Danemark: Focus sur NOAH
Les Amis de la Terre Danemark ont été fondés en 1969 en réaction à la pollution qui à cette époque était très visible au Danemark. Des usines crachant des fumées, des fjords pollués par le déversement des égoûts, l'utiilisation de pesticides nocifs, tout cela était monnaie courante en ce temps.
Radical dès le début
Le groupe s'est formé dans des conditions spectaculaires. Tous les mercredis soirs, des conférences publiques se donnaient à l'université de Copnehague, sous l'appellation “les mercredis soirs de l'histoire naturelle” (Natural History Wednesday Evenings ce qui s'abrège en danois en NOA). Un des cycles de conférences était consacré à la pollution, très visible en 1969.
Choqués de découvrir l'état de l'environnement dans leur pays, un groupe d'étudiant qui assistaient aux conférences se sont réunis et ont décidé de faire quelque chose à ce sujet. Ils ont loué un auditoire et invité leurs condisciples et professeurs à assister à un évènement qu'ils avaient organisé.
Une fois tout le monde assis, les étudiants ont verrouillé les portes et agressé le public avec des formes de pollutions qui les atteignaient par tous leurs sens. Une machine crachait de la fumée de tabac, une motcyclette rugissait sur la scène, alors que des images de poumons atteints par le cancer étaient projetées en arrière-plan.
Tandis que le public tentait de comprendre ce qui se passait, un canard vivant fut amené sur la scène, que les étudiants trempèrent dans le pétrole. Puis il demandèrent au public de mettre fin aux souffrances de l'oiseau en le décapitant. Personne ne s'offrant à le faire, les étudiant accomplirent cette triste besogne eux-mêmes avant d'éclabousser l'assistance avec le sang qui giclait du canard à l'agonie.
Même si les moyens utilisés étaient extrêmes, le message était clair : tout un chacun subit les effets de la pollution et il faut agir dès à présent.
A l'ouverture des portes, alors que l'assistance encore sous le choc gagnait la sortie, les organisateurs de l'évènement les invitaient à se joindre à la formation d'un groupe écologiste. Ils ont aussi demandé aux gens de les aider à trouver un nom pour ce nouveau groupe. Quelqu'un suggéra de conserver NOA et d'y ajouter un H pour faire le lien avec le personnage qui, dans la Bible, a sauvé tous les animaux. C'est ainsi que NOAH a vu le jour.
Le travail de noah
Le groupe a toujours adopté une approche holistique dans son travail, bien qu'au fil des ans il se soit penché sur un vaste éventail de questions parmi lesquelles le climat, l'énergie, l'agriculture, les biocarburants, les organismes génétiquement modifiés et les transports, pour en citer quelques uns. Ils cherchent à informer le public et les décideurs par un mélange d'activisme et d'information sous forme de livres, revues et rapports qu'ils produisent sur les problèmes qui se posent au Danemark.
Depuis le début, ils ont joué un rôle efficace dans l'orientation du débat écologiste.
"Quand on a mis en place un ministère danois de l'environnement en 1970, le ministre d'alors avait des réunions confidentielles avec NOAH afin de comprendre ce qu'il devait faire" déclare Palle. "Cela a donné à l'association beacoup d'influence dans les premiers temps."
"Dans les années 70, NOAH a joué un rôle actif dans le début d'une nouvelle ère pour les éoliennes au Danemark, celles-ci produisent aujourd'hui près d'un cinquième de l'énergie du pays."
De nos jours, environ la moitié des éoliennes installées dans le monde sont produites par des entreprises danoises.
Malheureusement ni l'influence ni l'activisme n'ont pu apporter de changement positif dans une autre industrie pour laquelle le Danemark est renommé: l'industrie du porc.
L'élevage du porc est une industrie florissante au Danemark. Chaque année, l'industrie élève 25 millions de cochons dans des conditions horribles, et ceux-ci sont nourris principalement avec du soja génétiquement modifié importé d'Amérique du Sud.
Il y a quelques années, NOAH ciblait les touristes allemands, qui sont nombreux à voyager au Danemark chaque année.
A l'aide de brochures et de flyers, les bénévoles de NOAH recommandaient aux visiteurs de ne pas acheter de produits porcins danois. Bien que cette action ait été très médiatisée et dérangeante pour les producteurs porcins, Palle n'est pas optimiste quant à la perspective prochaine d'une révolution éthique dans l'industrie du porc.
"Au Danemark, changer l'agriculture industrielle c'est comme demander au Soleil d'inverser sa course" dit-il.
"Les agriculteurs ne représentent qu'une petite partie de la population à l'heure actuelle, mais tout le monde est convaincu que l'industrie du porc est essentielle pour le Danemark – ce qui n'est pas le cas.
"Si il n'y avait pas les subsides de l'UE, cette industrie ne serait pas rentable. Mieux vaudrait encore payer les fermiers à ne rien faire. Cela éviterait cette horrible puanteur dans les campagnes, ainsi que la pollution de l'eau"
Il pense qu'une partie du problème est que les gens qui vivent en ville n'ont plus aucun lien avec la campagne et ne sont pas vraiment conscients des problèmes écologiques.
"Quand les gens viennent à la campagne, ils peuvent remarquer, par exemple, l'odeur des porcheries mais se dire que ce n'est pas si terrible. Si ils devaient le supporter en permanence, ils penseraient différemment."
s'attaquer aux racines du problème
Bien que beaucoup a déjà été fait au Danemark pour parer à la dégradation de l'environnement, Palle est convaincu que le travail de NOAH est aujourd'hui plus difficile que jamais.
