L’intérêt des sociétés pour l’agriculture en Afrique a certainement accéléré le contrôle des sociétés sur la terre et les graines, mais a fait peu pour soutenir l’agriculture qui nourrira le continent. Plutôt que de soutenir les cultures familiales et l’agriculture a petite-échelle, l’investissement du secteur privé dans l’agriculture a eu pour conséquence l’accaparement des terres des communautés; la terre sur laquelle elles comptent pour survivre et cultiver de manière durable.

Les communautés résistent à cette prise de contrôle de leur terre de la part des sociétés et sont entrain de gagner. Dans toute l’Afrique, les gens ont envoyé un message clair à leurs gouvernements: arrêtez de vendre l’Afrique aux sociétés. Le Clan Jogbahn au Liberia est l’une de ces communautés. Voici leur histoire.

Le sens de jubilation de Blayahstown est palpable. Les gens des villages avoisinants se sont joints aux célébrations et la ville est remplie de chants et de danses.

Le Clan Jogbahn célèbre une victoire, car la Présidente du Liberia a maintenant reconnu leur droit de dire “non” à Equatorial Palm Oil (EPO), une société britannique d’ huile de palme qui accapare leur terre. Ce n’est pas une petite prouesse pour un pays où plus de 50% de la terre a été donné à des sociétés, sans l’accord des communautés qui la possèdent habituellement.

Ce sens d’accomplissement n’est pas perdu pour le Chef aîné Chio Johnson,  qui a l’air de ne pas avoir arrêté de sourire depuis qu’il est revenu de la rencontre du Clan avec la Présidente du Liberia, qui a promis de les soutenir afin de protéger leur terre contre l’accaparement d’EPO. “Pourquoi est-ce qu’une société devrait nous retirer nos moyens de vivre?”, a demandé Chio, “Nous venons de cette terre. Tout ce que nos ancêtres nous ont laissé est préservé dans cette forêt. Pourquoi alors devrions-nous l’abandonner?”

Marchant au travers de la forêt Deyeatee Kardor, la Présidente du Clan ramasse des feuilles et décrit les différents remèdes pour lesquels elles peuvent être utilisées. Elle raconte comment elle et sa famille se sont cachés dans la forêt pendant la guerre et réussi à survivre grâce aux plantes et aux fruits qui poussent dans la brousse. Bien que la terre porte les cicatrices du passé récent, elle représente aussi la maison ancestrale du Clan et ils ne laisseraient pas volontairement cette profonde connexion se briser.

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“La terre nous procure tout”, a déclaré Chio en évaluant le domaine; les légumes, la palme sauvage et la canne à sucre qui poussent tout autour. Tout comme d’autres communautés au Liberia, ils survivent grâce à la terre qu’ils gèrent de manière collective. Le Clan est auto-suffisant et gère la terre de manière durable. Pour le Clan, perdre leur terre équivaudrait à tout perdre.

La résistance des communautés a commencé en 2012, quand EPO a commencé à étendre leurs plantations sur la terre des communautés. Le gouvernement du Liberia et EPO ont signé un accord de concession permettant à la plantation de la société d’engloutir la terre des communautés jusqu’à 20,000 hectares. Les communautés dans tout le Liberia font face à  la même menace, car leurs terres sont données aux sociétés sans leur consentement. En conséquence, les conflits entre communautés et sociétés se sont répandus.

Le Clan s’est organisé et rassemblé pour résister à  l’accaparement de leur terre. Les hommes, femmes et jeunes provenant des 11 villes affectées ont choisi des représentants pour former un groupe principal pour mener la résistance. Ils ont rencontré la société et le gouvernement de nombreuses fois et fait objection au développement de la société. Malgré cela, vers la fin de 2012, EPO a commencé à déblayer leur terre et à  planter, détruisant les cultures et la terre agricole.

 

Soutenez le Clan Jogbahn pour protéger leur terre et leurs ressources, dites à  EPO que “non” veut dire “non” en signant la pétition

En septembre 2013, EPO a commencé à évaluer la terre des communautés sans leur consentement. Quand les communautés ont essayé d’arrêter l’évaluation, une unité de police paramilitaire a été déployée dans la zone. Les gens ont souffert de harcèlement et d’intimidation par la sécurité d’EPO et la police. Ils ont conduit au travers des villages la nuit, allumant leurs clignotants d’urgence et arrivant dans les villages juchés sur leurs véhicules, de la même manière que les combattants rebelles pendant la guerre. Les gens ont également été agressés pendant une marche de protestation pacifique  et 17 personnes ont souffert d’arrestations arbitraires. Le Chef du Clan a aussi été suspendu de ses fonctions par le gouvernement, car il s’était élevé contre la société.

