Déclaration de la Journée Internationale des Femmes Travailleuses 2026*
Nous défendons la vie, la terre et la dignité, et grâce à nos luttes, un autre monde est possible
En cette Journée internationale des femmes, nous réaffirmons que la justice de genre ne peut être dissociée de la lutte plus générale pour la justice autour du monde.
Dans toutes les régions, les femmes et les personnes de genres marginalisés résistent aux systèmes qui exploitent la terre, les corps et les communautés. Ces systèmes ne sont pas le fruit du hasard, mais trouvent leurs racines dans le patriarcat, le militarisme, le racisme et l’héritage colonial, le pouvoir des entreprises et l’impérialisme. Ils déterminent qui contrôle les ressources, qui supporte le fardeau des crises et quelles vies sont considérées comme dispensables.
Aujourd’hui, alors que la communauté internationale célèbre la Journée internationale des femmes sous le thème des droits, de la justice et de l’action pour toutes les femmes et les filles, nous reconnaissons qu’une véritable justice nécessite de s’attaquer aux forces structurelles qui reproduisent les oppressions.
Partout dans le monde, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes d’impérialisme et de colonialisme qui affectent différents peuples dans différentes régions, avec le silence complice de la communauté internationale. La destruction du droit international touche les populations les plus vulnérables, où les femmes, les femmes d’ascendance africaine, les personnes transgenres et les personnes de genre divers paient le prix le plus élevé.
Les droits acquis par des luttes sans relâche sont érodés par les forces d’extrême droite, la réduction de l’espace civique et les programmes régressifs qui visent à contrôler le corps des femmes, à faire taire les voix féministes et à affaiblir l’organisation collective.
Les femmes sont non seulement parmi les plus touchées par la destruction de l’environnement, les conflits, les déplacements et l’injustice économique, mais elles sont également à l’avant-garde de la résistance. De la défense de la terre et de l’eau au soutien des communautés en temps de crise, en passant par la lutte contre la violence sous toutes ses formes, les défenseuses de l’environnement et les militantes de base continuent de tracer la voie vers la dignité, la sécurité, la survie et le changement de système.
La dévastation environnementale aggrave l’injustice entre les genres. Lorsque les écosystèmes sont détruits, ce sont souvent les femmes qui doivent parcourir de plus longues distances pour s’approvisionner en eau, lutter pour obtenir de la nourriture et absorber les impacts du déplacement et de la pauvreté. Lorsque les territoires sont militarisés ou exploités, le corps et les moyens de subsistance des femmes sont menacés. Lorsque les économies sont basées sur l’extraction et l’inégalité, le travail de soins s’étend tandis que les droits sont réduits.
Un avenir juste nécessite le démantèlement de ces systèmes d’oppression interconnectés. Les luttes féministes pour la sécurité et l’égalité sont indissociables des mouvements pour la justice climatique, les droits fonciers, l’autodétermination et la justice économique. Il ne peut exister ni justice environnementale sans justice de genre, ni justice de genre sans s’attaquer aux structures mondiales qui soutiennent l’exploitation et la violence.
En ce jour, nous sommes solidaires des femmes, des personnes de toutes les diversités de genre et des communautés qui résistent à l’oppression sous toutes ses formes. Nous rendons hommage au courage de celles·eux qui défendent la vie, le territoire et les droits collectifs, souvent au péril de leur vie. Leur leadership nous rappelle que la justice n’est pas accordée d’en haut, mais qu’elle se construit à travers la lutte collective.
Nous appelons les gouvernements et la communauté internationale à prendre des mesures concrètes pour :
- Protéger les femmes, les diversités de genre et les défenseu·ses·rs de l’environnement et des droits humains.
- Mettre fin aux politiques qui alimentent la militarisation, la dépossession et le génocide.
- Garantir l’accès à la terre, aux ressources et au pouvoir de décision publique qui s’opposent aux inégalités et aux violences systémiques sous toutes leurs formes.
- Investir dans des systèmes de soins et des services publics universels.
- Mettre fin à l’impunité des violences faites aux femmes et aux communautés marginalisées.
En cette Journée internationale des femmes, nous renouvelons notre engagement à construire un monde fondé sur la solidarité et la justice sociale, économique, de genre et environnementale.
La lutte pour la justice de genre est indissociable de la lutte pour la vie elle-même, et c’est une lutte que nous continuerons ensemble.
* ATI utilise le nom initial de cette Journée internationale afin de rappeler l’importance de la dignité du travail qui caractérise cette lutte, la place qu’occupent les femmes dans le monde du travail et reconnaître que la majeure partie du travail de soins et d’autres tâches essentielles continue de reposer en grande majorité sur les femmes, les femmes autochtones, les femmes d’ascendance africaine et les personnes de divers genres qui accomplissent ces travaux sans rémunération, sans droits et dans des conditions de plus en plus précaires.
Image principale : Marche Internationale de la Journée des Femmes Travailleuses à Montevideo, Uruguay, le 8 mars 2019. Crédit : Edgardo Mattioli, ATI.