La hausse du niveau des mers force de nombreuses personnes à migrer vers les îles du Pacifique ; une entreprise de fracturation hydraulique s’implante dans une région frappée par la sécheresse ; des ouragans paralysent tout un pays ; des murs et des clôtures sont érigés pour bloquer la libre circulation des personnes, y compris des migrants climatiques.

Voilà quelques-uns des récits poignants qui ont été entendus lors d’un évènement parallèle consacré aux populations touchées par le changement climatique à la COP23, à Bonn en Allemagne. Que ces personnes viennent d’Asie-Pacifique, d’Afrique, des Caraïbes ou d’Europe, elles ont toutes partagé des histoires émouvantes, et parfois personnelles, sur le changement climatique, et sur les impacts auxquels elles et leurs communautés sont confrontées.

Hemantha Withanage du Centre pour la justice environnementale / Les Amis de la Terre Sri Lanka a souligné que l’Asie-Pacifique, qui abrite 60% de la population mondiale, est aussi la région où vivent les personnes les plus vulnérables aux impacts du changement climatique.

Stella-Miria Robinson de Climate Frontlines Collective / Les Amis de la Terre Australie/Brisbane nous a rappelé l’importance du récit oral dans la culture autochtone à travers une vidéo sur les réalités de la migration vers un nouveau pays en raison de l’élévation du niveau de la mer. La culture, les traditions et la spiritualité, qui sont profondément enracinées dans le pays d’origine, se perdent au cours de cette migration.

Lorsqu’elle a abordé la situation des nombreuses communautés insulaires qui risquaient de perdre leur foyer, Stella-Miria Robinson a déploré l’attitude de l’Australie :

« L’Australie n’est pas un bon voisin. Le pays ne se soucie pas du sort de ces communautés, il cherche uniquement à accumuler des richesses. »

Son discours s’est terminé avec le message suivant :

« Nous devons agir ensemble pour changer la situation, nous devons le faire maintenant ou il sera bientôt trop tard. Nous n’aurons pas une autre planète pour nous accueillir ».

Joey Dearling, chef de la tribu KhoiSan dans la région de Karoo (« le pays de la sécheresse ») en Afrique du Sud, a la responsabilité d’appeler la pluie pour sa communauté. En juin 2017, sous sa direction, sa tribu a participé à une cérémonie traditionnelle de danse de la pluie. Comme il l’a déclaré, « aucune pluie n’est venue, nous avons perdu tout notre bétail et nous ne pouvons plus cultiver. Pour moi, c’est comme si j’avais abandonné ma communauté ».

Chief Joey Dearling

Chief Joey Dearling

Cette région frappée par la sécheresse attire maintenant les entreprises de fracturation hydraulique. Le chef Joey Dearling, qui milite pour le développement durable comme alternative, déplore cette situation :

« En tant que mouvement, nous nous opposons à la fracturation hydraulique. Nous exhortons la Banque mondiale à cesser de donner de l’argent pour détruire nos précieuses ressources naturelles. Cet argent divise les communautés et ne répond pas aux besoins de la population. »

Les ouragans Irma et Maria ont dévasté Porto Rico en deux semaines au cours du mois de septembre. Irma a privé l’île d’électricité et Maria a eu des répercussions sur l’approvisionnement en eau de la population. « Cela fait 60 jours que nos communautés n’ont plus d’électricité ni d’eau, et la nourriture se fait rare », a déclaré Katia Avilés-Vazquez d’Organización Boricuá De Agricultura Ecológica à Puerto Rico. Elle travaille avec des communautés sous-représentées depuis 25 ans et son témoignage émouvant sur les conséquences de cette dernière tragédie à Porto Rico a ému de nombreuses personnes.

Katia Avilés-Vazquez

Katia Avilés-Vazquez

Elle nous a fait part de la situation à Porto Rico, où peu d’infrastructures sont encore utilisables et où le gouvernement gaspille inutilement les ressources au lieu de les distribuer aux personnes dans le besoin. La propagande gouvernementale n’a déclaré que 55 décès alors que « notre gouvernement a brûlé plus de 900 corps et [que] plus d’une centaine repose encore à la morgue. » Elle a ensuite rendu hommage aux personnes sur le terrain, les « vrais héros », qui travaillent jour et nuit.

« Le réchauffement de 1,1°C nous tue déjà. »

Katia Avilés-Vazquez appelle solennellement à des mesures urgentes. Par ailleurs, elle a indiqué que les dettes de l’île devaient être effacées après des années d’exploitation par les plus riches et par le pillage continu des ressources. Elle a terminé son discours sur ces mots :

« Nous sommes une seule Caraïbe et nous devons nous soutenir mutuellement et partager nos connaissances. »

Marina Sophia Flevotomas a ensuite pris le relais pour expliquer comment les réfugiés font face à des murs et sont privés de leur libre mouvement pour échapper aux dures réalités de la famine, des guerres et de la hausse du niveau de la mer.

« Ceux qui créent les murs sont ceux qui sont à l’origine de la migration »

Son intervention démontre sans équivoque la responsabilité des pays développés pour avoir provoqué ces migrations par leur richesse, ce qui est une injustice totale.

Elle fait une distinction claire entre réfugiés et migrants climatiques. Les réfugiés se réinstallent dans l’espoir de retourner un jour dans leur pays d’origine, alors que les migrants climatiques se déplacent à l’intérieur de leur propre pays sans le moindre espoir de pouvoir retourner un jour chez eux.

De nombreuses personnes se trouvent dans des situations que peu d’entre nous peuvent imaginer. Beaucoup d’entre eux meurent en chemin vers l’Europe et certain bien avant même d’être parvenu aux frontières européennes. Des investissements colossaux sont consentis à la défense des frontières et lorsque les migrants les atteignent, ils ne sont pas les bienvenus.

« Nous avons créé un climat de peur, où les migrants doivent être craints et interdits d’entrée dans nos pays. Les pays développés ont la responsabilité de mettre fin à cette injustice, »

souligne-t-elle avant de conclure par un message fort :

« Ériger des murs n’est pas une solution et la justice climatique n’est pas synonyme de murs. »

Tant d’histoires dans le monde restent à raconter.

« Nous devons nous appuyer sur ces témoignages et en établir les liens. Nos racines doivent être plus solides, et nous le ferons en renforçant le mouvement »

Karin Nansen, présidente des Amis de la Terre International.

Malheureusement, les mécanismes existants, et en cours, sont inefficaces pour protéger les droits, la sécurité et la dignité des personnes touchées par le changement climatique, en grande partie parce qu’il s’agit de mesures d’orientation facultatives, lesquelles ne sont donc pas juridiquement contraignantes. Des ressources financières sont notamment nécessaires pour réellement protéger les populations touchées. Les gouvernements des pays riches doivent cesser de soutenir et d’aider les industries de l’énergie polluante, comme le charbon, le pétrole et le gaz, et assumer leur juste part de responsabilité. Les pays développés doivent également fournir les ressources nécessaires, telles que le financement de la lutte contre le changement climatique pour renforcer la résilience des communautés et des personnes impactées, et réparer les pertes et les dommages provoqués par le changement climatique.

Cela exige un changement fondamental du système afin de créer de véritables solutions justes et équitables pour sauver le monde.

Cet article a été publié une première fois sous une forme révisée sur Common Dreams

Rapport d’APac/Les Amis de la Terre sur Des solutions justes pour les migrations climatiques en Asie Pacifique – Une justice pour les réfugiés climatiques en Asie. Il est grand temps que les gouvernements aident ceux qui sont déracinés par le changement climatique : article d’APac publié sur le Diplomat.