Aujourd’hui, en cette Journée Internationale de Lutte des Femmes, nous partageons les voix et les expériences des activistes femmes et transgenres des Amis de la Terre qui luttent pour l’environnement. Les contextes nationaux et régionaux qu’elles décrivent sont variés, mais les défis auxquels elles sont confrontées reflètent tous des formes d’oppression entrelacées fondées sur la classe, le genre, la race ou l’ethnie, la sexualité, les capacités différentes et les divers rapports de pouvoir. Les voix de ces femmes révèlent la portée de la lutte pour la justice de genre et pour le démantèlement du patriarcat, et les rapports étroits de cette lutte avec notre combat pour la justice environnementale. En même temps, ces voix nous donnent de l’espoir et orientent notre lutte. Nous espérons que, pour vous aussi, elles seront une source d’inspiration…

 

Emma, Young Friends of the Earth Europe

« L’un des principaux problèmes est l’écart supposé qu’il y aurait entre la lutte pour l’environnement et la lutte pour la justice de genre : bien que les deux soient étroitement imbriquées, leurs liens ne sont pas toujours perçus. J’ai entendu parler que l’environnement est le problème principal, et qu’on pourra s’occuper des droits des transsexuels, afrodescendantes ou des personnes aux capacités différentes une fois qu’on aura fini de s’occuper du changement climatique. Cela n’a pas de sens. Pour moi, l’activisme environnemental coïncide avec l’activisme pour la justice de genre et pour la justice sociale. »

Emma, Jeunes Amis de la Terre Europe

 

« Les femmes écologistes de mon pays, mais aussi celles de la région, sont confrontées au double défi de défendre leur territoire et de se défendre les unes les autres en solidarité contre le patriarcat. La destruction de l’environnement et les attaques contre les femmes semblent être deux faces de la même monnaie ; plus nous nous défendons, plus ces attaques deviennent virulentes. »

Natalia, Amis de la Terre Argentine

Shenna, Friends of the Earth Europe

« Il a été constaté que les femmes activistes de l’environnement subissent un accroissement de l’oppression institutionnelle et structurelle qu’entraîne le capitalisme. Même au sein du mouvement écologiste, nous avons besoin d’analyses politiques et de solutions plus profondes pour obtenir que les femmes de couleur et les transgenres soient représentées. Nous continuons de lutter pour notre droit à une société où toutes les formes de discrimination et de violence faites aux femmes auront été éliminées. »

Shenna, Amis de la Terre Europe

 

« Le système capitaliste et le système patriarcal accélèrent l’accaparement de terres, la dégradation des forêts et la pollution de l’air et de l’eau. La conséquence en est que les femmes en particulier ont moins d’accès à ces ressources, ce qui mène à leur assujettissement et à celui de la nature. Les investisseurs pensent que seuls les hommes sont censés négocier les questions de compensation ; pourtant, quand les hommes reçoivent l’argent ils partent et laissent les femmes et les enfants en rade. »

Peruth, Nape/Amis de la Terre Uganda

Karin, Friends of the Earth Uruguay / FoEI Chair

« L’un des défis les plus importants consiste à lutter contre la division sexuelle du travail, qui assigne aux femmes les tâches associées aux soins et à la reproduction, tout en dévalorisant ces tâches et en mésestimant leur importance pour l’économie. De même, nous devons lutter contre la séparation de l’espace domestique et de l’espace publique, par laquelle on prétend reléguer les femmes au domaine domestique et qui refuse toute importance économique et politique à cet espace fondamental pour la reproduction de la vie. »

Karin, REDES / Amis de la Terre Uruguay, Présidente des Amis de la Terre International

 

« Bien que les Philippines soient considérées comme un pays relativement avancé en matière de leadership et d’activisme des femmes, les déclarations machistes de notre président ont fait reculer de 20 ans la justice de genre. La tendance actuelle est à mettre les femmes en position de faiblesse et à réduire les activistes au rôle d’objets sexuels. Cela complique davantage notre travail, d’autant plus que le trafic sexuel, la prostitution, la violence familiale, le viol, l’inceste et l’abus sexuel sévissent encore dans le pays. »

Norly, LRC / Amis de la Terre Philippines

Patricia, Friends of the Earth Brazil

« Les mouvements sociaux font l’objet de persécutions et de menaces de la part de l’État. Et les femmes activistes subissent en plus les conséquences des conflits de pouvoir au sein de ces mouvements. Leur travail est maintenu dans l’ombre et elles ont du mal à garder leur rôle de leaders en raison des harcèlements et du manque de respect ou de confiance. »

Patricia, Amis de la Terre Brésil

 

« Dans les organisations sociales, parmi les problèmes figurent « le manque d’argent pour financer les campagnes pour la justice de genre ou les campagnes dirigées par des femmes et l’adhésion rigide à l’idée séculaire qu’il faut toujours un homme à la tête d’une équipe, d’une unité, d’une famille ou d’un groupe, cette coutume étant appliquée aussi dans les lieux de travail. La représentation, la participation et l’engagement des femmes sont insuffisants. »

Rita, ERA/Amis de la Terre Nigeria

Ayumi, Friends of the Earth Japan

« Les femmes reçoivent très peu d’appui, surtout les mères, de sorte qu’elles ont des difficultés pour retourner au travail. À Fukushima nous travaillons avec des mères qui protègent leurs enfants et qui évitent comme elles peuvent l’exposition aux radiations. Cependant, la structure patriarcale de la famille restreint leurs possibilités de décider. Ce type de patriarcat est profondément enraciné dans notre culture. Beaucoup de personnes le considèrent comme une tradition sacro-sainte de la culture japonaise. »

Ayumi, Amis de la Terre Japon.

