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Alors que nous célébrons la Journée de la Terre et avec la COP30 de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en novembre 2025, nous sommes simultanément témoins des effets étendus et dévastateurs des crises du climat et de la biodiversité. Le rapport “Climate and Biodiversity in Freefall. How policy failures accelerate the polycrises” (Climat et biodiversité en chute libre. Comment les échecs politiques accélèrent la polycrise) examine le lien étroit entre ces deux crises et la manière dont les politiques climatiques aggravent la perte de la biodiversité. Il est évident que nous avons besoin d’un véritable changement de système qui se concentre sur les causes profondes et démantèle toutes les formes d’oppression et d’exploitation.

Comprendre le lien étroit entre le changement climatique et la crise de la biodiversité

Intrinsèquement liées, les crises du changement climatique et la crise de la biodiversité découlent des mêmes systèmes économiques, sociaux et politiques qui privilégient la maximisation des profits au détriment des personnes et de l’environnement, récompensent l’exploitation, et ces crises s’exacerbent l’une l’autre. 

Selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), près d’un million d’espèces végétales et animales sont aujourd’hui menacées d’extinction en raison de la hausse des températures et de l’augmentation de la fréquence et de la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes qui ravagent les habitats, les écosystèmes et les communautés.

Et cela va dans les deux sens : la perte de biodiversité a également un impact majeur sur la stabilité du climat. À mesure que les écosystèmes perdent de la biomasse – la somme de tous les organismes vivants -, la diversité des espèces diminue. La déforestation et la dégradation des sols dues à l’agriculture industrielle et à d’autres industries extractives ont considérablement réduit la quantité totale de carbone stockée dans la biomasse. Par exemple, l’Amazonie s’approche rapidement d’un point de basculement où les forêts pourraient se transformer en sources de carbone, à la place des puits de carbone essentiels qu’elles sont actuellement. Cela aurait des conséquences irréversibles et catastrophiques sur le climat. Les compensations de carbone et de biodiversité ne font rien pour inverser cette perte de carbone et de biomasse, et ne pourront jamais être une solution à la crise du climat ou de la biodiversité. 

Pour relever ces défis majeurs, il faut adopter une approche globale. Or, les réponses politiques actuelles ne font que nous pousser davantage dans une impasse.

Les dangers des politiques climatiques néfastes

Les politiques climatiques qui proposent de fausses solutions ne parviennent pas à résoudre ces crises et aggravent cette boucle de rétroaction négative. Les agrocarburants, par exemple, présentés comme une soi-disant « solution » pour remplacer les combustibles fossiles et alimenter les voitures, ont gagné en popularité ces dernières années, bien qu’ils soulèvent de graves préoccupations : leur production crée une concurrence féroce pour les terres entre les productions alimentaire et énergétique, et réduit considérablement la disponibilité des terres arables pour la production alimentaire. Il en résulte souvent une aggravation de la déforestation et de l’accaparement des terres, ce qui affecte de manière disproportionnée les populations autochtones et les petits producteurs de denrées alimentaires, menaçant leur vie et leurs moyens de subsistance et effaçant les savoirs ancestraux. 

Les compensations de carbone basées sur le carbone stocké dans les forêts, telles que REDD+ et les solutions basées sur la nature, ont également pris de l’ampleur malgré leurs exigences irréalistes en matière de terres pour soi-disant compenser les émissions continues de combustibles fossiles. Ces compensations reposent sur l’idée qu’éviter de détruire la nature, et donc éviter de libérer plus de carbone dans l’atmosphère, donne le droit d’émettre davantage ailleurs. Et cela conduit à ce que cette même nature soit menacée par le changement climatique, au lieu de la compenser.

Présentées comme des solutions aux crises du climat et de la biodiversité qui seraient favorables aux économies des États, elles ne sont en réalité que de fausses solutions qui fragilisent davantage la biodiversité et nous mettent toutes et tous en danger. Elles retardent l’adoption de mesures urgentes et adéquates tout en ayant des conséquences désastreuses pour les communautés et les écosystèmes, en particulier dans les pays du Sud. La plantation d’arbres, principalement dans des monocultures nuisibles à la biodiversité, est également devenue une technique d’écoblanchiment pour les entreprises qui cherchent à retarder l’action et à redorer leur image – compte tenu de leur rôle dans la polycrise – afin de pouvoir continuer à profiter de la crise qu’elles ont créée. Au lieu de cela, nous avons besoin de mesures qui s’attaquent d’urgence aux causes sous-jacentes du changement climatique et de la perte de biodiversité.

Réclamons un changement de système pour rompre ce cercle vicieux

Il est clair que les fausses solutions ne nous sortiront pas d’un tel pétrin. Au mieux, les entreprises et les pays riches qui les soutiennent enfonceront l’humanité et l’environnement dans une situation encore plus inextricable. Pour s’attaquer réellement à cette polycrise, il faut un véritable changement de système qui s’attaque à la racine du problème, démantèle et évite de reproduire les mêmes formes d’oppression et d’exploitation.

Dans le même temps, il est tout aussi important de reconnaître et de responsabiliser les femmes, les peuples autochtones et les communautés locales (IPLC), dont les connaissances et les pratiques traditionnelles, scientifiques, historiques et collectives sont inestimables pour la préservation des écosystèmes dont nous dépendons. Les femmes ont toujours été les gardiennes des forêts et des écosystèmes. Leurs voix doivent être entendues et respectées, tout comme celles des communautés locales et autochtones dans les processus de prise de décision concernant leurs terres.

À l’approche de la COP30, les crises interdépendantes du changement climatique et de la perte de biodiversité appellent à une révision fondamentale de notre approche. En reconnaissant leur lien étroit, en mettant un terme aux politiques néfastes et en soutenant les savoirs autochtones, nous pouvons ouvrir la voie à un changement de système qui protège les écosystèmes de notre planète et offre un avenir durable aux peuples et aux communautés, en particulier à ceux du Sud qui sont les plus touchés. Les enjeux ne pourraient être plus importants.