group of people with seedlings and plants

Le Guatemala n’a pas échappé au développement exponentiel des plantations de monoculture en Amérique latine au cours des dernières décennies. A travers le pays, les communautés paysannes et autochtones s’organisent pour lutter contre les impacts de ces projets et pour la défense de la souveraineté alimentaire, à travers le renforcement des capacités en mettant un accent croissant sur l’agroécologie.

Depuis 2002, l’Association pour la promotion et le développement de la communauté (CEIBA – Amis de la Terre Guatemala), travaille à la promotion des processus de production agro-écologiques face à l’urgence du combat contre les impacts des « engrais et des pesticides sur le sol, l’eau, l’alimentation et la santé », comme l’explique l’organisation.

Selon une étude (non traduite) de la Coalition internationale pour l’accès à la terre (International Land Coalition), les surfaces agricoles accaparées par les cultures de palmier à huile et de canne à sucre sont passées de 117 000 hectares en 1990 à presque 290 000 hectares en 2010. En 2013, le pays est devenu le premier producteur mondial d’huile de palme par hectare, selon les chiffres fournis par l’Union des producteurs d’huile de palme.

Contrairement à ce que disent les acteurs de ce processus, l’expansion de ces monocultures a engendré un ensemble d’impacts socio-environnementaux majeurs pour les communautés rurales ainsi que pour le pays dans son ensemble. Une étude réalisée par Action Aid (Agrofuel Plantations and the Loss of Lands for Food Production in Guatemala – Plantations d’agrocarburants et perte de terres pour la production alimentaire au Guatemala) indique que « au cours de la dernière décennie, le Guatemala est passé du statut de pays autosuffisant en termes d’alimentation à celui de pays dépendant de l’importation de maïs jaune, de riz, de blé et de soja, étant de plus en plus soumis aux variations des prix alimentaires sur les marchés internationaux et dépendant de leur disponibilité au niveau international ».

Dans le département de Petén, les plantations de monoculture de palmiers à huile engendrent de graves impacts, comme la pollution des sources d’eau par des produits agrotoxiques, le déplacement forcé des communautés paysannes et l’introduction de ces cultures dans des zones naturelles protégées.

Les mégaprojets extractifs et hydroélectriques viennent encore s’ajouter au catalogue de mesures qui menacent la construction de la souveraineté alimentaire au Guatemala.

Agir depuis la base

Grâce à différentes actions au niveau communautaire, CEIBA promeut la production agroécologique rassemblant près de 3500 familles dans 90 communautés, réparties dans 4 départements du pays.

Aux dires de l’organisation, ces actions incluent des centres de semences communautaires ; la promotion de systèmes de production diversifiés ; les échanges d’expériences entre petits agriculteurs ; des processus de renforcement des capacités auprès des promoteurs de l’agroécologie ; des campagnes de promotion et de sensibilisation à l’agroécologie et à la souveraineté alimentaire, l’organisation de marchés de semences et de sensibilisation aux intrants agroécologiques ; des marchés cuisiniers, la promotion des marchés de petits producteurs communautaires et des marchés municipaux ; la création de cursus dans les écoles autour de la durabilité pour sensibiliser les enfants et les jeunes.

Des actions de sensibilisation et d’organisation face aux menaces sont également menées dans le cadre du travail au niveau communautaire, tout comme l’organisation de campagnes contre les OGM (qui ont permis, en 2014, d’obtenir l’abrogation de la « Loi Monsanto ») ou encore des actions de plaidoyer et de lobbying au niveau communautaire et gouvernemental afin de contrer les projets de plantations de monoculture de canne à sucre et de palmier à huile.

Au cours de ces années de travail, CEIBA partage certaines des victoires dans la construction de l’agroécologie dans le pays. Elles incluent le renforcement des capacités d’environ 900 défenseurs de la production agroécologique et de la souveraineté alimentaire, qui travaillent dans leurs propres communautés ; la création de 300 champs agroécologiques basés sur des systèmes de production alternatifs ou encore la création de quatre centres de sauvetage et de conservation des semences.

L’organisation souligne également que ces initiatives leur ont permis de réaliser des bénéfices et de devenir autosuffisants « grâce à la commercialisation locale de leurs excédents et des échanges commerciaux solidaires sur les marchés communautaires et municipaux ».