A 10 mois de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris, et en raison de la schizophrénie des décideurs publics à subventionner toujours plus la production et même l’exploration des énergies fossiles, la société civile internationale a décidé de viser les investisseurs et institutions financières pour couper le robinet d’un modèle énergétique qui nous mène droit dans le mur. Les 13 et 14 février 2015, journées mondiales du désinvestissement,  350.org, Attac et les Amis de la Terre lanceront en France leur campagne visant le retrait des énergies fossiles du Fonds de réserve pour les retraites et des banques françaises.

Fonte des glaciers, désertification, acidification des océans et accélération des évènements climatiques extrêmes, les changements climatiques nous promettent une hausse de l’insécurité alimentaire, des épidémies, des migrations et même des risques de guerre. Des millions de personnes souffrent déjà des impacts des changements climatiques. Devant l’incapacité des décideurs politiques à adopter les mesures nécessaires pour réduire les émissions de CO2, la société civile internationale a décidé d’appeler les investisseurs et institutions financières à se désengager du secteur des énergies fossiles, principal moteur des dérèglements du climat.

En effet, le secteur énergétique représentant aujourd’hui les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, nous ne pourrons maintenir le réchauffement de la planète en-dessous du seuil de 2 °C sans transformer en profondeur notre façon de consommer l’énergie. Et l’urgence est bien réelle : d’après l’AIE, nous avons jusqu’en 2017. Après, seules des infrastructures zéro carbone pourront être construites si nous voulons pouvoir rester en dessous-du seuil de 2 °C.

Malgré l’urgence à diminuer à pas de course notre consommation d’énergie et à substituer l’efficacité énergétique et les renouvelables aux énergies fossiles, les industries extraient et brulent chaque année toujours plus d’énergie fossile [1]. Du côté des décideurs publics, même enthousiasme à agir en contradiction avec leurs engagements à lutter contre les changements climatiques : après s’être engagés à mettre un terme à leurs subventions aux énergies fossiles qui s’élevaient à 300 milliards de dollars en 2009, les pays membres du G20 soutenaient toujours ce secteur à hauteur de 523 milliards de dollars en 2012 [2] ! Et en 2013, ils en dédiaient 88 milliards à l’exploration de nouvelles réserves !

Devant la schizophrénie des décideurs publics et des entreprises privés, 350.org, Attac, les Amis de la Terre et leurs partenaires internationaux ont donc décidé de lancer des campagnes visant le désengagement des investisseurs et institutions financières du secteur des énergies fossiles. Fonds de réserve pour les retraites, collectivités locales, banques privés, tous ces acteurs jouent aujourd’hui un rôle majeur dans le maintien d’un modèle énergétique fondé sur les énergies fossiles mais sont en mesure d’inverser la tendance en réaffectant leurs investissements et financements vers les secteurs de l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

La bataille est loin d’être gagnée : renoncer à exploiter les réserves connues de charbon, de gaz et de pétrole représenterait un manque à gagner de 27 milliards de dollars pour l’industrie fossile. Les banques françaises ont financé le seul secteur du charbon à hauteur de 30 milliards d’euros entre 2005 et avril 2014 [3]. Le Fonds de réserve des retraites, qui dépend de la Caisse des Dépôts, a de son côté investit plus de 2,6 milliards d’euros en action et obligation dans des entreprises du secteur fossile. Si l’on s’en tient à celles d’entre elles qui sont listées parmi les 200 entreprises les plus polluantes de la planète, ces investissements s’élèvent à 920 millions d’euros.

Le 13 et 14 février, la société civile mondiale lance cette bataille pour la première fois simultanément à travers le monde, avec  un appel international au désinvestissement, relayé ici en France par les ONG. 350.org et Attac lanceront donc leur campagne pour le désinvestissement du Fonds de Réserve des Retraites par une action symbolique devant le siège de la caisse des dépôts le 13 au soir Et car chaque citoyen est client d’une banque, les Amis de la Terre lanceront un appel à interpeller les banques et à les quitter si celles-ci ne s’engagent pas à  mettre un terme à leurs financements aux énergies fossiles. Enfin, la BNP, qui a financé à hauteur de 15 milliards d’euros le secteur du charbon ces dix dernières années, est l’une des cibles d’Attac dans le cadre de la seconde édition de son « kit anti-requins »