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Les Amis de la Terre International sont en solidarité internationaliste avec CENSAT Agua Viva –Amis de la Terre Colombie et le peuple Colombien. Nous soutenons la grève nationale et les mobilisations sociales et populaires justifiées qui ont lieu dans toute la Colombie et dans d’autres pays, et nous exigeons la fin de la violence systématique, des violations des droits de l’homme, des disparitions et des assassinats que subit le peuple colombien. Nous affirmons la nécessité de défendre le droit légitime de la population à manifester, comme elle a été contrainte de le faire ces dernières semaines, pour exprimer un mécontentement généralisé à l’égard du modèle politique et économique qui lui est imposé, qui porte atteinte à la vie et constitue une insulte à la dignité du peuple colombien.

La crise actuelle et les mobilisations les plus récentes sont alimentées par les pressions exercées par le gouvernement en vue de l’approbation d’un projet de réforme fiscale qui porte atteinte aux moyens de subsistance de la population colombienne et qui, sans aucun doute, creuserait davantage le fossé de l’inégalité entre les secteurs sociaux et économiques. Bien que le président Ivan Duque ait annoncé le retrait du projet de réforme controversé, les protestations se poursuivent, motivées par un large éventail de politiques qui privilégient l’accumulation du capital par une minorité, et par un scénario général de violence à l’encontre du bien-être, de la vie et de la dignité des personnes, qui va à l’encontre du rétablissement de l’harmonie avec la nature. Certaines des raisons de la poursuite des protestations et des mobilisations sont liées à :

  • La pauvreté augmente en Colombie, tandis que les élites politiques et économiques s’enrichissent. Selon le bureau national d’administration des statistiques DANE, 21 millions de personnes, soit 42,5 % de la population nationale, se trouvent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté financière, dont 3,5 millions passeront sous ce seuil en 2020. En revanche, le rapport sur l’état actuel du système financier colombien, publié par le Conseil de surveillance des systèmes financiers (Superintendencia Financiera), fait état de bénéfices nets d’une valeur de 24 250 milliards de pesos colombiens (environ 6,3 milliards de dollars américains) de janvier à septembre 2020.
  • Le refus de l’administration d’Ivan Duque de faire des progrès dans l’application des accords signés avec l’ancienne guérilla des FARC-EP, dans un contexte où environ 270 signataires de cet accord ont été assassinés au cours des deux dernières années.
  • La crise humanitaire provoquée par l’augmentation de la violence dans le pays, qui a été le théâtre d’un génocide systématique des leaders des mouvements sociaux et des communautés. Jusqu’à présent, en 2021, comme l’indique le rapport de INDEPAZ (Institut d’études sur le développement et la paix), 32 massacres ont eu lieu et, au cours des deux premières années du gouvernement actuel, 573 dirigeants de mouvements sociaux et de communautés ont été assassinés.
  • Un train de réformes des systèmes de santé, de retraite et d’éducation qui limite encore davantage l’accès à ces droits pour tous les Colombiens.
  • Un modèle de développement qui considère la nature comme une marchandise, comme un objet dont on peut tirer des profits au détriment des peuples, favorisant l’accumulation et la dépossession de la terre et de l’eau. C’est ce qui ressort du retour des pulvérisations aériennes de glyphosate, des activités extractives considérées comme prioritaires pour la relance économique, de la persistance des opérations minières dans les páramos (hautes terres) qui sont essentiels pour l’approvisionnement en eau douce des paysans et des populations urbaines, et du feu vert donné aux premiers projets de fracking dans le pays. Tout cela sans aucun mécanisme réel de participation sociale effective.
  • La gestion catastrophique de la pandémie par le gouvernement, qui a choisi d’aider en priorité les banques et les grandes entreprises au cours de l’année écoulée, tout en refusant un revenu de base même à la population la plus vulnérable. Dans le même temps, les investissements militaires, la militarisation des territoires et les abus policiers dans toutes les régions du pays se sont multipliés.

Pour ces raisons et d’autres encore, le peuple colombien continue d’envahir les rues par des manifestations pacifiques, en opposition à la conduite et à la réponse militaire du gouvernement qui appelle à l’intervention de l’armée dans les villes et à l’augmentation de la violence policière, ce qui entraîne des risques supplémentaires et des violations des droits à la vie, à la liberté, à l’intégrité et de tous les autres droits fondamentaux. Pendant ce temps, les élites politiques de droite et les médias de masse tentent de discréditer les manifestants en les qualifiant de vandales, ou en soulignant l’importance de préserver l' »esthétique » des villes, réduisant ainsi à néant les revendications des masses mobilisées.

