claniques
La concession de Vailala en Papouasie-
Nouvelle-Guinée est menacée de destruction
définitive à moins qu’on mette fin aux
pratiques forestières actuelles. Exploitée
par Frontier Holdings Limited, subsidiaire
du géant forestier malais Rimbuna Hinjau,
la concession couvre environ 900 000
hectares de forêt et constitue l’une des
plus grandes opérations forestières du
pays. L’extraction se produit à un rythme
très rapide, les conifères et d’autres
espèces indigènes étant abattues jour et
nuit. Depuis le début de la récolte en
1995, de nombreux cas de dégâts
environnementaux, de pollution des fleuves,
de violation des droits humains, de
surexploitation, d’accords non respectés et
d’infractions aux lois du travail ont été
dénoncés.
la privatisation des terres
claniques
La forêt appartient à ses propriétaires
originaux, les clans locaux. Au départ, les
permis d’exploitation ont été négociés
entre l’organisme gouvernemental
responsable, le ministère des Forêts, les
directeurs des Compagnies de Propriétaires
fonciers et Frontier Holdings. Les
Compagnies de Propriétaires fonciers
étaient censées représenter les clans et
administrer les redevances dues pour
l’exploitation forestière. Pourtant, les
membres des clans ne savent presque rien de
leur fonction ni de la nature des
opérations. Ces Compagnies n’ont fourni
aucun service ni apporté aucun soutien à la
vie socio-économique des résidents.
En 2002, le permis d’exploitation est
arrivé à expiration. Cependant, sans le
consentement de la majorité du clan et avec
la collaboration des directeurs de la
Compagnie de Propriétaires, Frontier
Holdings a obtenu une extension du permis
d’exploitation pour continuer à fonctionner
dans la zone pendant dix années de plus.
Les clans ont été laissés à l’écart de la
discussion et l’entreprise a entièrement
pris le contrôle du territoire. Bref, le
territoire a été privatisé: ses
propriétaires sentent qu’ils n’ont plus
aucun droit sur lui et ils ne font plus
confiance au gouvernement, au ministère des
Forêts ni à l’entreprise.
promesses non tenues et bénéfices
inexistants
Les opérations forestières dans leur
territoire ont apporté très peu de
bénéfices aux gens des lieux. Les avantages
économiques, sous la forme de redevances,
ont été maigres, et les répercussions
progressives de l’investissement de
l’entreprise sur l’économie en général ne
se sont pas matérialisées. Aucune
infrastructure économique appropriée
permettant le transport et la vente des
produits locaux, des routes et des quais,
par exemple, n’a été construite. Les
promesses de nouvelles écoles, d’hôpitaux
et d’autres équipements pour la communauté
n’ont jamais été tenues. Les installations
de services les plus proches, qui
appartiennent à la compagnie, sont
réservées aux employés de celle-ci et ne
desservent pas les villages avoisinants,
dont les habitants doivent naviguer en
amont pendant plusieurs heures pour
recevoir des traitements médicaux.
l’environnement dégradé, les droits
humains violés, la mort
Les infractions au Code de Pratique
forestière sont permanentes. Des arbres
sont abattus illégalement, d’autres qui
n’ont pas atteint la taille requise sont
récoltés sans autorisation. Les autorités
forestières ne supervisent pas les
activités de l’entreprise et
n’accomplissent pas leur devoir
constitutionnel de protéger la forêt.
Pendant ce temps, de nombreux bassins
versants sont détruits et le fleuve
principal, le Vailala, s’envase de plus en
plus. L’érosion accélérée des berges, qui
se produit surtout lorsque les fortes
pluies balayent de grands volumes de terre,
est une source d’inquiétude pour beaucoup
de villages.
La législation environnementale a été
également violée par les déversements de
gas-oil et de produits chimiques qui ont
contaminé tout le système fluvial. Déjà en
octobre 2002, l’entreprise avait jeté du
DDT dans un ruisseau juste en amont du
village de Heava, dans le bassin du
Vailala. La contamination avait tué toute
la vie aquatique de ce cours d’eau. D’après
les rapports du centre d’assistance
d’Hepea, la contamination chimique a été
responsable de la mort de neuf enfants
survenue en octobre 2002 en l’espace d’une
semaine. Pour la même période, d’autres
rapports signalent la mort de plusieurs
enfants en aval de Vailala.
Les paysans sont inquiets de voir que
leurs terrains de chasse, leurs plantes
médicinales et les arbres qu’ils utilisent
pour construire leurs maisons et leurs
objets traditionnels sont en train de
disparaître, tandis que l’eau qu’ils
boivent est polluée et que les animaux et
les poissons se font rares.
violations des droits humains
Les rapports entre l’entreprise et les
propriétaires terriens se sont détériorés
au cours des ans, depuis le début des
opérations. L’entreprise a privé les gens
de leur droit à la parole et a fonctionné
sans tenir compte de l’opinion de la
majorité locale. Elle a ignoré l’existence
des lois et des tabous locaux et détruit,
au nom du développement, des sites
traditionnels et des lieux de cérémonie
sacrés.
Lorsque les propriétaires des terres
mettent en question certaines activités de
l’entreprise, celle-ci appelle les forces
de l’ordre de la police: de nombreux
résidents ont dénoncé de mauvais
traitements de la part de l’entreprise et
des Compagnies de Propriétaires. A l’heure
actuelle, ils pensent qu’ils n’ont plus
aucun droit constitutionnel, et ne se
sentent plus propriétaires de leurs
terres.
instabilité sociale
La situation a provoqué une augmentation
des problèmes sociaux au sein des
communautés locales. De nombreux jeunes
mènent une vie de plus en plus violente, où
dominent le crime, la drogue et la
prostitution. Les troubles de santé sont
nombreux: des maladies naguère peu
fréquentes dans la région sont devenues
courantes.
De surcroît, les conflits se
multiplient, aussi bien contre
l’entreprise, dont deux employés ont été
abattus pendant l’occupation d’un
campement, qu’entre les clans, dont les
membres ne vivent plus en harmonie.
quel avenir ?
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Fly
River, Papua New Guinea |
Les gens de Vailala veulent maintenant
que l’extraction forestière soit stoppée et
qu’il soit exigé à l’entreprise de
respecter le code forestier, la législation
forestière et les droits humains. Si elle
refuse de le faire, un nouvel investisseur
sera appelé à opérer dans la zone.
Autrement, il faudra discuter de nouveaux
moyens de faire venir des capitaux sans
porter atteinte à l’environnement.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Centre
pour la Loi environnementale et les Droits
communautaires, un groupe membre de Friends
of the Earth International, est en activité
dans la région de Vailala: il fournit des
conseils et de l’assistance légale aux
clans locaux, et enquête sur les opérations
d’extraction forestière.
informations supplémentaires
Centre for Environmental Law and
Community Rights