Les mouvements sociaux et organisations se sont rassemblés sur l`ile de Margarita au Vénézuela du 15 au 18 juillet, afin de discuter  de leurs demandes en avant de négociations des Nations-Unies sur le climat qui auront lieu à Lima, au Pérou, en décembre. La réunion, organisée par le gouvernement vénézuélien, était la première du genre. Elle a rassemblé des mouvements sociaux et organisations du monde entier et facilité les discussions afin de parvenir à la déclaration de Margarita, qui formera la base de la Conférence des Parties pré-social (Precop-social) en novembre.

Cette déclaration innovante touche droit au cœur d`une montagne de problèmes importants, longuement négligés en raison d`un manque de volonté politique lors des négociations des Nations-Unies sur le climat, en mettant l`accent sur le besoin de justice en réponse au changement climatique, ainsi que le besoin de transformer nos sociétés afin d`éviter davantage de décomposition environnementale et d`injustice sociale.

La déclaration se concentre sur les responsabilités inter-générationnelles et le rôle de la jeunesse, en particulier la jeunesse du nord global. Le besoin de solidarité est clair, mais le rôle de la jeunesse dans les pays du nord afin de faire pression sur les gouvernements pour qu`ils remplissent et prolongent leurs engagements aux pays du sud global, ainsi qu`en réponse au changement climatique, est explicitement stipulée, tout autant que le besoin de garantir une transition juste vers un avenir climatique sûr qui n`affectera pas les peuples du sud global de manière detrimentale.

Le concept de bien vivre (connu sous le nom de “buen vivir” en Amérique Latine) est aussi clairement défini et présenté. Adressant les contextes politiques et économiques plus larges de la crise climatique, la déclaration stipule que les sources principales de la crise climatique sont le système politique et économique  qui “commercialise et transforme en objets la nature et la vie”, ce qui exacerbe des pratiques d`exploitation et de consommation insoutenables. La déclaration demande urgemment à tous les dirigeants de développer une voie alternative, afin de parvenir à avoir des sociétés et des économies justes, égalitaires et durables.

Un élément central dans les efforts de créer une telle durabilité – et d`éviter des augmentations de température excédant 1, 5 degrés – est la demande de la déclaration que 80% des réserves de combustibles fossiles connues restent dans la terre et ne soient pas exploitées. Ceci est vital. Sans de telles limites et avec les étapes qui les accompagnent afin de réduire la consommation d`énergie dans le nord global, un changement climatique sans contrôle deviendra inévitable. Entre-temps, les pays du nord devraient fournir de l`assistance de manière inconditionnelle (comme le financement et les transferts de technologie) aux pays du sud, de manière à réaliser une transition équitable.

Ceci est en lien avec la responsabilité historique et le besoin des pays du nord de faire face à l`impact des émissions qu`ils ont causé pendant de nombreuses années de surconsommation historiquement inégale du budget des émissions globales. La déclaration souligne les indicateurs-clé et les références afin de mesurer cette consommation historiquement inégale et déterminer les cibles futures et les limites sur la base de ces derniers. Qui plus est, elle insiste sur le fait que les pertes et dommages encourus en raison des problèmes liés au climat devraient être résolus, adressés et soutenus par les pays responsables historiquement de cette crise climatique.

Au delà de ces approches, l`accent est également mis sur le démontage et le rejet de soi-disantes “fausses solutions”: des solutions à la crise climatique non-éthiques ou dangereuses – dont les mécanismes du marché du carbone, qui à leur tour convertissent la crise climatique en une source de profits – comme REDD (réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts)  et la production d`agrocarburants – qui servent les intérêts des sociétés et des élites, et non pas des peuples qui risquent d`être les plus affectés par le changement climatique.

En effet, la déclaration reconnaît que l`infiltration et la prise en otage de nombreux forums internationaux par des grandes sociétés puissantes a saboté les droits des peuples, ainsi que la souveraineté des États. Cette influence des grandes sociétés – souvent nommée “l`emprise ou la mainmise des sociétés” – est évidente lors de forums comme les négociations des Nations-Unies sur le climat et au sein des opérations d`autres organismes des Nations-Unies, où elle sert à mettre en avant les intérêts des sociétés et rassemble toutes les autres préoccupations dans la sphère du marché soi-disant infaillible. La déclaration appelle à cessation de l`interférence des sociétés au sein des processus des Nations-Unies et à des changements aux systèmes de participation au niveau global.

La déclaration est claire sur le fait que l`influence des sociétés exercée par ceux qui cherchent à tirer profit empêche la transformation requise pour s`attaquer de manière significative au changement climatique et à ses problèmes associés. La transformation sociétale et économique requise doit inclure des principes de respect de la vie et des droits humains, la souveraineté des peuples, la solidarité, une transition équitable, ainsi que la reconnaissance des limites écologiques et des droits de la Terre-mère. Les différentes manières dont les territoires et les pays sont vulnérables et les vulnérabilités particulières de groupes historiquement exclus et victimisés doit aussi façonner la réponse et la transformation.

La déclaration souligne que la transformation doit inclure un changement dans les relations de puissance et dans les systèmes de prise de décision, afin de construire une puissance des peuples anti-patriarchale et la réorientation des systèmes de production de nourriture dans des systèmes agro-écologiques, afin de garantir la souveraineté alimentaire et la sécurité.

Elle appelle aussi à la transformation des systèmes de production d`energie afin d`éradiquer l`énergie polluante, sans adopter d`autres formes d`énergie détrimentales comme les grands projets de barrage ou l`énergie nucléaire. La déclaration appelle à l`implementation d`une gouvernance des territoires et des systèmes de planification urbaine de manière participative, afin de garantir un accès équitable et durable  aux services territoriaux et urbains, ainsi qu`à d`autres moyens qui sont nécessaires pour faire face aux conséquences du changement climatique.

La déclaration met également en lumière le problème des “pertes et dommages” qui se réfère aux conséquences détrimentales du changement climatique, auxquelles aucune adaptation n`est possible, notant les impacts différenciés sur les peuples et communautés les plus vulnérables  et les plus marginalisés. “Elle appelle les peuples du sud  à recevoir les fonds nécessaires en compensation des pertes et dommages causés par le nord. Les systèmes de solidarité sud-sud doivent aussi être endorsés. Elle demande à ce que le financement d`actions de mitigation et d`adaptation soit considéré comme des obligations morales et légales, requérant les pays industrialisés riches à fournir un financement suffisant, indépendent des marchés et fiable. La déclaration mentionne aussi spécialement le secteur militaire, l`un des plus grands consommateurs de combustibles fossiles et des plus grands contributeurs aux émissions de gaz, l`appelant à davantage de transparence et de responsabilité.

La déclaration de Margarita sera maintenant publiée pour des commentaires, via un processus qui doit encore être annoncé. Les gouvernements devront y réfléchir lors du sommet des dirigeants des Nations-Unies à New-York le 23 septembre et elle formera ensuite la base pour une autre réunion de la société civile en novembre. Cette réunion de novembre aura lieu conjointement avec la réunion ministérielle annuelle, qui aura lieu avant le sommet des Nations-Unies sur le climat (“Pre-COP”, d`où le  “Pre-COP social”), au cours duquel des représentants de la société civile  présenteront des points-clé de leur discussion avec les ministres.

Image: @socialprecop/Twitter