Cette stratégie de réponse du gouvernement – en plus des déclarations de l’ancien président Álvaro Uribe Vélez incitant à la violence en encourageant les soldats et les policiers à utiliser leurs armes pour se défendre contre la population mobilisée – a conduit à des actes de violence de la part des forces de sécurité contre les manifestants.Selon les données de Temblores, une ONG locale, lors des manifestations qui se sont déroulées entre le 28 avril à 6 heures et le 4 mai à 8 heures, 1443 cas de violence policière ont été enregistrés, 31 personnes ont été assassinées par la police, 814 ont été arrêtées arbitrairement, 92 ont subi des violences physiques, dont 21 personnes attaquées aux yeux et 10 femmes victimes de violences sexuelles de la part des forces de sécurité. Ces chiffres pourraient bien être plus élevés, étant donné l’incapacité d’assister et de suivre tous les abus qui se produisent en parallèle dans les différentes régions du pays.

En tant qu’organisation luttant pour la justice environnementale, sociale, économique et de genre, les Amis de la Terre International se joignent à CENSAT Agua Viva –Amis de la Terre Colombie pour condamner catégoriquement la violence systématique que le gouvernement inflige au peuple colombien et qui prend la vie d’hommes et de femmes qui défendent leurs droits sociaux, économiques, politiques et environnementaux. Nous lançons donc un appel international pour renforcer les efforts de solidarité internationaliste en demandant:

Au gouvernement national à

  • mettre immédiatement un terme à la situation très grave des violations des droits de l’homme en Colombie, notamment les arrestations arbitraires, la stigmatisation du droit de manifester et les abus des forces de l’ordre.
  • arrêter la répression violente et armée des manifestations pacifiques et la militarisation des villes. Faire cesser immédiatement les actions violentes des membres des institutions de l’État contre les peuples, leurs organisations et leurs mouvements.
  • respecter le devoir constitutionnel inscrit dans l’article 37 de la Constitution politique de la Colombie qui établit que toute partie du peuple peut se réunir et manifester publiquement et pacifiquement.
  • générer des espaces de participation démocratique, active et contraignante pour le développement de politiques publiques qui prennent en compte les différentes voix provenant des territoires, des organisations communautaires, des mouvements sociaux et des citoyens dans leur ensemble.

Au Bureau de l’Ombudsman et au Bureau du Procureur Général de la Nation à

  • maintenir leur indépendance dans l’exercice de leurs fonctions de contrôle face aux abus dans l’utilisation de la force par les autorités, y compris en rapportant en détail les excès et les violations des droits de l’homme perpétrés par les forces militaires et de police.

La communauté internationale doit élever sa voix pour condamner, exposer et dénoncer les violations des droits de l’homme et suivre de près le déroulement de ces événements.

Cette déclaration a été publiée pour la première fois par CENSAT/Amis de la Terre Colombie le 5 mai 2021.


Les Amis de la Terre International se sont également joints à 81 organisations pour signer la déclaration publique suivante.

Solidarité avec la classe ouvrière de Colombie

Nous, les organisations populaires soussignées des peuples des campagnes, des eaux et des forêts, ainsi que d’autres organisations du monde entier, sommes solidaires des paysans, des peuples autochtones, les personnes Afro-descendantes, qui, alliés à la classe ouvrière des villes, manifestent en Colombie pour défendre des droits humains aussi fondamentaux que le droit à vivre dans la paix et la dignité. Nous saluons tous les collectifs en lutte, étudiants, femmes, travailleurs, indépendants, paysans, peuples autochtones, Afro-descendants et la jeunesse organisée.

Nous rejetons l’usage des forces militaires et paramilitaires contre les personnes mobilisées et la criminalisation des manifestations. Lutter pour ses droits n’est pas un crime. Nous rejetons l’usage historique et structurelle de la violence contre nos organisations soeurs en Colombie, qui subissent des massacres, des disparitions, des déplacements forcés, des menaces et des assassinats.

Nous faisons écho à la voix des organisations sociales de Colombie qui exigent une réforme agraire complète pour construire la souveraineté alimentaire, pour la démilitarisation des territoires, le démantèlement du paramilitarisme en tant que politique d’État, la renégociation des accords de libre-échange qui affectent les paysans, les peuples autochtones et Afro, et l’arrêt immédiat de l’éradication forcée des cultures illicites et des aspersions aériennes de glyphosate.

Le peuple colombien n’est pas seul.

Lutter n’est pas un crime ! Réforme agraire et souveraineté alimentaire maintenant !