 

Or, malgré ces obstacles, les femmes activistes sont en train de renforcer les liens de solidarité et de créer des espaces où elles peuvent s’unir pour lutter pour leurs droits. En cette Journée Internationale des Femmes, voici de puissants messages d’espoir de la part d’activistes femmes et transgenres qui sont aux premiers rangs de la lutte pour la justice environnementale et de genre:

« Les femmes se révoltent depuis longtemps contre les violations de leurs droits, mais maintenant que nous avons davantage de contacts virtuels et affectifs nous pouvons mieux faire résonner notre ‘ça suffit’. Nous exigeons d’être reconnues, appréciées et respectées. Faisant partie d’un réseau de portée internationale, je pense que les Amis de la Terre Brésil et moi pouvons être en contact avec les luttes du monde entier et propager la lutte des femmes dans les territoires où nous agissons, en créant un réseau de combattants unis par le programme de la justice de genre. »

Patricia, Brésil

Rita Nigeria

“Je me sens motivée, dynamisée et identifiée avec les combats des femmes du monde entier qui s’efforcent véritablement de démanteler le système et les autorités patriarcales, surtout celles qui affaiblissent et dévalorisent les droits des femmes et des activistes pour la justice environnementale en particulier.”

Rita, Nigeria

 

« Nous sommes là, nous sommes « queer » et nous faisons partie de votre activisme. Ne supposez pas que les transgenres ont besoin d’une motivation spéciale pour se soucier de l’environnement. Reconnaissez-nous, considérez les espaces où nos corps sont en sécurité ou ne le sont pas, et prenez le temps de vous éduquer vous-mêmes. »

Emma, Jeunes Amis de la Terre Europe

Peruth, Nape/Friends of the Earth Uganda

« Je me sens privilégiée d’être parmi les défenseurs des droits des femmes et de travailler dans une organisation qui accorde une forte priorité aux questions de genre. En Ouganda, nous avons mis en route un mouvement dirigé par des femmes et pour les femmes, qui défend la souveraineté alimentaire, lutte contre les dégâts causés par l’industrie pétrolière, la production d’énergie, le climat et l’injustice foncière, la mauvaise gestion des ressources naturelles et le patriarcat. Près de 2’000 femmes font déjà partie de ce mouvement. »

Peruth, Uganda

 

« Pour moi, l’association avec la lutte des femmes du monde met au défi notre ‘bon sens’ – le fait d’ignorer que les droits et les chances sont là, qu’il faut les prendre ou les perdre – et nous aide à comprendre qu’il y a des choses dont nous avons besoin et que nous méritons. »

Ayumi, Japon

Natalia Friends of the Earth Argentina

« À notre avis, l’environnement ne peut pas être séparé de la justice, et la justice n’est pas juste si elle ne l’est pas pour les femmes également. Je me sens associée à la lutte des femmes de façon viscérale, invisible, puissante et indéniable. Cette relation des femmes entre elles nous permet d’avancer dans nos réussites et rester debout. Le mouvement international féministe nous fournit de fortes motivations pour essayer sans cesse d’atteindre un monde durable où plusieurs mondes seront possibles. »

Natalia, Argentine

 

« La lutte de toutes les femmes contre le système capitaliste patriarcal est aussi notre lutte. C’est pourquoi nous considérons comme fondamentales les alliances avec les femmes ouvrières, indigènes, kilombolas [communauté de descendant(e)s d’esclaves] paysannes, qui défendent et construisent d’autres façons d’être et de vivre dans les territoires et qui produisent tout ce qui est nécessaire à la vie humaine. La lutte contre la marchandisation de la vie, de nos corps et de nos territoires est aussi notre lutte. »

Karin, Uruguay / Présidente des Amis de la Terre International

Norly, Philippines

« L’appartenance à la famille des Amis de la Terre international m’a permis de me sentir liée aux luttes des femmes du monde entier… L’idée que même dans les coins les plus petits du monde il y a des femmes qui luttent pour leurs droits, leur vie, leur subsistance et leur famille me donne la force de continuer. »

Norly, Philippines

 

 

« Au cours de l’histoire, de nombreux mouvements dirigés par des femmes ont lutté et conquis des droits considérables pour des générations des femmes. Mes aînées ont lutté contre les puissances coloniales et impériales pour protéger les communautés et la nature. Leur héritage et celui de toutes les femmes qui ont fait partie des divers mouvements de libération sont toujours là. Je me sens liée à toutes les femmes dans le cadre d’une forte base de pouvoir de résistance mondiale. Nous sommes les protectrices de la nature et des gens! »

Shenna, Amis de la Terre Europe