Malgré les tactiques agressives, la communauté a continué de résister. Ils ont déposé une plainte auprès de la Table ronde sur le développement durable de l’huile de palme  (RSPO ou Roundtable on Sustainable Palm Oil) et présenté une pétition au gouvernement en précisant  leurs objections. “Tout ce qu’ils ont fait, c’est essayer de nous diviser”, a soulevé Deyeatee, “Ils ont offert  à des gens important un peu d’argent pour les convaincre”. Toutefois, la communauté a refusé d’être affaiblie par la division et est finalement parvenue  à obtenir un rendez-vous crucial avec la Présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, au cours duquel elle a reconnu leur droit de dire “non”  à la société.

Cette bataille nous a rendu plus forts que jamais et nous avons appris une leçon, qui est de rester unis”, a déclaré Anthony Johnson. “Ce succès est tellement énorme, car il garantit mon avenir et celui de mes enfants  à venir. Je resterai sur cette terre et planterai les cultures pour mes enfants afin que les générations futures puissent vivre de cette terre”.

Malgré l’engagement de la Présidente, EPO n’a toujours pas reconnu que le Clan a dit “non”  à leurs opérations. Ils agissent comme si de rien n’était et font des études de la terre du Clan en préparation au débroussaillement. Le débroussaillement de la terre et autres activités préparatoires seraient illégales, car ils ne respectent pas le droit des communautés de donner ou de refuser leur consentement préalable, libre et éclairé, qui est une condition requise par la loi nationale et internationale.

Ceci dit, le Clan n’est pas découragé et continue sa résistance dans l’espoir d’un avenir meilleur:”Nous voulons que le gouvernement nous soutienne afin que nous soyons auto-suffisants sur notre terre au lieu de la donner à  une société qui prendra juste l’agent et rentrera chez elle. Au lieu de cela, nous pouvons garder l’argent au Liberia et vivre des vies meilleures”, a déclaré Garmondeh Benwon (R).

Chaque année, une zone mesurant cinq fois la taille du Liberia est arrachée des mains des communautés dans le monde. Le Clan Jogbahn a montré qu’il était possible d’arrêter ceci si les communautés se mettent ensemble, se mobilisent et résistent. Le gouvernement a reconnu leur droit de dire “non”. Maintenant EPO et KLK, leur actionnaire majoritaire, doivent faire la même chose.

C’est un privilège de travailler de manière solidaire avec le Clan et leur volonté et leur résilience a été une source d’inspiration constante pour tout le monde chez SDI (Sustainable Development Institute)/les Amis de la Terre Liberia. Le Clan est préparé  à  partager les leçons de sa lutte et donner de l’espoir aux autres communautés en résistant contre l’accaparement des terres. “Je suis très heureux que ma terre soit libre”, a dit Deyeatee, “car quand notre terre est libre, nous sommes tous libres”.

 

Soutenez le Clan Jogbahn pour protéger leur terre et leurs ressources, dites à  EPO que “non” veut dire “non” en signant la pétition

De Silas Kpanan’Ayoung Siakor et Jacinta Fay

Silas Siakor est défenseur des droits communautaires et le fondateur du Sustainable Development Institute/Les Amis de la Terre Liberia, une organisation de société civile promouvant l’utilisation juste et durable des ressources naturelles du Liberia. Silas a reçu le prix de l’environnement Goldman en 2006 (Goldman Environmental Prize), la récompense de la réussite extraordinaire dans l’environnement et l’activisme pour les droits humains (Award for Extraordinary Achievement in Environmental and Human Rights Activism) de la Fondation Alexander Soros en  2012 et  TIME Magazine l’a choisi en 2008 en tant que l’un des Héros de l’Environnement.

Jacinta Fay est travailleuse communautaire et militante pour le Programme des droits communautaires et de la gouvernance d’entreprise du Sustainable Development Institute/les Amis de la Terre, qui soutient les communautés dans la protection de leur terre et de leurs ressources et remet en question les actions des gouvernements et des entreprises qui mettent en danger les droits des communautés. Elle milite également contre l’accaparement des terres pour les Amis de la Terre International, qui travaille dans la remise en question de l’accaparement des terres, défend les territoires des communautés et protège les droits de la terre. Elle milite également pour la justice commerciale, les droits de reproduction et la justice sociale.

Toutes les photos et vidéo: Jason Taylor pour les Amis de la Terre International.