Signataires de cette declaration:

  • About Face Veterans Against the War – Estados Unidos
  • Alianza Continental por la Soberanía Alimentaria – América Latina
  • Amigos de la Tierra América Latina y el Caribe – ATALC
  • Amigos de la Tierra Argentina
  • Amigos de la Tierra Brasil
  • Asian Pacific Environmental Network
  • Asociación Nacional para el Fomento de la Agricultura Ecológica (ANAFAE)
  • – Honduras
  • Arab Resource & Organizing Center (AROC) – Estados Unidos
  • Bizilur – País Vasco
  • Causa Justa – Estados Unidos
  • Center for Environment/FoE Bosnia and Herzegovina
  • CESTA – Amigos de la Tierra El Salvador
  • CETIM – Suiza
  • COECOCEIBA – Amigos de la Tierra Costa Rica
  • Comissão Pastoral da Terra (CPT) – Brasil
  • Communities United for Restorative Youth Justice (CURYJ) – Estados
  • Unidos
  • Community to Community Development – Estados Unidos
  • Conselho Pastoral dos Pescadores (CPP) – Brasil
  • Convergence Globale des Luttes pour la Terra et l’Eau Afrique de l’Ouest
  • Convergence Malienne contre l’Accaparement de terres (CMAT)
  • Coordenação Nacional de Articulação de Quilombos (Conaq) – Brasil
  • Coordenação Nacional de Entidades Negras (CONEN) – Brasil
  • Design Action Collective – Estados Unidos
  • East Michigan Environmental Action Council (EMEAC) – Estados Unidos
  • Equality Labs – Estados Unidos
  • FIAN Colombia – Colombia
  • FIAN International
  • Florida Immigrant Coalition – Estados Unidos
  • Focus on the Global South
  • Foro de Abogadas/os de Izquierda- Red de Abogados/as Demócratas
  • (FAI-RADE) – España
  • Friends of the Earth Africa
  • Friends of the Earth Asia Pacific – FoE APAC
  • Friends of the Earth Europe
  • Friends of the Earth International (FoEI)
  • Fundación de Estudios para la Aplicación del Derecho (Fespad) – El
  • Salvador
  • Grassroots Global Justice Alliance
  • Grassroots International
  • Grupo de Mujeres de San Cristóbal Las Casas, AC. – México
  • Haití Survie – Amigos de la Tierra Haití
  • Indigenous Climate Action – Estados Unidos
  • Indigenous Environmental Network – Estados Unidos
  • International Federation of Rural Adult Catholic Movements (FIMARC)
  • Jews for Racial & Economic Justice (JFREJ) – Estados Unidos
  • Just Transition Alliance – Estados Unidos
  • Katarungan – Philippines
  • La Vía Campesina Internacional (LVC)
  • Levante Popular da Juventude – Brasil
  • Marcha Mundial das Mulheres Brasil (MMM) – Brasil
  • Matahari Women Workers’ Center – Estados Unidos
  • Mexico Solidarity Project – Estados Unidos
  • Migrant Justice/Justicia Migrante – América del Norte
  • Movimento de Atingidos por Barragens (MAB) – Brasil
  • Movimento de Mulheres Camponesas (MMC) – Brasil
  • Movimento de Pequenos Agricultores (MPA) – Brasil
  • Movimento de Pescadores e Pescadoras Artesanais (MPP) – Brasil
  • Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST) – Brasil
  • Movimento pela Soberania Popular na Mineração (MAM) – Brasil
  • Mujeres Libres COLEM A.C. – México
  • Mujeres Unidas y Activas – Estados Unidos
  • Mundubat – País Vasco
  • Observatorio de las Multinacionales en América Latina (OMAL)
  • Otros Mundos Chiapas – Amigos de la Tierra México
  • Pastoral da Juventude Rural (PJR) – Brasil
  • Pastoral da Juventude Rural (PJR) – Brasil
  • Paz con Dignidad – Espãna
  • People Organizing to Demand Environmental and Economic Justice
  • (PODER) – Estados Unidos
  • Progressive Technology Project – Estados Unidos
  • Red de Abogadas y Abogados por la Soberanía Alimentaria (REDASA) –
  • América Latina
  • Rede Nacional de Médicas e Médicos Populares – Brasil
  • REDES – Amigos de la Tierra Uruguay
  • Sempreviva Organização Feminista (SOF) – Brasil
  • Soldepaz Pachakuti – España
  • Transnational Institute (TNI) – Holanda
  • União da Juventude Socialista (UJS) – Brasil
  • Unión Tierra y Vida – Ecuador
  • Uniterre – Suiza
  • URGENCI – Internacional
  • Via Campesina Brasil – Brasil
  • WhyHunger – Estados Unidos
  • World Forum of Fisher Peoples (WFFP)
  • World March of Women International (WMW)