"On s'est attaqué à un tas de problèmes écologiques, dit-il, mais jamais à la racine."
"Nous sommes passés d'une pollution atmosphérique évidente, que l'on pouvait respirer ou voir, à une contamination plus invisible comme celle des organismes génétiquement modifiés ou des particules fines émises par les moteurs diésels dans les villes. Votre linge reste propre quand il sèche au jardin mais vos poumons sont envahis de minuscules particules dangereuses.”
"Pour le grand public, aujourd'hui, tout va bien. De nos jours, on peut nager dans le port de Copenhague, ce qui était impensable il y a trente ans d'ici. Alors, où est le problème?”
"Beaucoup de choses ont été faites mais la situation sur le terrain a changé. A présent nous sommes confrontés à cet énorme monstre qu'est le changement climatique, c'est un problème global mais qui réclame aussi des solutions locales. Quand on commence à y penser, on se rend compte qu'il se manifeste dans tous aspects de la vie moderne."
Palle est convaincu que l'attention grandissante pour le climat, qui a culminé avec le sommet de Copenhague l'année dernière, est en train de retomber à nouveau et que NOAH doit se remettre à mobiliser le public une fois encore et lui faire savoir que tout n'est pas règlé.
Travailler au niveau international
En 1986 NOAH a rejoint les Amis de la Terre International (AdTI) et a travaillé depuis lors au niveau international pour s'attaquer aux gros problèmes comme le changement climatique.
L'une des premières campagnes internationales à laquelle ils ont participé était l'étude sur une 'Europe Soutenable' avec les autres groupes européens dans les années 90.
La campagne 'Europe Soutenable' se basait sur le concept d'espace environnemental, c'est le principe de la dette écologique : il ne devrait pas être possible que certaines populations bénéficient d'une plus grande proportion des ressources de la Terre que d'autres. La part de carbone doit être égale pour tout habitant de la planète. Sur cette base, des calculs ont été faits pour définir ce que serait un partage équitable. Pas seulement pour cette génération mais également pour celles qui nous suivent.
Ce travail fait véritablement écho à la vision de l'écologie de Palle:
"L'environnement est essentiel pour l'humanité. A mes yeux, la justice a toujours été le point de départ." dit-il.
La campagne Europe Soutenable a nourri une grande part des réflexions et des revendications de la campagne menée par la suite par NOAH autour du climat. Par après, le groupe s'est joint à la campagne Big Ask dans laquelle les groupes européens des Amis de la Terre réclamaient des réductions des émissions de carbone de l'ordre de 40% d'ici 2020 à l'échelle de l'UE.
Cette collaboration a mené à l'un des points culminants dans l'histoire de NOAH : la conférence 2009 des Nations Unies sur le Changement Climatique à Copenhague, plus connue sous le nom de COP15.
réclamer la justice climatique à Copenhague
NOAH a joué un rôle essentiel en assurant l'hébergement et le soutien logistique pour la délégation des AdTI qui est descendue à Copenhague en décembre 2009. Grâce à une équipe de bénévoles motivés, la fédération a pu assurer une forte présence dans les rues et lors des nombreux forums qui se sont déroulés au cours des deux semaines du sommet.
"La COP a été un sommet pour NOAH tant à cause du Klimaforum [le sommet climat des peuples] et de l'action organisée par les AdTI, et une déception à cause des résultats.
"Elle a complètement asséché nos ressources mais nous avons réussi à recevoir et héberger plus de 2.000 persones venues du monde entier et à organiser la Vague pour le climat (the Flood), l'action des Amis de la Terre International au cours de laquelle plus de 5.000 ont défilé pour la justice climatique" dit Palle.
Qui est palle bendsen ?
NOAH a fait partie de la vie de Palle depuis des décennies. Toutefois c'est en 1995 qu'il a commencé à s'impliquer directement dans le groupe.
Comme tous les autres memres de l'association, il travaille soit comme bénévole, soit sur un projet lorsque des fonds sont disponibles. Le groupe dispose d'un réseau très souple d'environ une centaine de bénévoles qui vont et viennent en fonction de leur situation et auxquels on peut faire appel pour un coup de main en cas de besoin.
Quant à ce qui motive Palle à consacrer sa vie professionnelle à l'écologie, il dit que ce n'est pas né à un moment bien précis de sa vie, mais que c'est intégré à sa vision du monde depuis le début de son adolescence.
Dans sa jeunesse, il a travaillé quelque temps sur un pétrolier grec, au milieu de gens de plusieurs nationalités.
"J'y ai vu les conditions de travail de gens moins privilégiés que nous le sommes en Scandinavie et les conditions dans lesquelles ces gens travaillaient, c'était pour fournir le pétrole dont nous dépendions tous en ce temps-là. Avant la crise pétrolière de 1973, le Danemark était complètement dépendant du pétrole. Après la crise, on s'est tournés vers le charbon.,” se souvient-il.
Devenir père a également renforcé sa sensibilité ecologiste.
"Il y trente ans, quand mes enfants étaient petits, j'habitais à la campagne, là mon voisin fermier polluait l'eau avec des pesticides et un incinérateur communal dans le voisinage émettait de grandes quantités de dioxines. Puis il y a eu la catastrophe de Tchernobyl qui s'est produite à 1.500 kilomètres. C'est uniquement le hasard qui a fait souffler le vent dans la direction oppposée. Vivre à la capagne ne nous met pas à l'ari de la pollution"
"Quand on a des enfants, on pense à l'avenir. Aujourd'hui que j'ai une petite-fille, j'y pense à nouveau" dit-il en conclusion.

